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Lamine Lamoudi : Une mise au point de l’Etoile nord-africaine

Article de Lamine Lamoudi suivi d’une lettre de l’Etoile nord-africaine parus dans La Défense, 3e année, n° 131, 1er janvier 1937

Nous recevons de l’Etoile Nord-Africaine la mise au point suivante que notre souci d’impartialité et d’apaisement nous fait un devoir d’insérer.

Nous en profitons pour dire un dernier mot à nos frères de l’Etoile qui comprennent mal les sentiments qui nous animent à leur égard et qui considèrent à tort comme sévères les critiques que nous avons adressées dans notre dernier numéro à leur président Messali.

Rappelons-leur tout d’abord que nous avons aujourd’hui et avons toujours eu pour devise : « Tout ce qui est vraiment musulman algérien est nôtre ». En les défendant, lorsqu’ils ont été inquiétés, nous n’avons fait que remplir honnêtement l’obligation que nous impose ce principe.

Et si demain ils étaient attaqués par nos ennemis communs, nous leur donnons l’assurance formelle que nous prendrions leur défense avec la même énergie. Et nous agirons ainsi tant que, comme aujourd’hui, nous n’aurons aucun doute sur leur sincérité et leur bonne foi.

Mais puisqu’ils admettent eux-mêmes la critique, serait-il logique de leur part de nous contester le droit d’en user à leur égard ?

Nous avons toujours considéré les militants de l’Etoile, non comme des adversaires, mais comme des défenseurs de la cause que nous défendons nous-mêmes et pour laquelle eux et nous avons lutté et souffert dans des circonstances particulièrement difficiles.

Nous sommes donc les martyrs de la même cause, les-victimes des mêmes forbans qui, pour continuer à exploiter nos frères malheureux, cherchent à perpétuer par tous les moyens leur asservissement. Et nous œuvrons tous pour mettre fin à cette situation on ne peut plus dégradante.

Cela nos amis de l’Etoile ne doivent pas l’ignorer.

Le fait que nous ne sommes pas d’accord sur certaines formules et certains moyens n’a jamais eu pour nous qu’une importance secondaire.

Mais nous étions en droit de nous attendre de leur part à un respect au moins égal à celui que nous avons toujours eu pour leurs idées et leurs opinions. Or, des informations alarmantes que nous avons reçues de Paris nous ont appris que Messali s’était livré dans certaines réunions à des attaques d’une extrême violence non seulement contre les « oulemas » et les dirigeants du Congrès musulman, mais contre leur programme même et leur action.

Tous nos correspondants s’accordent pour juger l’activité de Messali comme dangereuse pour notre cause. Et ce fait, nous avons pour devoir de le signaler à l’Etoile.

Nous avons estimé que ces attaques faisaient le jeu de l’ennemi commun et pouvaient nuire considérablement à la cause commune. Et nous avons crié : Casse-cou !

Car si nous avons l’impérieux devoir d’appuyer et de défendre en toutes circonstances ceux qui œuvrent pour l’amélioration de notre sort, nous avons également celui, non moins impérieux de les mettre en garde contre certains excès, certaines exagérations, certaines erreurs de tactique dont la cause elle même aurait la première à souffrir.

Voilà dans quel but nous avons écrit notre dernier article et voilà sur quoi nous attirons l’attention non seulement des dirigeants de l’Etoile, mais de tous les vrais militants musulmans d’Algérie.

Et pour conclure : nous prenons bonne note des déclarations que nous publions ci-dessous sous forme de mise au point, nous souhaitons que nos conseils soient suivis par tous ceux à qui ils s’adressent et que tous les Musulmans algériens, sous quelque ciel qu’ils se trouvent et dans quelque milieu qu’ils militent, soient conscients de la gravité de l’heure et du danger que font courir à notre peuple les agissements d’ennemis puissants et inhumains et nous les adjurons tous d’éviter tout heurt, toute friction, tout malentendu entre les ouvriers de la même cause et les serviteurs du même idéal.

Et comme nous l’avons déjà crié : trêve de divisions et de zizanies !

Union de l’action et des efforts contre ceux qui vivent de la misère de 6 millions d’êtres humains.

L. L.


Paris, le 8 Décembre 1936.

Chers compatriotes, membres de le Section algérienne,

Nous venons à l’instant de recevoir cotre télégramme pour nous demander des renseignements sur le discours de Messali ; nous vous avertissons d’abord qu’il a été question du cheikh Taïeb El Okbi, de la délégation purement dans le domaine politique.

En ce qui concerne l’Association des Oulamas, leur programme religieux et culturel il n’en a pas été du tout question.

Ni dans le passé, ni dans le présent, ni dans l’avenir, l’Etoile Nord-Africaine et ses dirigeants me se mêleront des affaires de l’Association des Oulamas.

Notre président Messali a, au cours de son compte rendu, souligné que Cheikh Taïeb El Okbi a combattu énergiquement le discours qu’il avait prononcé le 2 août au Stade municipal et qu’il a également combattu ce discours dans son journal El Bassaïr.

De même, Messali a rappelé devant l’auditoire qu’au banquet de clôture du Congrès des Oulamas la parole lui fut refusée par Cheikh El Okbi et accordée à Chekiken.

D’autre part, il a signalé que Cheikh El Okbi avait remercié tous ceux qui l’ont défendu, même les Croix de Feu, sans rien dire de l’Etoile Nord-Africaine.

Par conséquent, comme vous le voyez, ce ne sont que des critiques justes et d’ordre politique ; d’ailleurs dans le prochain numéro d’El Ouma, un article sera publié à ce sujet pour définir une fois pour toutes notre position en face des Oulamas.

Conclusion : Nous n’avons rien contre les Oulamas, nous sommes au contraire heureux du travail qu’ils ont fait du point de vue de la langue arabe et de la religion ; mais nous sommes absolument en droit, de les critiquer dans le domaine politique. Libre à eux de demander le rattachement de l’Algérie à la France, libre à nous de critiquer cette conception.

Le Secrétaire général de l’Etoile Nord-Africaine


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Nedjib SIDI MOUSSA