Ces jours-ci auront lieu en Allemagne les premières élections aux conseils d’entreprises ; le parti non seulement y emploiera la même tactique que l’année dernière, mais il la renforcera encore. Si, en 1929, la ligne générale du parti était celle d’établir des listes à lui, soutenues par les inorganisés, cette ligne générale a été élevée en 1930 à un dogme rigide.
Le bureau de l’Internationale communiste pour l’Europe occidentale – l’institut créé pour des actions à date fixe et à l’ « échelle mondiale » – a lancé pour le 6 mars un appel à des « manifestations puissantes »rassemblant à la fois les ouvriers réduits au chômage et ceux qui travaillent dans tous les pays ! Il faut évidemment se réjouir de ce que des stratèges du nouveau cours aient découvert ces mois derniers le problème du chômage. Mais ce qui est moins réjouissant, c’est qu’ils ne posent pas le problème du chômage dans ses rapports avec la situation concrète de chaque pays, mais de cette façon ridiculement schématique dont nous avons déjà vu la faillite le 1er août, première journée internationale de lutte.
Pendant des semaines et des semaines, le parti allemand avait fait annoncer par la voie de ses 35 journaux que le premier février la masse des millions de chômeurs défilerait dans toute l’Allemagne. Les ouvriers des usines donneraient la preuve de leur solidarité. Bravant les lois d’exception de Zœrgiebel et de Severing, la classe ouvrière conquerrait la rue.
Le 22 décembre a eu lieu le plébiscite du bloc fasciste (Hugenherg-Hitler-Seldte) pour la « loi de liberté ». Six millions de voix environ ont été recueillies par ses promoteurs.
Le Congrès de l’opposition syndicale révolutionnaire a siégé à Berlin le 30 novembre et le 1er décembre.
Ce Congrès, que le Parti communiste allemand préparait depuis de longs mois avait, à l’origine, un but très particulier. C’était celui de créer en Allemagne une sorte de mouvement minoritaire dans les syndicats, de réunir en un bloc rouge l’opposition existant dans les différentes organisations et d’établir ainsi la première condition pour la création de nouveaux syndicats en Allemagne.
Le malheur du Leninbund consiste en ce qu’il veut jouer le rôle d’un parti autonome, alors qu’il n’est en réalité qu’une faible fraction. Je ne doute pas un instant que si vous persistez dans la voie actuelle, vous mènerez en peu de mois l’organisation à une catastrophe.
(Lettre du camarade Trotsky à la direction du Leninbund, 13 octobre 1929)
Il y a dix-huit mois, le Leninbund recueillait 40.000 voix ouvrières en Prusse, dont 8.374 à Berlin seulement. Durant ces dix-huit mois, il n’a pas su consolider les positions acquises, étendre son influence dans de nouveaux domaines et ainsi renforcer ses rangs. Depuis quelque temps, des camarades s’efforcent de montrer que l’absence d’une ligne politique claire, le flottement perpétuel entre Korsch et Brandler ne peuvent avoir que de funestes conséquences pour le Leninbund. Les faits ont justifié leurs prédictions. Aux dernières élections municipales, le Leninbund a perdu plus de la moitié des voix qu’il avait eues en 1928. A Berlin, où parait son journal, Volkswille, il tombe de 8.374 suffrages à 3.784.
Le 17 novembre ont eu lieu en Prusse et en Saxe les élections municipales. Ce sont les premières élections importantes depuis que la social-démocratie est à la tête du gouvernement, ce sont à Berlin les premières élections depuis les massacres du 1er mai.
