Image de la manifestation du 20 octobre contre l’assassinat de Lahouari Ben Mohamed
EDITORIAL
La classe ouvrière de notre pays, son peuple, mesureront forcément un jour la catastrophe qu’a été – à partir de 72-73 – la « parlementarisation » de Mai 68, le programme commun, la remise en selle de la bande à Marchais, l’ectoplasme « socialiste » de Mitterrand-Rocard. Tout cela a en partie brisé le peuple, l’a ouvert au pire, que la crise provoque : tensions internes, racismes, attentats, égoïsmes peureux.
Déclaration du Parti communiste révolutionnaire marxiste-léniniste parue dans Pour le socialisme,n° 25, semaine du 8 au 14 janvier 1981
LA veille de Noël, le maire PCF de Vitry, avec Marcel Rosette, sénateur, président de l’association nationale des élus communistes et républicains et le secrétaire fédéral du Val-de-Marne prennent la tête d’une sorte de cortège et se rendent à un foyer, où venaient d’être relogés trois cents travailleurs maliens. Pendant que les élus expliquent à ces ouvriers immigrés que la municipalité a décrété inhabitable leur foyer, le gros du cortège passe à l’action pour appliquer l’arrêté municipal : saccageant les installations, on coupe eau, gaz, électricité, téléphone, on rend impraticable les accès, on met le chauffage hors d’usage. Un bulldozer participe activement au saccage.
Je participerai demain, jeudi 15 janvier, à partir de 19h30, à une table ronde organisée par le Musée Carnavalet – Histoire de Paris sur le thème « Les visages de Paris« , avec la démographe Sandra Brée, l’historien Sylvain Pattieu et l’anthropologue Emmanuelle Lallement.
Article de Mohammed Harbi paru dans Les Temps Modernes, n° 452-453-454, mars-avril-mai 1984, p. 1697-1706
J’essayerai ici d’évoquer quatre thèmes : le rapport de l’émigration algérienne à la question nationale, l’idée du retour et l’attitude des forces de gauche à l’égard des immigrés, et enfin le devenir de l’émigration maghrébine.
Manifeste paru dans Sans frontière, n° 12, du 21 au 27 février 1981
A l’heure où nous bouclons, nous publions les cent vingt (120) premières signatures du Manifeste des Allogènes* qui vient de nous parvenir, contre l’utilisation du problème de l’immigration à des fins électorales. La rédaction de Sans Frontière encourage vivement ses lecteurs allogènes à signer cette pétition.
La grève de la faim de Lyon commence à avoir un large écho. Après le soutien du cardinal Duval et du clergé catholique d’Algérie, une cinquantaine d’intellectuels français – et non des moindres – dénonce dans le manifeste, que nous publions ci-dessous en exclusivité, le scandale des expulsions de jeunes maghrébins de France et le resitue dans le contexte d’une société qui se crispe devant la multiracialité qui la gagne.
On dira peut-être qu’il est plus facile de signer un texte que de risquer sa vie. Pourtant, les signataires (qui comptent parmi eux les jeûneurs de Lyon) prennent ici des risques évidents puisqu’ils acceptent l’idée même de l’illégalité pour enrayer la politique en cours. En cela, ce texte rappelle étrangement, vingt ans après la guerre d’Algérie – mais n’y a-t-il pas des analogies ? – le « manifeste des 121 » qui, en justifiant la désertion et l’aide au FLN, occasionna de sérieux ennuis à ses signataires, dont quelques-uns partagent encore ce nouveau combat.
Article signé Géva paru dans Le Socialiste, n° 65, 20 novembre 1886
A chaque crise, à chaque grève, toutes les fois, enfin, que le chômage se fait sentir, les esprits superficiels et les journalistes de mauvaise foi attribuent la misère ouvrière à la concurrence de la main d’œuvre internationale. C’est de là, claments-ils en chœur, que vient tout le mal ; et, parfois, des ouvriers sincères se laissent prendre à ces clameurs, débitées par une presse hypocrite qui ne cherche qu’à entretenir la haine internationale.
Article signé Andrée L. paru dans Le Marxiste-Léniniste, n° 46, novembre-décembre 1980
MEMOIRE
Nous publierons désormais sous cette nouvelle rubrique, MEMOIRE, des textes sur les évènements, dans l’histoire, dont le mois écoulé avant la sortie du ML marque l’anniversaire, qu’ils soient des témoignages, comme celui-ci, ou des éléments d’histoire, en repérant les origines et l’avenir.
