René Lustre : La presse aux ordres salit les victimes du 14 juillet

Article de René Lustre paru dans Le Libertaire, n° 369, 30 juillet 1953.

 

 

L’ASSASSINAT des sept Nord-Africains sur la place de la Nation, le 14 juillet, a soulevé l’indignation populaire. Malgré toute la bonne volonté déployée par la presse dite d’information pour enlever la responsabilité directe aux forces policières de l’impérialisme, personne ne put croire aux versions données et toutes différentes. Chaque journal avait son explication propre, particulière, mais chacun prenait garde de faire assumer la responsabilité par « la pluie », par « une confusion » qu’il y aurait eu dans l’esprit des flics qui se seraient vu charger par les manifestants, etc… Toute la presse, y compris les journaux syndicaux, de tendances, les grands et les petits, aucun n’a osé accuser les flics et l’impérialisme. Il faut croire que le racisme est encore solide.

La grande peur du stalinisme, que tous dénoncent, protégés par les matraques des flics est telle aussi que personne n’a le courage, quand la vérité est du côté de la manifestation stalinienne, d’accuser la bourgeoisie. Défendre en toute clarté, sans réserve, les Nord-Africains qui manifestaient avec les staliniens, c’est la crainte de donner raison au P.C. Alors, on tergiverse, on explique.

Mais le fait,  la réalité, et que chaque journaliste a tenu à ne pas faire remarquer, c’est que la police avait choisi ses victimes. Le fait, la réalité et que les journalistes ont voulu ne pas voir, c’est que la police a tiré SUR les Nord-Africains et non sur les autres manifestants. On laisse facilement entendre que c’est le hasard qui a voulu que la confusion ait lieu au passage des Nord-Africains,  que « la pluie » par malice tombe à ce moment-là, quand les Nord-Africains étaient près des flics. Et puis après coup, toujours pour semer la confusion, on cherchait à ergoter sur la ou non préméditation. On a demandé une enquête sur la responsabilité, on a voulu savoir à qui elle incombait.

Mais ce genre d’hypocrisie n’a pas non plus eu de succès.

La préméditation du crime et l’origine de la fusillade sont parfaitement claires. C’est le racisme qui anime, et que la propagande de l’impérialisme français entretient chez les flics, qui est à l’origine de cet assassinat. C’est le racisme qui anime, et que la propagande de l’impérialisme français entretient chez les flics, qui est l’origine même de cet assassinat. C’est le racisme des meurtriers qui confirme aussi la préméditation, car les assassins n’attendaient que l’occasion de tuer des Nord-Africains. Peu importe par quel motif fut offerte cette occasion. Elle était attendue.

On a voulu aussi s’étonner du silence du gouvernement. Des crapules qui se cachaient sous des âmes sensibles regrettaient que le ministre de l’Intérieur ne réponde pas. Mais Martinaud-Deplat, ministre de l’Intérieur, chef de la police, n’est-il pas la créature du sénateur Borgeaud, gros colon qui détient le monopole de la viticulture en Algérie ? Martinaud-Deplat devait donner des gages de servilité. Ces gages, ils les fournissaient en donnant « ses consignes » aux tueurs-fonctionnaires.

L’impérialisme français en échec en Afrique du Nord ne peut tolérer, ne peut supporter que des travailleurs nord-africains venus travailler en France, affichent, au coude à coude, avec les travailleurs français, leur volonté de liberté, et d’indépendance. Voilà la raison primordiale de l’assassinat et du silence complice de l’Etat bourgeois.

D’ailleurs, « Force Ouvrière », hebdomadaire syndical au service de l’impérialisme français, par un article de l’ignoble Bothereau, le fait bien entendre. « Il (les Nord-Africains) faut aussi qu’ils sachent ce qu’ils ont vraiment à attendre de leur collusion avec les soviétiques ».

Ainsi la revendication des travailleurs nord-africains pour leurs droits, la revendication de leur dignité, la revendication de leur pain, c’est la collusion avec les staliniens et elle doit être châtiée par la mise à mort.

Leurs « explications » ne faisant que les accuser encore plus, l’impérialisme français, tous ses valets et tous ses assassins, se sont rendus compte de l’urgence qu’il y avait à renverser l’état d’esprit de l’opinion des masses travailleuses qui condamnaient leurs crimes du 14 juillet.

Et alors de la même manière que les nazis allemands essayaient de démontrer par les faits la culpabilité des Juifs en faisant insérer dans les journaux des faits divers où les Juifs apparaissaient comme l’incarnation de la canaillerie humaine, l’impérialisme français a tenté une campagne contre les travailleurs nord-africains.

Le lundi 20 juillet, la plupart des journaux parisiens reproduisaient, rassemblés en rubrique, une série de méfaits prétendument commis par des Nord-Africains dans la nuit de samedi au dimanche et fournie sans aucun doute par les services du ministère de l’Intérieur. La ficelle était vraiment trop grosse et les lecteurs n’ont pas été dupes sur la signification de cette rubrique toute nouvelle et qui venait comme un cheveux sur la soupe. Nous offrons du reste à nos lecteurs un cliché de quelques-unes de ces informations policières que la presse a, avec sa servilité ignoble, accepté d’insérer de plein gré.

Mais l’abjection des journalistes bourgeois qui se sont prêtés complaisamment à cette manœuvre ne s’arrête pas là.

Dans le but de détourner l’attention de l’opinion publique du problème bien réel qui était le massacre de la place de la Nation le 14 juillet, les journaux découvraient hypocritement, et dans une unanimité qui dénonçait leur manœuvre, « le problème des Nord-Africains ».

Mais, ce à quoi les valets de la bourgeoisie, les complices des assassins, n’ont pas pensé, c’est que le problème de leur misère, les Nord-Africains sont en train de le résoudre par leur lutte nationale et en se passant du concours des sagouins des salles de rédaction et des sociologues en laboratoire.

Malgré toutes ces manœuvres, la solidarité, la fraternité entre les travailleurs français et nord-africains n’a fait que grandir. Et dans la réplique aux machinations terroristes de la bourgeoisie, les organisations révolutionnaires, et tout particulièrement l’avant-garde des communistes libertaires, sauront préparer et conduire les ouvriers vers les perspectives de la révolution.

René LUSTRE.

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