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Sur le Maghreb et le Mouvement national algérien : Interview de Hocine Aït Ahmed

Interview de Hocine Aït Ahmed parue dans Sou’al, n° 2, 1982, p. 110-133

QUESTION.- A-t-il existé une stratégie de lutte commune dans les trois pays du Maghreb ? Quels ont été les efforts déployés en vue de mettre en œuvre une stratégie commune, sur quels obstacles ces efforts ont-ils buté ?

Réponse – Je pense que nous retrouverons cette interrogation fondamentale dans la conjoncture, c’est-à-dire au fur et à mesure que les évènements se développent en Afrique du Nord. Stratégie commune, pourquoi ? Parce qu’il y a une communion affective profonde : les Maghrébins, pris collectivement ou individuellement, se sentaient liés par le même destin, et tout ce qui se passait au Maroc ou en Tunisie était profondément ressenti et suivi en Algérie. C’est là un témoignage que je puis porter. Jeune, ce qui se passait au Maroc ou en Tunisie me concernait directement, atteignait ma sensibilité de la même manière que ce qui pouvait se passer en Algérie. Nous étions pour la libération de nos pays respectifs, mais les frontières n’ont jamais été des frontières, il y avait donc communion inscrite dans l’intuition des hommes, des femmes de nos peuples. Cette communion ne tardera pas à acquérir un contenu politique.

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Casablanca ensanglantée

Article de Mustapha Khayati publié anonymement dans Sou’al, n° 1, décembre 1981

XXX

Lettre de Casablanca

Chers amis,

Votre prospectus de présentation de Sou’al m’est parvenu par l’intermédiaire d’amis Français. J’espère que votre revue se fera la voix de tous ceux qui, dans nos pays, sont obligés de se taire ou d’aller en prison.

Personne n’a pris ni ne prendra la défense des émeutiers de Casablanca, même si pas mal de monde dénonce la répression qui s’abat sur eux ; car ils font peur à tout le monde politique, comme ils sont la terreur des bourgeois. Dans ce qui suit, je veux non seulement donner raison aux insurgés Casablancais, mais encore leur rendre hommage en cherchant théoriquement la vérité que leur action pratique voulait exprimer.

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Pourquoi Sou’al

Éditorial signé du Comité de rédaction, Sou’al, n° 1, décembre 1981, p. 3-10

Le monde arabe * est en proie à de graves difficultés. Qu’elles soient politiques, sociales, économiques — ces difficultés sont sous-tendues par une terrible lacune : le monde arabe n’a pas pu, n’a pas su, se doter d’une vision du monde spécifique, d’un projet historico-culturel à vocation universelle. Sans doute est-ce là le prix qu’il lui a fallu payer pour accéder au concert des nations indépendantes du XXe siècle. Car l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme n’acceptent le monde arabe que divisé, affaibli, donc sujet à toutes les manipulations. Mais au-delà de cette contrainte extérieure, c’est bien en lui-même, dans son esprit propre que le monde arabe est frappé de faiblesse. C’est qu’il revient de loin. Lui, qui fût l’héraut des premières lumières, qui connut son Aufklärung alors que l’Occident somnolait dans la léthargie — lui, qui inventa les mathématiques modernes, qui transmit au monde Aristote, qui pratiqua bien avant Léonard de Vinci la visitation des gisants, — lui, qui sut respecter les minorités ethniques et religieuses, qui se flattait qu’un de ses plus grands penseurs, Maïmonide, fut Juif, — le voilà encore confronté à la modernité qui s’est développée depuis trois siècles sans lui et en dehors de lui — le voilà enfin, aujourd’hui, désarçonné par l’innommable déroute de ses classes dominantes face au progrès économique et à l’émancipation culturelle. Le voilà, d’un mot, dans la nécessité d’être enfin lui-même à l’encontre et au-delà de l’adversité.

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Mohammed Harbi : Aux côtés de Rushdie

Article de Mohammed Harbi repris dans Les Cahiers d’Article 31, n° 1, premier trimestre 1990, p. 93-95 et Sous le drapeau du socialisme, n° 112-113, novembre-décembre 1989


La campagne que les islamistes de tous bords ont mené contre Salman Rushdie, les menaces qu’ils font peser sur sa vie constituent un nouvel épisode de l’assujettissement forcé des intellectuels, et au-delà d’eux, de la société au pouvoir sacerdotal.

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Groupe femmes algériennes

Manifeste paru dans Algériennes en lutte, n° 1, janvier 1978 ; repris dans Tribune algérienne, n° 15, mai 1978, et Sou’al, n° 4, novembre 1983

Préambule

De plus en plus les femmes dans le monde sont amenées à lutter contre l’arbitraire et l’injustice qui leur sont faits.

Les femmes algériennes ne sont pas épargnées de ce sort répressif. Elles ont eu plusieurs fois l’occasion de montrer qu’elles étaient les premières à ressentir et à souffrir des contradictions existant dans la société algérienne, et ce par la quotidienneté de leur oppression.

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Juliette Minces : Lettre à mes amis algériens

Texte paru dans la revue Sou’al, n° 7, septembre 1987, p. 153-154


Les journalistes algériens – donc l’État – sont-ils devenus à ce point amnésiques pour oser ainsi falsifier l’Histoire ? Pour nous qui, au nom d’un certain nombre de valeurs que nous croyions communes, avions soutenus les Algériens durant leur lutte, leurs propos concernant le procès de Klaus Barbie sont à la fois consternants et révoltants. De même que l’expression de leur racisme antijuif digne des « meilleures » pages de Brasillach.

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Hocine Aït Ahmed et Mohammed Harbi : Déclaration

Texte paru dans la revue Sou’al, n°7, septembre 1987, p. 151-152


Nous voulons simplement, à l’occasion du procès de Klaus Barbie, mettre au clair certaines vérités historiques et rappeler quelques principes pour nous, Algériens, qui avons lutté pour l’indépendance de notre pays. Me Jacques Vergès cherche, aujourd’hui, à associer des « crimes contre l’humanité » commis par Klaus Barbie aux « crimes de guerre » perpétrés par l’ex-puissance coloniale en Algérie et cet amalgame trouve parfois, malheureusement, crédit dans notre pays.

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A propos de l’affaire Barbie

Texte paru dans la revue Sou’al, n°7, septembre 1987, p. 149-151


A propos de l’affaire Barbie, ces quelques remarques…

1/ Il y a une spécificité du « crime contre l’humanité » et ce serait une erreur grave que d’assimiler tout crime, tout massacre, toute exaction à cette notion juridique nouvelle. Ce qui est mis au compte du nazisme c’est une volonté délibérée, que son idéologie légitime, de nier toute appartenance à l’humanité de certaines catégories d’êtres humains et de prétendre nettoyer la planète comme on nettoie un matelas de ses punaises et comme on aseptise un linge à l’hôpital.