Que notre mémoire soit ainsi un modeste hommage aux peuples révoltés depuis l’origine des temps de classe, et, à travers la reconnaissance de leur lent et difficile parcours vers le communisme, fonde aussi une tranquille certitude sur notre cause.
Aux portes des usines, à l’embauche des chantiers, ils sont là, innombrables, reconnaissables à leur teint basané, à leur accoutrement différent. Les ouvriers français de France y sont également, escomptant le boulot mal payé, certes, mais qui procurera à la maisonnée le pain attendu. Et dans le fonds d’eux-mêmes, inconsciemment, ils maugréent contre ces intrus, ces « sidis » qui leur font une concurrence qu’ils estiment déloyale et qui, souvent pour un salaire moindre, vont les empêcher de trouver le travail dont ils ont tant besoin. Il n’y a pas que les indigènes algériens, mais aussi des pauvres diables de toutes nationalités : Polonais, Tchèques, Hongrois, Allemands, Italiens, Espagnols, etc., qui, chassés de leurs pays pour des raisons diverses, viennent solliciter des exploiteurs français leur maigre gagne-pain.
Article d’Yvonne Suiram paru dans Le Libertaire,28 septembre 1924
C’est à tous les camarades, hommes ou femmes que je veux m’adresser aujourd’hui, en leur parlant des indigènes algériens, si méprisés, si bafoués parmi le peuple français.
Oui, camarades, nous protestons contre les Américains, qui ne veulent pas admettre les noirs dans les lieux publics : transports en commun, théâtres, etc., et nous, habitants d’un pays qui a la réputation d’être hospitalier et accueillant à tous, nous maltraitons ceux que nous avons attirés chez nous en leur promettant le bien-être qu’ils ne peuvent plus trouver chez eux, depuis que nos généraux assassins sont allés porter la civilisation à coups de fusil et de canon.
Article de Mohamed Saïl paru dans Le Libertaire, quatrième série, trente-et-unième année, n° 4, 25 avril 1925
Notre cri d’alarme de septembre dernier n’a pas été entendu. Le fameux décret-loi est appliqué depuis cinq mois, et nos camarades indigènes algériens élevés au rang de grand prolétariat par le séquestre, les expropriations et la mercante, n’ont même plus la suprême ressource de procurer à leur marmaille famélique une maigre galette d’orge en louant leurs bras hors de la colonie, dans les usines de France, qu’ils ont contribué à sauver de la horde germanique (style patriotard.)
Raymond Denis, collaborateur du « Petit Parisien » journal de la pourriture capitaliste, vient de relater, dans une série d’articles, la vie des Kabyles en France et en Algérie.
1. – Le IIIe Congrès et la IVe Session du Conseil Central de l’I.S.R. ont indiqué les causes sociales, économiques et politiques des migrations ouvrières. Ces causes restent les mêmes pour l’avenir immédiat. Toutefois, depuis cette époque (1924), les facteurs contribuant à activer le passage des ouvriers d’un pays à l’autre, loin de diminuer, se sont accrus. Le chômage a certainement augmenté en étendue et en profondeur. D’autre part, le déplacement et la contraction du volume des marchés, la rationalisation précipitée, l’intensification du travail et le machinisme, ont mis hors du processus de production des centaines de milliers d’ouvriers industriels qui se sont trouvés versés dans la catégorie de la main-d’œuvre superflue.
1. L’émigration des travailleurs de leur pays d’origine leur est imposée par l’exploitation capitaliste. Les salaires de famine et les mauvaises conditions de travail, les persécutions politiques, sont autant de causes d’exode pour les prolétaires des différents pays.
Article paru dans La Vérité, 4e année, n° 135, 22 décembre 1932
La Chambre française a voté au mois d’août 1932, la loi sur la « protection de la main-d’œuvre nationale ». Cette loi a fermé la frontière aux travailleurs étrangers, mais, en grande partie par suite de l’opposition des représentants de la bourgeoisie elle n’a pas voulu fixer les limites pour l’embauche des ouvriers étrangers. Elle en a jeté pourtant les bases, en fixant la procédure à travers laquelle le pourcentage des ouvriers étrangers pourra être déterminée dans chaque branche d’industrie.
