Article signé Al Ahmar paru dans Al-Raïat Al-Hamra, n° 7, novembre-décembre 1927; suivi de « L’impérialisme a choisi le sultan du Maroc »
Maintenant qu’il a réduit à coups de canons et de bombes les populations du Riff, l’impérialisme veut aller porter au bout de ses fusils la « civilisation » dans le sud du Maroc.
Déclaration parue dans Al-Chab Al-Ifriki, organe de défense et de lutte des jeunes travailleurs nord-africains édité par la jeunesse communiste, 1927 ; suivi de « 11 septembre 1924 : les premiers martyrs de la lutte de classe en Tunisie » par Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri
Le Comité Exécutif de l’Etoile Nord-Africaine, dans son journal « L’Ikdam » de juillet 1927 publie son programme. Il déclare tout d’abord que ce programme ne pourra recevoir l’application que dans la mesure où les peuples d’Afrique du Nord, engageront la lutte contre l’impérialisme oppresseur.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dansAl-Raïat Al-Hamra, n° 4, mai-juin 1927; suivi de « Les charognards » par Dj’ha.
Dans toutes les manifestations révolutionnaires les Nord-Africains sont aux côtés de leurs frères européens. A celle du 1er Mai ils furent particulièrement nombreux et l’on peut remarquer leurs pancartes avec l’inscription « A bas l’Indigénat ». Le 19 Mai, au Mur des Fédérés, un groupe imposant portant une superbe couronne ornée d’inscriptions arabes, fut chaleureusement ovationné par des dizaines de milliers de prolétaires parisiens.
LE COLONIALISME AFFAMEUR
Quand les sauterelles se sont abattues sur un champ : il est rasé. Mais les sauterelles ne viennent pas tous les ans, en Afrique du Nord. Le fléau permanent, c’est la colonisation.
Article paru dans Al-Raïat Al-Hamra, n° 5, juillet-août 1927 ; suivi de « Socialistes, loyalistes et droits politiques »
Dans mon programme je m’étais fixé d’assurer la défense de l’Algérie en la mettant aussi bien à l’abri des atteintes « de l’ennemi de l’intérieur » que de l’ennemi de l’extérieur a dit le satrape VIOLLETTE à la dernière session des délégations financières. C’est pour exécuter cette partie de son programme qu’il proposait le vote de 9 millions de dépenses nouvelles, dépenses acceptées par tous les délégués financiers indigènes qui, une fois de plus, se montrèrent comme des valets de l’impérialisme, comme des traîtres à la cause des paysans et des ouvriers d’Algérie.
Article de Chedly Khairallah paru dans L’Ikdam nord-africain, n° 3, août-septembre 1927 ; suivi de « Le banquet de l’Etoile nord-africaine » par Mustapha
Pendant les séances du congrès anti-colonial de Bruxelles, nous avons assisté – de la part de la presse réactionnaire – à une véritable conspiration du silence.
Article paru dans L’Ikdam nord-africain, n° 1, mai 1927 ; suivi de « Un appel de l’Etoile à l’opinion française »
Au cours du mois dernier, l’Etoile Nord-Africaine a tenu un grand meeting pour permettre à ses délégués au Congrès de Bruxelles de rendre compte de leur mission.
Article paru dans Al-Raïat Al-Hamra, organe du Parti Communiste (S.F.I.C.), n° 2, mars 1927 ; suivi de « La signification du congrès de Bruxelles » par I. Ifriqui
Au Congrès contre l’oppression coloniale et l’impérialisme, « L’Etoile Nord-Africaine » fut représentée par 3 délégués. Cette association de Musulmans de Tunisie, d’Algérie et du Maroc a comme président d’honneur l’Emir Khaled. Par la voix d’un de ses délégués, M. Messali, elle fit, d’une façon magistrale, le procès de la colonisation française en Algérie. Nos camarades ouvriers algériens la connaissent assez pour qu’il nous soit utile de publier le réquisitoire prononcé par le secrétaire général de « L’Etoile Nord-Africaine », M. Messali.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans Al-Lioua Al-Ahmar, n° 4, 20 janvier 1927
Mahmoud ben Lekhal est interné pour deux ans à Djelfa. Un siècle d’occupation a abouti à ce résultat ; 97 années de « civilisation » et il n’est pas encore permis à un indigène d’avoir une opinion politique. Car, en somme, Ben Lekhal a été arrêté dans son propre pays sans aucun motif. Mahmoud s’est rendu chez lui pour se reposer, pour voir sa vieille mère qui avait imploré sa visite. Aucun de ses actes ne légitimait son emprisonnement et son internement en Algérie.
