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Akli Bounane : Hôteliers et policiers unis contre les Algériens

Article d’Akli Bounane paru dans Le Libertaire n° 452, 10 novembre 1955, p. 2

North African immigrants playing cards at a cafe in La Chapelle district in Paris, France, in 1955. (Photo by Keystone-France\Gamma-Rapho via Getty Images)

DANS le 15e arrondissement (89, rue Fondary), le logeur Bachir est connu de tous. Il est ami de la police pour pouvoir exploiter ses compatriotes.

Il est possesseur d’un hôtel. Quand un Algérien se retrouve sans logis, Bachir lui répond qu’il pourrait lui trouver une place parmi plusieurs autres, à condition qu’on lui offre un bakhechich de 10.000 francs.

Quand l’hôtel de Bachir est plein, celui-ci cherche des provocations à ses locataires :

“Pourquoi faites-vous à manger dans la chambre ? Comment se fait-il que vous alliez manger au restaurant voisin ? Vous n’avez pas le droit d’acheter un poêle pour chauffer votre chambre !”

Tout cela c’est pour pouvoir renvoyer les premiers, et en trouver d’autres au même prix que les précédents !

Quand il y en a un qui refuse de partir sans motif valable, Bachir n’hésite pas à lui chercher des chinoiseries et même à le dénoncer aux policiers.

Et ces derniers, comme il s’agit de rendre service à Bachir qui leur donne des verres d’apéritif, ne cherchent jamais où est la vérité…

L’hiver dernier, Bachir a touché 10.000 francs du nommé Bedjou Bouhou et cependant celui-ci est resté dormir bien longtemps dehors. A bout de patience, il avait demandé soit une place parmi les autres pour s’abriter, soit le remboursement de la somme versée. Bachir a nié avoir reçu celle-ci !…

Par ses copains, Bedjou est averti que s’il porte plainte, la police sera avec Bachir.

Ces jours-ci, Bachir a provoqué plusieurs de ses locataires. C’est que celui-ci cherche des raisons de les chasser afin de louer à d’autres et de toucher de nouvelles primes, surtout au début de l’hiver où les chambres sont très recherchées. Mais Bachir n’accepte jamais de loger un Algérien instruit, de peur que celui-ci aille se plaindre plus loin qu’aux policiers de son quartier.

D’où provient cette situation ? Elle est le fait du gouvernement. Des milliards sont retenus aux travailleurs algériens, soi-disant pour la construction de centres d’hébergement. Or, où sont ces centres ?

Au contraire, notre situation s’aggrave de plus en plus : salaire minimum, cohabitations jusqu’à 8 et 10 par chambre, sans chauffage, sans draps ni couvertures, moyennant un loyer de 3 à 4.000 frs par mois !

Est-il possible d’imaginer une exploitation plus odieuse ?

AKLI
Travailleur algérien en France.

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