« Ratonnades » du samedi soir, attentats individuels contre les travailleurs immigrés (dans la seule nuit du 6 mars, à Draguignan, 3 attentats par explosif contre les travailleurs nord-africains !), mais aussi, discriminations raciale à l’embauche, pour la location d’appartements, dans les transports collectifs … LE RACISME EXISTE. Il n’épargne pas la classe ouvrière, comme en témoigne un cas particulièrement grave de discrimination raciale aux élections des délégués du personnel à Renault-Flins : sur 65 candidats immigrés à se présenter, seuls 2 furent élus, 300 électeurs ayant systématiquement rayé sur les listes les noms à consonnance étrangère ! le racisme se développe ; il bénéficie de moyens de propagande importants : presse bourgeoise, présentant « les pays arabes » comme seuls responsables de la crise actuelle du capitalisme, bienveillance de l’état bourgeois et de sa justice à l’égard des provocations à la haine raciste perpétuées par les organisations d’extrême droite et par leurs journaux, violences policières à l’égard des immigrés, etc.
C’est ce que ne cessaient de répéter les orateurs de divers syndicats de la C.G.T., qui se succédèrent à la tribune du meeting organisé le 30 septembre à Japy, sous l’égide de l’Union des Syndicats de la région parisienne.
Article de Fernand Cathala paru dans La Voix libertaire, septième année, n° 296, 30 mars 1935
La crise économique suit inlassablement son chemin angoissant. Le chômage étend ses ailes hideuses chaque jour davantage. D’innombrables sans-travail attendent anxieusement le retour à la « prospérité ». Tout ce qu’a tenté le gouvernement pour remédier à la situation actuelle a lamentablement échoué. Tous les plans, tous les systèmes mis en vigueur n’ont nullement enrayé le chômage.
Les ouvriers immigrés sont en France plusieurs centaines de mille …
Les travailleurs immigrés, chassés de leur pays par la misère, venus chercher du travail en France, peuvent constituer aussi bien un facteur révolutionnaire, qu’une arme dans les mains du fascisme. Ces travailleurs sont dans toutes les questions de salaires, d’allocations de chômage, etc., traités d’une façon bien pire que les travailleurs français. Leur occupation est beaucoup moins sûre ; les patrons ne pourraient pas – selon la loi – les occuper dans une mesure de plus de 10 % sur l’ensemble de la main-d’œuvre employée, et s’ils les embauchent dans une proportion plus élevée – comme ils le font souvent -, ils en profitent pour leur imposer des conditions de travail et de rémunération inhumains.
Article paru dans La Vérité,27 juillet 1934 ; suivi de « Les travailleurs étrangers », La Vérité, 1er décembre 1934 ;« Chômeurs, immigrés, jeunes et la C.G.T. unique », La Vérité, 8 novembre 1935
Dans la lutte contre la guerre, il faut entraîner l’ensemble des exploités.
N’oublions pas ces plus de deux millions d’ouvriers immigrés que le patronat rapace, veut opposer aux prolétaires français, afin d’empêcher l’union des forces ouvrières !
Article paru dans L’Avant-garde syndicale. Organe d’action syndicale révolutionnaire, 1ère année, n° 1, novembre 1935; suivi de « Il faut défendre les travailleurs immigrés », L’Avant-garde syndicale, 2e année, n° 3, janvier 1936
Les prolétaires étrangers ont suivi avec beaucoup d’intérêt et un grand espoir la marche à l’unité syndicale.
VERITABLES déracinés en cette terre qui se réclame des Droits de l’Homme, les travailleurs nord-africains continuent à subir les offensives racistes « sur tous les fronts », pour employer le jargon des culottes de peau. Aux brigandages systématiques gouvernementaux dans le régime des allocations familiales dus aux artifices juridiques des tripoteurs de la 4e République ; aux brimades racistes éhontées de la police et instrument d’exécution des basses œuvres au service des actuels fermiers généraux de la politicaille, s’ajoute cette permanente campagne de presse, par la quasi-totalité des journaux français, dont la moralité comme en conviendraient tous les esprits indépendants et saints, les destine tout juste à l’usage en ce lieu où même les rois vont à pied. Le moindre méfait dont un Nord-Africain a le malheur d’être l’auteur est montré en épingle à la « une » en romance dramatique fielleuse, alors que de véritables monstres humains sévissent journellement en France et ailleurs pour n’avoir droit qu’a quelques lignes perdues dans la rubrique des chiens écrasés. Encouragés par les exemples des Pouvoirs publics, des organisations privées n’hésitent plus à faire entendre leur voix dans cet odieux concert de la mare aux crapauds. Les vibrants sentiments nazistes et haineux de ces néo-aryens s’expriment en une verve dont à la violence s’allie une superbe éloquence ordurière, comme il sied à de piètres émules du grand Rabelais. Est-ce cela que vous avez voulu, ouvriers et paysans de 1789 qui avez déchaussé et déculotté vos bourgeois de l’époque pour équiper l’armée des sans-culottes sur ordre de Saint-Just ?