Au cours des deux dernières années, la classe ouvrière allemande a commencé, lentement et non sans hésitation, à se mettre en état de défense contre l’offensive capitaliste. Toute une série de luttes acharnées pour les salaires qui se sont déroulées presque sans arrêt depuis 1927 marquent la naissance d’une activité nouvelle du prolétariat. Les succès électoraux du Parti communiste et du Parti social-démocrate aux élections au Reichstag de 1928 reflètent à n’en pas douter un profond travail de regroupement parmi de larges couches de la population. Des millions d’ouvriers et de petits bourgeois qui, il y a quelques années, suivaient les nationalistes et le centre catholique, ont manifesté clairement contre la politique du bloc bourgeois : rationalisation, impôts, tarif douanier, en se tournant vers les partis qui combattaient ce bloc bourgeois, et en premier lieu vers le Parti social-démocrate.
« Le terrain de lutte démocratique nous a déjà été enlevé. Il n’existe plus ». C’est en ces termes qu’un représentant de l’aile gauche du parti social-démocrate résuma au congrès de Leipzig le trait caractéristique de la situation politique en Allemagne, et en même temps la faillite complète de la politique social-démocrate.
Le développement politique des derniers mois a trompé l’espoir du centrisme et a motivé un certain « tournant » de sa part.
Après le grand succès électoral du 14 septembre, la direction du parti s’était attendue à un renforcement extraordinaire du mouvement révolutionnaire. Elle se prépara pour la mi-janvier à une grande attaque offensive. Les manifestations de chômeurs au début de décembre, dont la Rote Fahne écrivit qu’elles « furent les prodromes d’une prochaine révolution populaire » furent le signal de cette offensive.
Au cours des trois mois qui se sont écoulés depuis les élections du Reichstag, la crise générale du système capitaliste s’est accentuée à une allure telle qu’on ne l’avait encore jamais vue en Allemagne.
Pour donner un aperçu de toute la profondeur et du caractère principiel des contrastes qui séparent la droite de la ligne officielle et surtout de l’opposition léniniste internationale, il est nécessaire d’approfondir quelques questions préliminaires.
« Notre parti frère n’a pas manqué à son devoir. C’est lui qui stimule l’essor révolutionnaire grandiose des masses ouvrières, qui l’organise et le pousse en avant. On peut dire qu’en Allemagne chaque jour est marqué par un défilé des masses, par une bataille de rue ».
C’est de cette façon que l’Humanité caractérise la situation en Allemagne dans un article intitulé « Bataille de rue ».
Article de Kurt Landau paru dans Masses, n° 9, 15 septembre 1933, p. 4-8
DANS son dernier numéro Masses annonçait l’ouverture d’une enquête sur le fascisme allemand. Le questionnaire ci-dessous est adressé aux militants des divers groupements politiques et syndicaux qui ont participé à l’expérience allemande. Ceux-ci s’expriment en toute liberté et prennent l’entière responsabilité de leurs appréciations sur les événements et les hommes.
La démocratie bourgeoise, en Autriche, dans le pays où elle a atteint en général le maximum de son développement, est actuellement en train de dépérir. Ce « dépérissement » apparaît, au cours de la période de la stabilisation du capitalisme, depuis 1923, comme un phénomène général en Europe. En Autriche ce processus peut être observé avec une netteté particulière.
Nous avons reçu d’un camarade qui signe Wolf Bertram et qui appartient au groupe des trotskystes hétérodoxes la lettre que voici :
Dans le numéro du 10 août de la R. P. j’ai lu l’article d’ « un allemand » sur l’hitlérisme. Quelques allégations de cet article sont en contradiction complète avec les faits. Je crois utile dans l’intérêt d’une information sérieuse et objective du prolétariat français d’indiquer ces contradictions.
Article de Kurt Landau alias Wolf Bertram paru dans Le Communiste, Nouvelle Série, n° 2, 1er septembre 1933, p. 4-6
Cet article est personnel à son auteur et doit servir à la discussion sur l’Allemagne.
Le processus de décomposition s’est déclenché plus tard dans dans la social-démocratie que dans le P.C.A. Mais le résultat final est fondamentalement différent dans l’un et dans l’autre.