Article d’Omar El Kossantini paru dans Al-Alam Al-Ahmar, n° 1, mai 1926; suivi de « Le 1er mai faites la grève pour libérer l’Islam » par Abbes El Marrakchi
Pendant la guerre de 1914-1918, 80.000 Nord-Africains ont trouvé la mort sur les champs de bataille et 120.000 sont revenus mutilés. On nous faisait alors de belles promesses : si la victoire favorisait la France, nous aussi nous profiterions de la liberté pour laquelle, paraît-il, tant des nôtres, combattaient.
Article paru dans Al-Lioua Al-Ahmar, journal communiste, n° 3, décembre 1926
Une crise de chômage vient de commencer en France. Elle n’est pas passagère. Déjà elle atteint toutes les branches de l’industrie. Cette crise devait fatalement se manifester ; car si la baisse du franc avait favorisé l’exportation, la hausse devait la restreindre. Mais comme tous les capitalistes ne veulent en rien qu’on touche aux bénéfices scandaleux réalisés par eux pendant la guerre et la période d’inflation, il leur faut produire moins cher pour se maintenir sur le marché mondial.
Je suis très heureux d’annoncer à mes amis, camarades, collègues et lecteurs la parution, aujourd’hui, de mon septième livre intitulé Le Spectre du colonialisme.
Article d’Abdelkader Hadj Ali alias Ali Baba paru dansAl-Beïrak Al-Ahmar, organe des travailleurs coloniaux édité par le Parti Communiste SFIC, n° 1, septembre 1926
Nous nous étions toujours élevés contre la circulaire du ministre Chautemps, qui interdit l’émigration des travailleurs nord-africains. Nous avions expliqué les mobiles intéressés qui avaient poussé à son élaboration : cupidité des colons d’Algérie, épouvante du gouvernement impérialiste français devant le réveil idéologique des coloniaux au contact des ouvriers métropolitains. Nous avions aussi démontré l’inefficacité de mesures aussi sauvages. On ne peut refuser indéfiniment la vie à des travailleurs qui ne veulent pas être étouffés dans leur pays natal. Ces êtres humains cherchent la vie comme l’arbre qu’on plante dans l’ombre, dirige ses branches vers le soleil.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans Al-Alam Al-Ahmar, organe des travailleurs coloniaux édité par le Parti Communiste SFIC, n° 4 août 1926; suivi de « La protestation des ouvriers nord-africains de Paris contre la comédie de la Mosquée »
La semaine de publicité pour l’inauguration de la mosquée s’est terminée dans l’indifférence et sous le mépris des musulmans.
L’impérialisme francais a promené son sultan fantoche dans Paris et à travers la France.
Article signé A. M. paru dans Révolution africaine, n° 98, 12 décembre 1964
MADAME Fadela M’Rabet, journaliste et animatrice à la radio d’Alger, vient de faire paraître aux éditions François Maspero, un livre intitulé « La femme algérienne ». Avant toute chose, saluons l’événement : le premier livre depuis l’indépendance d’une Algérienne sur la condition et la place des femmes algériennes dans leur société nationale.
Le livre de Zoubeïda BITTANI, Pleurez, ô mes sœurs musulmanes (1), retrace la vie d’une jeune algéroise née en 1946, d’un milieu aisé et qui arrachée de l’école, subit le mariage forcé à 12 ans, un premier enfant à 13 ans, suivi d’une répudiation et finit par échouer comme bonne à tout faire chez des colons bienveillants.
Article paru dans L’Humanité Rouge, quotidien des communistes marxistes léninistes de France, n° 787, 14 décembre 1977 ; suivi de « Assassinat de Saïda Menebhi : Hassan paiera ! », paru dans L’Humanité Rouge, n° 791, 20 décembre 1977
Saïda Menebhi, militante marxiste-léniniste marocaine est morte, dimanche 11 décembre à l’hôpital de Casablanca, des suites d’une grève de la faim. Saïda Menebhi avait 26 ans, c’était la sœur de l’ancien président de l’UNEM, elle avait été condamnée à 7 ans de prison, lors du sinistre procès de Casablanca le 15 février 1977. Au cours de ce procès, à l’image du régime criminel d’Hassan II, 176 militants marxistes-léninistes avaient été condamnés à de lourdes peines de prison dont 44 à la prison à vie. Incarcérés dans les prisons de Casablanca et de Kénitra, ils ont entamé depuis près d’un mois une grève de la faim. De nombreux militants sont dans un état grave. Saïda Menebhi était, avec deux autres militantes, et Abraham Serfaty, détenus dans l’isolement le plus complet à la prison de Casablanca.