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dansLe Paria, n° 31, novembre-décembre 1924, p. 2
La grande presse prostituée a mené une campagne d’injures contre les ouvriers algériens qui travaillent en France.
C’était un prologue pour justifier les terribles mesures qu’on allait appliquer contre eux. Ces « sidis », au contact de leurs frères européens, et plus exploités que ces derniers, commencent à revendiquer leurs droits, se réveillent à la lutte de classe et se groupent dans les organisations révolutionnaires.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans L’Humanité, 13 novembre 1924, p. 3 ; suivi de « Le congrès des travailleurs nord-africains », Le Paria, n° 31, novembre-décembre 1924, p. 1 ;« Le Parti Communiste et la question coloniale », les Cahiers du bolchevisme, n° 7, 2 janvier 1925, p. 473-482
Le Parti communiste français devient un vrai parti de classe, un véritable parti prolétarien. Il rejette ce socialisme que la IIe Internationale prêchait aux masses européennes et dont on écartait les parias coloniaux.
Toute la presse bourgeoise s’est encore ameutée contre les « sidis ». La présence des 150.000 travailleurs nord-africains dans la métropole hante l’impérialisme français.
Quand nous appelions les ouvriers français à organiser et à éduquer les travailleurs coloniaux, nous prévoyions la concurrence inévitable qu’ils apporteraient sur le marché du travail et les dangers que cette main-d’œuvre présenterait pour les ouvriers métropolitains si elle restait à la merci du patronat. Nous ne nous sommes jamais arrêtés au sentimentalisme pour combattre les solutions démagogiques des réformistes ni les campagnes xénophobes de la bourgeoisie, mais nous avions maintes fois démontré que nous devions nous y intéresser, parce qu’elle n’était que la conséquence fatale du développement de la production capitaliste et de son impérialisme et colonialisme.
Article de Slimane Kiouane paru dans Le Libertaire,troisième série, trente-et-unième année, n° 416, 7 février 1925, p. 2
Devant les périodes de famine qui ont sévi en Algérie, les Sidis ont dû partir en exode. Cette fois-ci, la cause est une grande misère faite par des salaires dérisoires et par la brutalité criminelle des chefs indigènes, surtout des Européens.
Quand le capitalisme subit une crise dans sa production, il s’attaque aux salaires des ouvriers sans distinction de leur race ou couleur. Naturellement, il commence par ceux des ouvriers inorganisés, à ceux des travailleurs socialement infériorisés et se sert de leur faiblesse pour constituer une masse de manœuvre et s’attaquer ensuite aux salaires des ouvriers organisés et socialement privilégiés. Parmi les travailleurs à la merci du capitalisme on peut distinguer les coloniaux. Dans le Peuple du 30 novembre le réformiste Jules Uhry assimile le Kabyle aux ouvriers étrangers. Nous ne voulons pas diviser les ouvriers en catégories raciales pour servir le capitalisme, nous laissons ce soin à MM. Jouhaux et consorts, mais nous analyserons ces différentes mains-d’œuvre ethniques pour comprendre comment elles sont sur le marché du travail métropolitain, jusqu’où leurs droits et libertés sociales égalent ceux des ouvriers français et jusqu’où ils peuvent combattre le capitalisme français.
Pendant la grande guerre, l’impérialisme français avait arraché de leurs foyers des centaines de milliers de coloniaux pour les jeter dans l’horrible tuerie et pour soutenir la production des engins de guerre et de munitions.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dansLe Paria, troisième année, n° 29, septembre 1924, p. 1
Encore un crime de l’impérialisme français. L’arbitraire qui sévit dans les colonies poursuit les indigènes jusque dans la Métropole.
L’ouvrier colonial qui, poussé par la faim et fuyant la trique du colonialisme, vient offrir sa force de travail sur le marché métropolitain se voit déjà en butte aux mêmes procédés de violence, aux mêmes iniquités qui en font un matériel humain facile à exploiter.