Article de Kurt Landau alias Wolf Bertram paru dans Le Communiste, troisième année, n° 12, 1er août 1933, p. 9-10
La dictature fasciste en Allemagne est encore en plein développement. La première étape qui commence avec l’incendie du Reichstag, le 28 février, se termina le 2 mai avec la mainmise sur les syndicats. Ce qui caractérise ces premiers mois, c’est la tentative tumultueuse des adhérents prolétariens et semi-prolétariens du fascisme pour s’introduire dans les rouages de l’économie capitaliste : dans les usines avec le but du capitalisme d’Etat national, mais dans le commerce et le négoce au contraire, pour briser la domination du capital financier et défendre l’économie petite-bourgeoise.
Article de Kurt Landau paru dans Le Communiste, troisième année, n° 12, 1er février 1933, p. 3-4
Le gouvernement Hitler-Hugenberg et le prolétariat allemand
I. – Le fascisme a-t-il déjà triomphé ?
LE 30 janvier le régime de « l’unité de front contre-révolutionnaire » Hitler-Papen-Hugenberg a été constitué. Par-là la domination contre-révolutionnaire est arrivée à une nouvelle étape. Avec le passage à la dictature parlementaire le 18 juillet 1930, sous Brüning, le régime démocratique-républicain a reçu son premier coup mortel. Deux années de réaction politique et sociale sous le régime Brüning ont fortifié à ce point les forces contre-révolutionnaires que, le 29 mai 1932, la dictature parlementaire de Brüning pouvait être relevée par la dictature militaire Papen-Schleicher qui, le 20 juillet 1932, s’est emparée par la force du pouvoir d’Etat prussien.
Article de Kurt Landau paru dans Le Communiste,deuxième année, n° 7, 1er septembre 1932, p. 10-11
LES élections au Reichstag du 31 Juillet ont valu un gros succès parlementaire au P.C.A. Depuis les dernières élections de 1930, il a pu encore s’accroître de 700.000 voix. Les grandes pertes subies au mois d’avril (élection présidentielle, élections au Landtag de Prusse) se trouvent donc entièrement compensées. 5, 3 millions d’ouvriers et d’ouvrières ont voté pour le P.C.A. L’afflux de nouvelles masses considérables au P.C.A. au cours de ces élections a prouvé que l’avance des Nazis sur le front prolétarien se trouve actuellement immobilisée. Par contre dans les campagnes et dans les petites villes, le fascisme est toujours en progrès ; les petites pertes dans quelques villes industrielles de l’ouest sont contrebalancées par des gains puissants (Wurtemberg) acquis dans les rangs des classes non prolétariennes. Hitler, déjà favorisé par l’élection présidentielle du 13 avril, voit maintenant sa situation renforcée de 300.000 voix. En réalité les gains sont plus grands, car une grande partie des Nationaux allemands qui n’avaient pas présenté de candidat, votèrent le 13 avril pour Hitler contre Hindenburg. Cependant aux élections au Reichstag du 31 Juillet les Nationaux allemands ont obtenu plus de deux millions de voix. Dans son ensemble le camp de la contre-révolution (Nazis, Nationaux allemands, parti populiste allemand, et quelques partis réactionnaires disséminés) réunit 17 millions de voix, c’est-à-dire 2 millions et demi de voix de plus qu’aux dernières élections législatives de 1930.
Le Président du Reich, Hindenburg, après avoir chassé le gouvernement Brüning le 29 Mai dernier, l’a remplacé par la dictature du militaire Schleicher et du hobereau von Papen. Cette dictature a dissous le Reichstag qui venait d’exprimer sa confiance en Brüning, et, après de longues hésitations a décidé les élections pour le 31 Juillet. Certainement la dictature n’obtiendra qu’avec peine une majorité parlementaire le 1er Août malgré le régime de terreur imposé à la population. La dictature militaire ne s’en soucie pas ; elle a déclaré qu’elle resterait au pouvoir durant 2 ou 4 années. Elle n’hésitera pas plus dans l’avenir que dans le présent, à violer la constitution du Reich et à instituer un régime dont la méthode de gouvernement sera le coup d’état. Née d’un coup d’état, en violation de l’article 48 de la constitution, elle s’écroulera par un nouveau coup d’état, celui des fascistes qui, pour l’instant la tolèrent et dont elle doit satisfaire les prétentions ; à moins que le prolétariat n’ait la force suffisante pour rejeter ces différents représentants de la domination bourgeoise.