Article de Marie-Madeleine Hermet paru dans Le Monde libertaire,n° 248, 22 décembre 1977
138 prisonniers en grève de la faim LE MAROC EN PROIE A LA REPRESSION
LES comités de lutte contre la répression au Maroc ont tenu, le 15 décembre, une conférence de presse, à Paris, dans une salle de l’hôtel Lutetia … parce que, le dimanche 11 décembre, au petit matin, Saïda MENEBHI, gréviste de la faim, âgée de 25 ans, est morte, victime du régime policier sanguinaire d’Hassan II, à l’hôpital Averroès de Casablanca.
Conférence de presse du Comité de soutien aux prisonniers politiques au Maroc. A gauche, le professeur Minkowski et à droite Me Henri Leclerc (photo Peyrepertuse/Rouge)
138 prisonniers politiques font la grève de la faim au Maroc
Depuis trente-deux jours, 139 prisonniers politiques font la grève de la faim au Maroc. Dans la nuit de samedi à dimanche, une prisonnière est morte. Elle s’appelait Saïda Menebhi, elle avait 25 ans. Hassan, le grand ami de Giscard peut être fier, en ajoutant à son palmarès déjà lourd un crime de plus. Arrestations et tortures se multiplient au Maroc pendant qu’ici la grande presse applique la loi du silence. Publiquement, le gouvernement continue de palabrer sur la démocratie pendant que ses services apportent leur aide au régime sanguinaire de Rabat. A Besançon, la police recherche deux étudiants marocains pour les expulser. Comme on le voit, les relations sont très bonnes mais Saïda Menebhi est morte.
La participation de la femme marocaine à la lutte de notre peuple
Née en 1952 à Marrakech ;
Etudiante à la faculté des lettres à Rabat, SAIDA MENEBHI milita au sein de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc en 72, 73 et participa aux luttes intenses menées par le mouvement étudiant à cette époque-là, luttes qui furent suivies d’une répression systématique : arrestations, enlèvements, tortures et où fut décrété la dissolution de l’UNEM.
Texte unitaire lu à l’occasion du meeting de soutien aux prisonnières politiques du Maroc organisé le 4 janvier 1978, publié dans Coordination des femmes noires, n° 1, juillet 1978et en partie dans Le temps des femmes, n° 1, mars 1978
SAIDA, militante de l’organisation Marxiste-Léniniste « ILLAL AMAM », a été assassinée pour avoir participé directement à la lutte du peuple marocain contre le régime réactionnaire de Hassan II.
Saïda Menebhi, marocaine, 25 ans, est morte le dimanche matin 11 décembre, après 32 jours de grève de la faim, dans le sinistre hôpital Averroès de Casablanca, pour avoir protesté contre les conditions inhumaines de détention.
Article de Catherine Bourrabier paru dans Baraka,n° 1, 13 mars 1986
Avec son image de parti raciste et xénophobe, le Front National présente des candidats d’origine arabe sur ses listes électorales : Mourad Kaouah, Soraya Djebbour. Paradoxe, hérésie ? Pas vraiment …
Entretien paru dans Noir et Rouge,n° 6, septembre-octobre 1987
Noir et Rouge : Pourquoi avoir donné naissance à cette association ?
Nanas Beurs : Nous l’avons créé le 3 juillet 1985 pour lutter contre l’oppression spécifique des femmes maghrébines, qu’elles soient immigrées ou issues de l’immigration. Notre bataille contre l’oppression, qui se déroule dans la réalité quotidienne, nous a conduites, au départ, à venir en aide aux femmes qui, du fait du regroupement familial, se retrouvaient du jour au lendemain, sans l’avoir en général voulu complètement déracinées et isolées. Quel traumatisme, en effet, que de quitter son village, sa famille, tout son environnement culturel pour une grande ville d’un pays dont on ignore la langue et les coutumes !