Article d’Abdelkader Hadj Ali alias Ali Baba, paru dans Le Paria, Tribune du prolétariat colonial, Troisième année, n° 22, 1er janvier 1924
J’ai souvent entendu commenter les beautés de la Ville Lumière par des bourgeois algériens ou par des indigènes qui, comme la grenouille de la fable, singeaient les bourgeois. Avec quels transports d’admiration ils vous décrivaient à leur retour de Paris toutes les merveilles de la Capitale ! Avec extase, ils vous parlaient des Champs-Elysées, des grands boulevards, de Montmartre, des cabarets à la mode, des prostituées de luxe. Certains ont visité des monuments, des musées ; d’autres ont assisté aux courses, aux exhibitions de cuisses des Folies-Bergère, ou aux orgies des gens bien élevés où on se saoule avec du champagne et où on prise la « coco ». Pas un n’a rendu visite à ses nationaux, ceux qu’on appelle en France comme par dérision, les sidis (les messieurs). Et pourtant, il y en a, des Algériens, à Paris. Ils sont des dizaines et des dizaines de milliers qui se tuent dans les usines, qui dépérissent dans les quartiers de Grenelle, dans les bouges du boulevard de la Gare, de la Villette.
Reportage de René Maratrat paru dans Regards, n° 339, 15 février 1952, p. 3 à 6
VOICI, dans une petite ville de la banlieue parisienne, « l’intérieur » de plusieurs travailleurs nord-africains. Ils vivent à plusieurs dans cette sordide chambre d’hôtel et acquittent chacun le prix total de la location. Et ils peuvent encore se considérer comme des « privilégiés » puisqu’ils ont un toit et un lit pour s’abriter et dormir. D’autres couchent sous les ponts ou dans les trous d’une carrière … Le sort des Nord-Africains émigrés en France, des 130.000 qui vivent dans la région parisienne, a inspiré de nombreux articles : dans certains journaux on les injurie, on les accable de tous les maux. Le but de ce reportage, de ces photographies est de montrer comment vivent, comment souffrent et comment luttent ces travailleurs nord-africains.
BELKHODJA m’a fait signe de le suivre. Derrière l’hôtel, il y a toute une rangée de cabanes, genre poulaillers. Les unes sont encore recouvertes de tuiles, d’autres n’ont plus qu’une tôle ondulée à la place du toit. Les portes vermoulues, les fenêtres sans carreaux tiennent, on ne sait au juste pourquoi. Les waters, eux, n’ont plus de porte. Ça se sent. Dans chacune de ces « chambres » – oui ce sont des chambres d’hôtel – il y a plusieurs lits de fer aux couvertures trouées : avec un réchaud dans un coin c’est tout l’ameublement. Des hommes, comme vous, comme moi, dorment et mangent dans ces gourbis infects. A tour de rôle. Ce sont des travailleurs nord-africains. Belkhodja qui a parlé un moment avec eux, en arabe, me dit :
Article signé F. L. paru dans Rouge, n° 213, 13 juillet 1973, p. 8-9
La campagne d’Ordre Nouveau contre « l’immigration sauvage » n’est pas tombée du ciel. Elle est la manifestation d’une poussée de racisme que les groupuscules fascistes et la presse d’extrême-droite se sont appliqués à entretenir.
Editorial paru dans Lutte ouvrière, n° 253, semaine du 3 au 9 juillet 1973
SOLIDARITE AVEC LA LIGUE COMMUNISTE ! LIBEREZ KRIVINE ET SES CAMARADES !
LA Ligue Communiste est dissoute. Les perquisitions de la police, tant au siège de la Ligue qu’au domicile de ses militants, se multiplient. Alain Krivine, son principal dirigeant, est arrêté et incarcéré. Inculpé au titre de la loi « anti-casseurs », il risque entre un et cinq ans d’emprisonnement et une énorme amende, puisque, d’après cette loi, les dirigeants de la Ligue Communiste peuvent être tenus pour responsables de tous les dégâts occasionnés par qui que ce soit (y compris, bien sûr, la police elle-même) au cours d’une manifestation à laquelle ils ont appelé.
Article paru dans Les Yeux ouverts, bulletin de l’association des femmes maghrébines immigrées, n° 0, février 1984, p. 5-6
– DEFENSE DE L’EMPLOI DES FEMMES IMMIGREES !
– EGALITE DES DROITS !
– UNITE DE TOUTES LES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS CONTRE LE RACISME !
Dans la situation particulière de « crise ouverte » en France, au moment même de la restructuration industrielle, les « responsables » désignés par cette politique, seront les immigrés.