Si l’on considère le chemin parcouru par le P.C. allemand et l’I.C. depuis l’époque où ils croyaient en un « gouvernement ouvrier » avec participation de la Social-démocratie jusqu’à la théorie du social-fascisme, on croirait que l’I.C., sous l’impulsion de ses erreurs, ait évolué à l’excès vers la gauche. Mais il ne saurait être question d’une telle évolution. Car, dès que les stratèges opportunistes de l’I.C. et du P.C. allemand eurent échoué en 1923, ils tirèrent des leçons à leur manière : puisque la tactique du front unique de 1923 a démontré qu’elle n’offrait pas seulement des possibilités positives, qu’elle ne représentait pas seulement un pôle d’attraction pour des millions d’ouvriers non communistes, mais puisque, appliquée dans les cadres d’une stratégie fausse (« gouvernement ouvrier-paysan ») elle paralysait le parti – qu’on en finisse avec une pareille tactique qui soumet la direction de l’I.C. et de ses sections à d’aussi rudes épreuves ! L’instinct de conservation bureaucratique s’opposa obstinément aux nécessités d’évolution d’un parti révolutionnaire.
Le 8 Décembre, le gouvernement Brüning a publié sa nouvelle ordonnance de détresse. Cette quatrième ordonnance diffère des précédentes : suppression par la violence dictatoriale des 5.000 contrats collectifs des ouvriers allemands, diminution de 10 à 15 % des salaires, foulant aux pieds les droits élémentaires de la classe ouvrière dans l’établissement de ses contrats collectifs par l’intermédiaire de ses organisations syndicales. En même temps toute réunion ou même conférence publique est interdite, ainsi que le port des insignes.
Les tragiques bagarres de la place de la Nation attirent, une fois de plus, l’attention sur un problème que la France n’a pas encore su résoudre : celui des Nord-Africains de la métropole.
LA bourgeoisie française commence à s’apercevoir que tout ne va pas pour le mieux dans la meilleure des Afriques du Nord. Il a fallu pour cela que l’un des siens tombe sous les balles du prolétariat. Un des plus en vue, un de ceux qui dirigeait en fait la colonisation au Maroc ; le docteur Eyraud, directeur du porte-parole de l’impérialisme, « La Vigie Marocaine ».
Editorial paru dans L’Observateur, n° 166, 16 juillet 1953, p. 4 ; suivi d’une lettre publiée dans L’Observateur, n° 167, 23 juillet 1953, p. 16
A Paris, le 14 juillet, des Algériens furent tués et des policiers blessés. Sans la moindre hésitation, l’Aurore et Le Figaro adoptèrent les thèses de la police (pourtant Le Figaro, depuis les « émeutes » de Casablanca, ne sait-il pas que la police est souvent menteuse et raciste ?) selon qui « un commissaire de police seul, et en képi, invita les chefs de groupes de manifestants à respecter l’ordre de dislocation ».
Articles parus dans L’Algérie libre, 5e année, n° 72, 24 juillet 1953, p. 1à 3
. Pour le respect des libertés démocratiques . Pour le retour de MESSALI HADJ en Algérie . Pour la cessation des poursuites engagées contre les dirigeants nationaux . Pour la libération des détenus politiques
Articles parus dans L’Humanité, 15 juillet 1953, p. 1 et 5
MALGRE les ondées, il continuait à se dérouler avec puissance, ce défilé paisible et joyeux, tout gonflé d’espoir, sûr de la force du peuple de France, sûr de la victoire finale des patriotes sur les embastilleurs.