Article de Brigitte Firk paru dans les Cahiers du féminisme, n° 35, Printemps 1986
Jeune, femme et immigrée, voilà bien des problèmes et des contradictions ! Malika, Ouria, Halima, Yasmina, Fatima et Rachida soulèvent des problèmes similaires, mais leurs réponses sont loin d’être identiques : se chercher sans perdre une partie de soi dans les dédales de l’identité ; quelle authenticité opposer à l’abime de l’assimilation/reniement ? Pourquoi ces contradictions qui concernent l’ensemble des jeunes issus de l’immigration sont-elles vécues par les jeunes filles comme particulièrement déchirantes ? Autant de questions en débat, que devra se poser l’ensemble du mouvement antiraciste et du mouvement féministe.
Article de Souad Benani suivi d’un entretien avec Leïla parus dans Sans Frontière, n° 92-93, avril-mai 1985
DEPUIS DES SIECLES LA SEXUALITE EST CONFINEE DANS LE DOMAINE DU PRIVE. NOUS TAISONS LE SEXE, NOUS LE CACHONS. POUR LES FEMMES MAGHREBINES CELA CONSTITUE UN POINT NODAL DE LEUR OPPRESSION. ELLES SONT EN CELA HERITIERES DES PRINCIPES DE LA CULTURE MUSULMANE ET DE CEUX DES PAYS DU POURTOUR DE LA MEDITERRANNEE. UNE HYPER VALORISATION S’EST CONSTITUEE AUTOUR DE LA VIRGINITE DES FILLES. L’HONNEUR DES PERES, DES FRERES, DES COUSINS EST CHAQUE FOIS MIS EN PERIL PAR LE « MOINDRE ECART » DES FEMMES. HONNEUR MAIS SURTOUT LA PREMIERE A NE PAS TRANSGRESSER CELLE DE LA FILIATION MASCULINE ET DE L’HERITAGE.
DELIBEREMENT, J’AI CHOISI DE FAIRE PARLER UNE LESBIENNE. UNE INTERVIEW ILLUSTRERA LE PROPOS. MAIS IL EST EGALEMENT IMPORTANT DE COMPRENDRE QUE LES JEUNES BEURS HETEROS OU HOMOS SONT TRIBUTAIRES D’UN MÊME SYSTEME DE DOMINATION.
Article d’Anne-Marie Granger paru dans les Cahiers du féminisme, n° 26, automne 1983
En 1980, à Marseille, après l’assassinat d’un jeune immigré par un policier, elles sont descendues dans la rue, elles ont manifesté devant la préfecture. Dans la cité de Pierre-Collinet, près de Meaux, elles se sont regroupées pour prendre en charge l’animation et la vie collective de ce quartier-ghetto, elles ont organisé des ateliers de tricot, de couture, mais aussi de menuiserie et d’électricité. A Gennevilliers cette année, elles se sont retrouvées près de 400, venues de toutes les banlieues de Paris pour participer à une fête de femmes, à la suite d’un appel lancé sur les ondes de Radio-G dans l’émission « spéciale femmes » (cf. l’article sur cette émission dans ce dossier). Lors des luttes pour la régularisation des immigrés sans-papiers, en 1982, elles ont créé un « Collectif de soutien aux femmes sans papiers ». Aujourd’hui, au sein de différentes associations, elles préparent activement la Marche contre le racisme et pour l’égalité des droits.
Courrier d’Abdelaziz Boucherit paru dans Sans Frontière, n° 18, semaine du 4 au 10 avril 1981 ; suivi de la réponse de Madeleine Pestre parue dans Sans Frontière, n° 20, semaine du 18 au 24 avril 1981 ; puis celle de Sakina B. parue dans Sans Frontière,n° 26, semaine du 30 mai au 5 juin 1981
M. Boucherit, dont nous avons publié déjà une première lettre sur les femmes immigrées nous adresse ce deuxième point de vue.
Nous le publions intégralement, le débat continue.
Afin de permettre une connaissance de votre journal, je me suis fixé une règle, qui commence déjà à apporter ses fruits : chaque vendredi j’achète 10 journaux de « Sans Frontière » et je les distribue à la caisse, en essayant d’intéresser tous les jeunes immigrés. Votre journal donne le ton à la cause immigrée. Ce que j’admire en lui. Néanmoins, je n’approuve pas toute sa politique, notamment le problème de la femme algérienne.
Article signé Ana Maria et Claude paru dans Sans Frontière, n° 17, semaine du 28 mars au 3 avril 1981
« Le Centre de documentation Tiers-Monde » et « Artisans du Monde » avaient décidé de programmer une journée-femmes.