Dossier paru dans Rouge,n° 211, 27 juin 1973,suivi de « L’évasion de Zahouane et Harbi » par Edwy Plenel alias Joseph Krasny
Avant-hier les juifs, hier les arabes, aujourd’hui « l’immigration sauvage ». Les premiers, alliés aux marxistes, voulaient détruire l’occident. Les seconds s’attaquaient à la civilisation française. Aujourd’hui, les immigrés, base de masse des gauchistes, mettent en danger la République, l’industrie et la race française. Rien de moins.
Article paru dans Le Prolétaire,11e année, n° 164, 7 au 27 janvier 1974, p. 1-2
Au moment où la crainte de la récession agite de nouveau le monde bourgeois, une série de faits récents – le blocage de l’immigration en Allemagne et au Danemark, le succès renaissant en Grande-Bretagne de mouvements chauvins type Enoch Powell, le renvoi des travailleurs yougoslaves de Peugeot, les déclarations du ministre Gorse et des syndicats en France sur la probable réduction de l’immigration, et enfin l’attentat contre le consulat algérien de Marseille venant après une quarantaine d’attentats recensés depuis le mois d’août – mettent en lumière les rendements matériels du racisme contre les travailleurs immigrés et le caractère réactionnaire de tous les remèdes réformistes « nationaux » aux contradictions bourgeoises.
Editorial paru dans Lutte ouvrière, n° 277, semaine du 18 au 24 décembre 1979, p. 3
QUATRE morts, seize blessés, dont plusieurs seront définitivement mutilés : tel est le sombre bilan de l’attentat contre le consulat d’Algérie à Marseille.
Quels que soient les calculs politiques de ses auteurs et de ses inspirateurs, cet attentat, des plus ignobles et des plus lâches, parce qu’aveugle, parce que destiné à frapper des Algériens, n’importe lesquels, simplement parce qu’Algériens, est l’œuvre directe du racisme. Qui peut en douter, à part les pouvoirs publics français, dont la scandaleuse passivité devant chaque crime raciste – la police n’a pas trouvé un seul des assassins d’une douzaine d’Algériens tués durant l’été dernier – est elle-même le premier encouragement à tous les tueurs racistes ?
Article paru dans Rouge, n° 234, 21 décembre 1973, p. 12
« Plastiquez les mosquées, les bistrots, les commerces arabes … Prenons Boumédienne au mot en créant l’insécurité des Nord-Africains en France ». « Ne nous obligez pas à vous faire ce que vous avez fait aux nôtres. La valise ou le cercueil, vous connaissez ? »
Cette prose répugnante, ces transparents appels au meurtre ont parus dans un torchon nommé le « Combat européen ».
Article d’Ulric Schulze paru dans Le Monde libertaire, n° 194, octobre 1973, p. 5
Le climat et les actes engendrés au cours de ces dernières années par les campagnes de racisme en France n’ont été contrebalancés que par quelques réactions sporadiques tantôt indignées, tantôt opportunistes, tantôt humanitaires de bon ton. Un petit mea culpa, beaucoup de grandeur et de générosité de la France éternelle ont été mises en avant.
Ils soufflent le froid après avoir soufflé le chaud. Pendant deux jours, radios et journaux ont puissamment contribué à créer un état de psychose : « Marseille a peur ». La belle aubaine, la diversion inespérée, que l’émotion créée à Marseille par le meurtre d’un chauffeur d’autobus et qui pouvait détourner l’attention de la lutte des travailleurs de Lip, du climat social de la rentrée !
Editorial paru dans Lutte ouvrière,n° 262, semaine du 4 au 10 septembre 1973, p. 3
L’ASSASSINAT par un déséquilibré d’un traminot marseillais a fait surgir au grand jour le racisme latent qui existe aujourd’hui dans une partie de la population française, racisme qui s’est exprimé par la phrase, les écrits et les balles de revolver, des discours imbéciles sur les « étrangers qui ne sont pas comme nous » aux articles hystériques sur la « pègre algérienne » et aux assassinats aveugles de travailleurs nord-africains.
Article paru dans Rouge, n° 293, 28 mars 1975, p. 4
Mohammed Laïd Moussa est mort. Abattu chez des amis par un tueur professionnel dans la nuit du 18 au 19 mars à Marseille, le jeune algérien n’a pas repris conscience. Un nom de plus sur la liste des victimes des ratonnades en France, « terre de liberté ». Mohammed Laïd « exécuté à l’OAS », froidement, contre un mur. A ajouter au palmarès de tous les Dupont lajoies, de tous ceux qui ne peuvent entrevoir une peau brune ou des cheveux longs sans loucher vers un fusil de chasse.
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