Article de Cécile Michaud paru dans La Révolution prolétarienne,33e année, n° 386, nouvelle série n° 85, juillet-août 1954, p. 30
Pierre Emmanuel est un de ceux qui, pour le public cultivé, le public progressiste en particulier, a le rare mérite – et, à ses propres yeux, le radieux l’irresponsable avantage – d’être poète. Qui plus est, à une époque qui se vautre dans le quotidien, le pratique, le matériel, Emmanuel paraît comme l’un des plus flamboyants survivants de la poésie inspirée, comme l’extatique possédé, le torturé en quête de la foi capable d’abreuver son ardeur. Emmanuel, c’est – à la trace de Bloy ou de Bernanos (il s’en rend compte et s’y complaît) – le mystique exorbitant.
Un de nos camarades est allé rendre visite aux Nord-Africains de Mâcon. Il était invité par le groupe communiste libertaire de cette ville. Il raconte ici, ce qu’il a vu au cours d’une journée passée avec les Algériens.
Toute la presse – de la gauche à la droite – tire la sonnette d’alarme à longueur de colonnes devant la dégradation catastrophique de la situation de l’impérialisme en Afrique du Nord et les débuts de la transformation inexorable en guerre civile qui s’y manifeste. Chacun y va de sa recette miraculeuse et attend le gouvernement Mendès-France à des actes.
Article de Pierre Boussel alias Pierre Lambert paru dans La Vérité, n° 339, du 8 juillet au 9 septembre 1954, p. 1-2
CONTRASTANT avec le développement tumultueux de la lutte nationale au Maroc et en Tunisie, le calme règne en Algérie. L’impérialisme français est cependant inquiet. L’annonce d’accrochages entre les forces de répression et les groupes armés dans le Sud, aux confins de la Tunisie, les discours menaçants de Léonard indiquent que de profonds remous agitent les masses populaires.
L’extension du fascisme a mis le prolétariat en état d’alarme. Dans toutes les usines, aux permanences de pointage, partout où il y a des ouvriers on discute âprement les résultats des élections en Saxe.
Article d’André Ferrat alias Marcel Bréval paru dans Que Faire ?, n° 11, novembre 1935,p. 34-48
LA PREPARATION ET LA VALEUR DU VIIe CONGRES
Du 25 juillet au 20 août s’est tenu, à Moscou, le VIIe congrès de l’Internationale communiste. Le VIe congrès avait eu lieu sept ans plus tôt, en été 1928.
Au cours de ces sept années, des événements d’une importance énorme s’étaient déroulés dans le monde. Une multitude de problèmes avaient été posés par la vie devant les prolétaires révolutionnaires tant dans les pays capitalistes qu’en U.R.S.S. Il eût été nécessaire que ces problèmes fussent largement et démocratiquement discutés par les délégués des ouvriers communistes de tous les pays réunis en congrès. Cependant, pendant sept ans le Comité exécutif de l’I.C. ne jugea pas utile de convoquer ce congrès, bien qu’il eut à plusieurs reprises changé de position et de tactique sur des questions essentielles et qu’il ait été lui-même plusieurs fois modifié considérablement dans sa composition.
Parce que nous ne voulons ni de la guerre ni du fascisme, il nous faut dénouer et combattre la politique du « Front Populaire ». Dénoncer et combattre l’escroquerie « au pain, à la paix et à la liberté ». Et aussi et surtout opposer aux démagogies fallacieuses les vrais moyens de lutter contre la guerre, la misère et l’oppression.
Article d’André Ferrat alias Morel paru dans Que Faire ?, 2e année, n° 13, janvier 1936, p. 6-13
« A la farce du coup d’Etat monarchiste correspond la farce de la défense républicaine. »
Rosa LUXEMBOURG.