Nous avons voulu rencontrer les différents groupes de femmes du Tiers-Monde, qui existent à Paris ; entendre leurs paroles, leurs cris et leur révolte.
3 femmes, 3 générations d’exil. La grand-mère 70 ans. La mère 53 ans. La fille 21 ans.
La grand-mère m’a littéralement fascinée, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir vécu un moment privilégié, un moment où j’ai pu entrevoir quelque chose qui est enfoui dans ma mémoire, quelque chose qui n’existe plus chez les immigrés, quelque chose de précieux que l’on n’a pas su garder aussi grand que soit notre amour pour le pays ou pour notre culture. Aujourd’hui, je frémis, je ne peux croire qu’on ait perdu l’essentiel.
J’ai 20 ans, je suis de nationalité algérienne née en France dite privilégiée par ma carte de résidence (jusqu’en 82) et j’écris car j’ai compris : j’ai compris que pendant toute mon enfance mes parents m’ont certifié que j’étais algérienne que j’avais même du musulman (sang noir ?) dans les veines et surtout que je rentrerais un jour au pays et que je devais et pouvais « épouser » n’importe qui pourvu qu’il soit « musulman » !
Article signé Maria K. paru dans Sans Frontière,n° 10, 25 mars 1980
8 mars, une journée internationale des femmes, mais décidée par qui. Nous les femmes du tiers monde immigrées en France, n’avons pas assez réfléchi sur cette date et sur les « hauts faits féministes » qu’elle évoque, qui tout comme par hasard se situent toujours sur les mêmes continents. Pourtant depuis 3 ans bientôt, les femmes immigrées descendent dans la rue à Paris surtout, en cortège autonome, sous leurs propres banderoles elles ne sont plus les immigrées de telle ou telle tendance du mouvement des femmes en France. Ce dernier 8 mars à Paris surtout, hélas, mais nous espérons bientôt en province les femmes immigrées ont pris la parole, la rue. Les groupes de femmes maghrébines (Algérie, Maroc, Tunisie) le groupe de femmes Afro-Antillaises, la coordination des femmes noires, sont descendues dans la rue.
La fugue … un mot qui existe dans tous nos fantasmes … et qui a alimenté bien de nos rêves … Aujourd’hui, la fugue est devenue une réalité, réalité pour beaucoup de nos « petites sœurs » qui ont voulu aller au delà du rêve … et palper la liberté avec tout ce que cela implique de peur, d’angoisses, et d’apaisement à leurs maux.
Article paru dans Sans Frontière, n° 1, 27 mars 1979 ; suivi d’un dossier paru dans Sans Frontière, n° 2, 1er mai 1979
ELLES SUPPORTENT L’INSUPPORTABLE VIVENT L’INVIVABLE … ET ON LEUR DEMANDE DE PENSER … C’EST IMPENSABLE … (1)
Depuis quelques années, un mouvement s’est mis en route, prenant pour cible la FEMME IMMIGREE. Ce sont, soit des associations (en quête d’assistanat) ou des journalistes en quête de sensation (l’immigration masculine étant désuète) qui ont essayé de mettre à nu l’IMMIGREE. Elles sont donc devenues elles aussi, des objets de laboratoire, des sujets de recherche, des objets de consommation en racontant leur misère quotidienne, leur soumission à l’homme (la femme occidentale était libérée ?), etc.
Article paru dans Des femmes en mouvements, n° 6, juin 1978
Je suis une immigrée algérienne ; je vis en France depuis l’âge de trois ans. Nous avons toujours vécu, mes sœurs et moi, en retrait du monde extérieur, toujours en famille très unie, fermée sur elle-même et ses traditions. L’école, le lycée, étaient pour nous l’évasion, un autre lieu de rencontres possibles. Si déjà toutes jeunes, nous ressentions très mal les « injustices » de l’éducation sexiste menée par nos parents, cependant nous étions bien dans ce milieu familial sécurisant. Nous adorions notre père tout en le craignant très fort. Nous n’avions qu’à lui obéir pour vivre sereinement dans la maison.
La population immigrée représente en France 7 % de la population totale soit environ 4 millions de personnes. Les femmes représentent au sein de cette population 1 065 000 personnes, soit une femme pour trois hommes.
