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La police empêche un meeting de « l’Etoile Nord-Africaine » au Palais de la Mutualité

Article paru dans L’Humanité paru le 14 octobre 1934 ; suivi de « Des centaines de travailleurs algériens brutalisés et arrêtés hier à Paris« , paru dans L’Humanité, 29 octobre 1934

Hier soir, « l’Etoile Nord-Africaine » qui s’occupe de la défense des intérêts des travailleurs arabes, organisait un meeting au Palais de la Mutualité.

Or, lorsque les travailleurs s’y sont présentés, ils se heurtèrent à des barrages de police – parmi lesquels la brigade nord-africaine – qui les fouillèrent et demandèrent les papiers. Le meeting ne put se tenir.

Par cette mesure, le gouvernement d’Union nationale a voulu empêcher que s’exprime la solidarité des travailleurs arabes avec le puissant mouvement antiimpérialiste des masses tunisiennes opprimées, que les travailleurs français soutiendront plus activement encore.


Sur l’injonction des fascistes : Des centaines de travailleurs algériens brutalisés et arrêtés hier à Paris

Liberté de réunion et d’organisation aux travailleurs nord-africains !

La Liberté et l’Echo de Paris viennent d’exiger du gouvernement des mesures de répression contre les travailleurs nord-africains et contre leurs organisations.

Marchandeau n’a pas tardé à s’exécuter. Il a prouvé, hier, qu’il n’a rien à refuser aux fascistes.

Hier après-midi, à 14 h. 30, devait avoir lieu, à la Grange-aux-Belles, un meeting de l’ « Etoile, Nord-Africaine », organisation nationaliste algérienne, afin de protester contre l’interdiction du meeting du 13 octobre, à la Mutualité.

Mais, à partir de 13 h. 30, des centaines d’agents et flics en civil, ainsi que de nombreux autocars occupaient la place du Combat, la rue de la Grange-aux-Belles, l’avenue Mathurin-Moreau. Des barrages furent établis pour empêcher les travailleurs nord-africains de se rendre au meeting.

Tous furent brutalement arrêtés, bousculés et fouillés. Les flics notaient noms et adresses. Beaucoup, qui pourtant avaient leurs papiers parfaitement en règle, se virent confisquer leurs cartes de chômeurs et d’identité.

« Pas de protestations. Venez chercher demain vos papiers à la rue Lecomte. » Rue Lecomte, on le sait, se trouve le fameux bureau nord-africain, annexe de la Préfecture, odieuse officine de mouchardage dont dépendent les travailleurs arabes et kabyles exploités dans la capitale.

PLUSIEURS CENTAINES DE CAMARADES FURENT ARRETES ET EMMENES EN CAR.

La brutalité des flics vis-à-vis de nos frères nord-africains fut révoltante. Ils traitaient ces travailleurs comme des voleurs, allaient jusqu’à commander : « Haut les mains ! » Tous les moyens furent employés pour chercher à intimider et menacer nos camarades.

La police continua ce manège jusqu’à 16 h. 30. Pendant ce temps, quelques centaines de travailleurs, qui avaient pu entrer avant l’arrivée de la police dans les salles de la Grange-aux-Belles et de la Maison des Syndicats de l’avenue Mathurin-Moreau, tenaient deux réunions où ils protestaient véhémentement contre les mesures policières et réclamaient la suppression de l’officine de la rue Lecomte, la libération des emprisonnés de Constantine, l’égalité des allocations de chômage entre Français et Arabes, l’indépendance de leur pays. Après les orateurs de l’Etoile Nord-Africaine, des représentants du Parti communiste, de la Ligue antiimpérialiste, des Amis d’El Amel, protestaient contre la répression renforcée dont sont victimes les travailleurs nord-africains et évoquaient le mouvement qui, de Fez à Tunis, dresse les ouvriers et paysans arabes contre l’impérialisme français.

Les travailleurs français qui ont vu leurs frères nord-africains aux premiers rangs de leurs grèves et manifestations les défendront contre la nouvelle vague de répression et d’intimidation que le gouvernement d’Union Nationale a tenté d’inaugurer hier.

Liberté d’organisation, de presse, de réunion aux travailleurs nord-africains dans leurs pays et en France !

A bas le Code de l’indigénat !

A bas l’officine de la rue Lecomte !

Pour la lutte commune des travailleurs français et nord-africains contre l’ennemi commun : l’impérialisme français.


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Nedjib SIDI MOUSSA