A chaque fois que l’on critique la politique des dirigeants du Front Populaire du point de vue des intérêts de la classe ouvrière, on répond invariablement : « Que voulez-vous ? Il fallait et il faut encore sauver la République contre le danger fasciste imminent et redoutable qui la menace ». Que ce soit au Comité central du 17 octobre ou dans « L’Humanité », dans les discours de Manouilski ou dans le rapport de Dimitrof. C’est un leit motiv. Toute la politique de Thorez, Duclos et Cie repose sur cette affirmation : « Dans la situation actuelle, la classe ouvrière n’est pas placée devant la question : démocratie bourgeoise ou dictature prolétarienne, mais devant la question : démocratie bourgeoise ou fascisme ». C’est pourquoi, ajoutent-ils, le prolétariat doit lutter pour le maintien de la « démocratie bourgeoise », pour la sauvegarde des « institutions républicaines ».
Editorial paru dans Le Libertaire,n° 484, 21 février 1936, p. 1
Il paraît qu’il y avait dimanche dernier bien du monde du Panthéon à la Nation. Nous écrivons : il paraît, car, en effet, l’Union anarchiste n’avait pas pris place officiellement dans le cortège, et nombre de nos camarades, en restant chez eux, avaient refusé de joindre leur voix à celle des choristes du Front populaire.
Le gouvernement Doumergue parle « d’apaisement », de « trêve des partis ». Pour aider sa supercherie hypocrite, Tardieu et Herriot ne disent mot en public.
Tromperie infâme ! Car en réalité, le gouvernement du sénile Doumergue instaure une forme nouvelle de la dictature du capitalisme, le bonapartisme.
Article paru dans La Révolte, organe communiste-anarchiste, première année, n° 30, du 21 au 27 avril 1888, p. 1
L’histoire ne se répète pas. Mais des conditions semblables amènent à des résultats semblables. Et c’est ce que nous voyons aujourd’hui ; 1848 renait à quarante années de distance ; et de nouveau nous avons le bonapartisme, le césarisme, sur les bras.
Article de Charles Hainchelin alias Henri Chassagne paru dans Clarté, n° 4, novembre 1936, p. 218-219
Les livres où le fascisme est étudié sont rares, très rares, du moins ceux qui n’émanent point d’admirateurs d’Hitler et de Mussolini, de laudateurs salariés des régimes de force ; c’est pourquoi nous devons saluer avec joie la parution du livre du camarade Daniel Guérin membre du parti socialiste S.F.I.O.
EN donnant à sa Naissance du fascisme le sous-titre : l’Italie de 1918 à 1922, notre collaborateur et ami A. Rossi (André Leroux) a fortement mis en évidence la promptitude avec laquelle s’est poursuivi le mouvement au terme duquel l’Italie n’avait plus qu’à pleurer ses libertés perdues. Quatre années ont suffi à la préparation et à la perpétration du crime.
L’Etat moderne, l’Etat centralisé, militaire, bureaucratique de la bourgeoisie, tire sa force de ses recettes, de l’argent qui entre dans ses caisses. Comme tout le régime, basé sur le mode de production capitaliste, l’Etat, qui en est le produit, se débat dans des contradictions mortelles, dont l’origine est toujours la même : la baisse du profit, la nécessité pour les capitalistes de défendre la plus haute portion de la plus-value qu’ils prélèvent sur les masses exploitées de la nation. C’est là le sens de classe de la crise budgétaire à laquelle correspond d’autre part un excès des charges fiscales. Tandis que les dépenses pour l’entretien de la machine militaire bureaucratique nécessaire à la défense du profit capitaliste augmentent de plus en plus, tandis que l’Etat coûte de plus en plus d’argent, les recettes de l’Etat baissent et exigent des impôts de plus en plus lourds pour les salariés et les « petites gens », les capitalistes s’opposant à laisser rogner leurs profits. Des lors, le dilemme : « Qui doit payer ? » se pose sans cesse.
Article de P. Garnier paru dans Que Faire ?,n° 1-2, novembre-décembre 1934,p. 25-35
Tous dans le même sac.