Les problèmes que rencontrent les femmes immigrées ne peuvent être séparés de ceux de l’ensemble de la population immigrée. Les femmes immigrées subissent une double oppression : en tant qu’immigrée, partageant la condition de l’ensemble des travailleurs immigrés : discrimination de toutes sortes, brimades, racisme, conditions de vie déplorables ; mais aussi en tant que femme : dépendance par rapport aux hommes, isolement et solitude, dus à toutes les formes de sexisme et de racisme.
Article paru dans Des femmes en mouvements, n° 5, mai 1978
photo Belkhtibia
un mouvement s’amorce, à Lyon, à Paris.
Nous sommes une quinzaine d’immigrées de 20 à 25 ans qui commençons à nous réunir. En ce moment, nous voulons rencontrer des femmes qui se regroupent dans le 7e arrondissement et, à l’occasion d’une semaine sur les femmes dans un théâtre, quelques-unes d’entre nous, qui font des sketches, du théâtre, de la poterie pourraient y participer.
J’attire l’attention de toutes les femmes immigrées vivant la même situation que moi, mais plus particulièrement aux Maghrébines. D’origine arabe, j’ai 19 ans, fille de parents ouvriers et séparés. Depuis dix-sept ans en France, j’ai dû faire face à la la vie très jeune. Confrontée à deux mondes différents, l’européen et le musulman, un jour j’ai dû choisir, mais je n’ai pu faire mon choix ; en moi deux femmes se battent, l’européenne et la musulmane. Pour moi, l’une ne va pas sans l’autre. Sans ce contraste, mon existence n’aurait pas de sens et puis je n’aurai pas l’impression d’être moi-même à part entière.
Article paru dans Femmes Informations, bulletin du CODIF, n° 37, novembre-décembre 1986
Nadia a 20 ans. Elle est née à Marseille, de parents algériens. Représentative des jeunes immigrées de la seconde génération, Nadia vit entre deux civilisations, deux cultures, deux mondes avec une volonté farouche de « s’en sortir » et de se sentir bien
Dans le numéro précédent des Cahiers du féminisme (n° 9), nous avons ouvert un dossier sur les luttes de femmes en Iran. Aujourd’hui, nous voudrions approfondir notre réflexion en nous interrogeant de manière plus générale sur la lutte contre l’oppression des femmes, dans les sociétés musulmanes.
Dans ce cadre, nous avons rencontré D. et H. militantes du groupe de femmes algériennes à Paris. Ce groupe s’est constitué en 1977 et rassemble plusieurs femmes immigrées algériennes nées en France ou venues très jeunes y vivre avec leurs parents.
Le 8 mars, journée des femmes, journée de lutte et de mobilisation, journée de solidarité internationale, nous appelons les femmes immigrées à se retrouver dans la rue sous une même banderole en tant que partie prenante du mouvement de libération des femmes.
Le mouvement des femmes en France (coordination des groupes de femmes de quartiers et d’entreprises, M.L.A.C., etc.) mène depuis plus d’un an une campagne pour le droit au travail des femmes, contre les discriminations à l’égard des femmes dans le travail
Déclaration parue dans Al-Ittihad, journal de l’Union des travailleurs immigrés tunisiens, avril-mai 1980
Les groupes « Femmes marocaines », « algériennes », « tunisiennes » sont partie prenante de la lutte des travailleurs immigrés contre les lois racistes qui visent à limiter l’immigration.
Entretien de Denise Brahimi avec Leïla Sebbar paru dans Sans Frontière, n° 64, semaine du 28 mai au 3 juin 1982 ; suivi de « Un siècle de voyages en Orient » par Mustapha Ammi
Denise Brahimi, universitaire à Paris VII, poursuit un travail de recherche, (entrepris en 1962 en Algérie) sur la représentation des Arabes du Maghreb et du Moyen-Orient, à travers les textes des Européens philosophes, écrivains, voyageurs, depuis des Encyclopédistes du XVIIIe siècle, jusqu’aux Orientalistes de la fin du XIXe siècle. Denise Brahimi après plusieurs ouvrages, vient de publier au Sycomore : Arabes des lumières et Bédouins romantiques. Pour Sans Frontière, Denise Brahimi parle de ses recherches sur « la littérature de contact » et des problèmes que pose ce travail de pionnière.
J’aurai le plaisir de participer demain, mercredi 11 février, à une table ronde sur le thème « France-Algérie : entre héritages coloniaux, mémoires plurielles et défis diplomatiques contemporains ».
Les autres intervenants seront l’ambassadeur Stéphane Romatet et la journaliste Nadia Henni-Moulaï.
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