Il n’y a pas encore longtemps, pour la direction du P.C.F., tous les partis bourgeois en France étaient des partis fascistes et le parti socialiste lui-même – « social-fasciste ». Un beau jour de juin 1934 un miracle s’est produit dans la vie politique : Blum, Zyromsky, Pivert cessèrent d’un seul coup d’être fascistes et devinrent antifascistes, alliés fidèles du P.C. Un changement non moins prodigieux est survenu dans le camp radical. Touchés par la baguette magique de Thorez les grands chefs radicaux se transformèrent de sales fascistes qu’ils étaient en bons républicains prêts à défendre au prix de leur sang les libertés démocratiques.
Article de Pierre Naville paru dans La Lutte de classes. Revue théorique mensuelle de l’opposition communiste, 3e année, n° 27, janvier 1931, p. 31-42
Tardieu, Steeg, Laval …
Le n° 24 (Août) de la revue l’Internationale Communiste contenait un éditorial sur la « crise européenne ». Le schéma en est très simple. Le voici : la crise économique mondiale va s’approfondissant. Les pays européens, particulièrement les pays à base agraire, y sont de plus en plus sensibles ; la conséquence politique est une poussée fasciste de la fraction la plus féroce du capital qui veut subjuguer le prolétariat, c’est-à-dire l’empêcher de transformer cette crise en une révolution sociale.
Article de Pierre Lenoir paru dans Que Faire ?, n° 8, août 1935, p. 11–17
Contrairement aux autres Congrès socialistes, la motion « de synthèse » adoptée presque à l’unanimité (contre 183 voix de l’extrême-gauche) par le Congrès de Mulhouse, ne présente pas un « nègre-blanc » traditionnel escamotant les problèmes, couvrant les divergences par des formules habiles et équivoques. Non la motion d’action immédiate présentée par Vincent Auriol a une importance politique qui dépasse de loin toutes les autres décisions du Congrès ; elle signifie l’adhésion du Parti socialiste au Front populaire ; elle signifie que les résistances au grand « rassemblement populaire pour défendre les libertés démocratiques » furent surmontées sous l’effet « du rapprochement spontané des représentants des éléments démocratiques dans le pays ». (Blum, « Le Populaire » du 4 juillet).
Le ministère Flandin a interrompu la monotonie du développement continu du ministère Doumergue. Doumergue représentait directement, sinon exclusivement, l’équipe du 6 Février. Il s’était développé en s’appuyant ouvertement sur les Ligues fascistes, en opérant sur le Parlement le chantage à la dissolution. Cependant, il n’osa pas le dissoudre, et en fin de compte il s’clipsa devant la résistance du Senat, sans que le Front unique ait esquissé le moindre geste pour l’abattre.
Article de Jacques Métivier paru dans Liberté, cinquième année, n° 92, 1er juillet 1963, p. 4
AUCUN doute, ce livre paraît à son heure ; on parle fort, en ces temps, d’union de la gauche, d’un renouveau de Front Populaire. D’où l’importance de ce témoignage lucide, sinon impartial (qui pourrait prétendre, ayant été mêlé aussi étroitement aux événements qu’il évoque, être vraiment juge impartial, surtout vis-à-vis des autres nommes ?)
Article de Robert Brizon paru dans Que Faire ?, 2e année, n° 15, mars 1936, p. 15-18
Après de longs et difficiles conciliabules, le Comité directeur (?) du Front Populaire s’est donné un programme. Les dirigeants de feu la C. G. T. U. le reprennent pour en proposer à la C. G. T. unifiée l’adoption comme plate-forme de revendications immédiates.
Sous quel drapeau, pour quels idéaux va donc désormais officiellement se dérouler le mouvement du Front Populaire ? Rappelons brièvement les idées principales du programme.
Article paru dans La Commune,organe central du Parti Communiste Internationaliste,n° 17, 27 mars 1936, p. 1
Cinquante années de mœurs parlementaires et de démocratie frelatée ont créé en France une situation de fait dont un parti révolutionnaire ne peut pas ne pas tenir compte.
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