Article paru dans Le Prolétaire, organe du communisme révolutionnaire, n° 10, décembre 1946-janvier 1947, p. 3
La barbarie stalinienne et la tragédie trotskiste sous forme de roman
L’Histoire nous a appris que souvent les mensonges la servent mieux que la vérité ; car l’homme est paresseux, et il faut lui faire traverser le désert pendant quarante ans, avant chaque étape de son développement. Et pour le forcer à franchir le désert, force menaces et force promesses sont nécessaires : il a besoin de terreurs imaginaires et d’imaginaires consolations, sans quoi il va s’asseoir et se reposer prématurément et va s’amuser à adorer des veaux d’or.
Article paru dans Pouvoir ouvrier, organe central des communistes révolutionnaires en France, n° 12, juillet-août 1945, p. 2
Comme dit L’Humanité, des bruits courent sur l’armée « rouge ». Pillage des prisonniers français, rafles quelquefois sanglantes, vol de bijoux, viols collectifs des compagnes de travailleurs, convoyages brutaux, voire exécution sommaire, voilà ce que racontent d’innombrables rapatriés.
Il nous arrive de Mexico un texte de Péret pour nous prouver qu’il existe encore des hommes libres. Ce texte est la réaction naturelle d’un poète après la lecture d’un ramassis de mauvaises jérémiades intitulé dérisoirement : « L’honneur des poètes », paru pendant la clandestinité et dû à la collaboration de quelques troubadours stalino-chrétiens.
Recension de Michel Auvray parue dans Agoralibertaire, n° 29, décembre 1985, p. 23
Il est des silences qui ressemblent à des complicités. Prompte à célébrer la mémoire de ses morts du métro Charonne, la gauche française a pratiquement « oublié » les victimes des ratonnades d’octobre 1961. Il y avait bien un document cinématographique réalisé à chaud (« Octobre à Paris »), quelques articles de presse et, depuis peu, un polar (Didier Daeninckx, « Meurtres pour mémoire »). Bien peu en 25 ans, et pour cause : le souvenir de ces centaines d’Algériens assassinés par les policiers parisiens mettait à nu la faiblesse des réactions des partis et syndicats compromis dans la guerre d’Algérie.
Le cessez-le-feu est maintenant proche. Une première phase de la lutte armée s’achève par la conquête de l’indépendance de l’Algérie.
Quelle que soit la procédure suivie et la durée de la phase transitoire, c’est maintenant un fait acquis. C’EST UNE GRANDE VICTOIRE DE LA REVOLUTION ALGERIENNE.
A midi, les armes devraient se taire, en Algérie. Trois ministres français ont apposé hier signature, sur des documents officiels de trêve, en caution de celle d’un ministre algérien.
Déclaration du Parti communiste internationaliste parue dans La Vérité des travailleurs, n° 124, mars 1962, p. 15-16
L’indépendance de l’Algérie est une victoire du prolétariat mondial
Les accords entre le gouvernement français et le gouvernement provisoire de la République Algérienne ont été signés. Ils impliquent, à échéance relativement proche, l’établissement de l’Algérie en République indépendante.
Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 86, septembre-octobre 1967, p.22
FILM DE PETER WATKINS AVEC PAUL JONES ET JEAN SHRIMPTON.
« Un film qui se situe en Angleterre en 1970. On va croire que c’est un film gentil, aimable et amusant parce que c’est un film sur les chanteurs yéyé, mais là encore j’ai essayé de montrer le conformisme d’une nation entière, d’une civilisation qui est l’esclave des loisirs, des distractions, des vedettes publicitaires qu’on lui a imposés et dont tout le comportement moral et social est déterminé par l’extérieur, par des gouvernements qui sont les maîtres de cet univers endormi.
Avec l’indépendance conquise sur l’impérialisme français après sept années de guerre terribles une victoire des plus rudes vient d’être obtenue par le peuple algérien.
Jusqu’alors, je n’avais jamais assisté à un meeting étudiant, les horaires de l’usine ne m’en laissant pas la possibilité. Mais je n’ignorais pas pour autant la part importante prise par le Quartier Latin dans la lutte contre la guerre d’Algérie et le fascisme, l’organisation de la riposte de l’université aux attentats et provocations, pour ne pas remonter à ce mémorable 27 octobre 1960, qui avait incontestablement contribué au « dégel » de l’opinion, et ouvert l’ère des manifestations de rues.
Ce film a été présenté au public « intellectuel » avec toute l’artillerie lourde de ses maîtres à penser. D’énormes placards nous ont expliqué ce qu’en pensaient Sartre, Simone de Beauvoir et même Genet.
Article paru dans La Voix du peuple, mars 1962, p. 1, 2 et 4
Ils ont lutté pour que tous les Algériens vivent librement et démocratiquement
Il y a un quart de siècle, le PARTI DU PEUPLE ALGERIEN (P.P.A.) a vu le jour dans la région parisienne. Effectivement, la date précise de la fondation de ce parti a été le 11 mars 1937. Ce fut, il faut le souligner, un grand événement dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Etant donné la conjoncture actuelle, nous croyons utile de rappeler ce passé qui reste inconnu, surtout pour la jeunesse algérienne. Il est vrai qu’il y a dans cet anniversaire plus d’une génération en tenant compte de la précipitation des événements, de leur envergure et de leur caractère particulier. C’est pourquoi, avant de relater la fondation du P.P.A., il est nécessaire, pour la compréhension et la clarté des choses, de présenter à nos lecteurs les étapes de la lutte qui ont précédé sa fondation. Avant le P.P.A., le MOUVEMENT NATIONAL ALGERIEN avait pour nom l’ETOILE NORD-AFRICAINE (E.N.A.). Cette organisation fut l’objet de poursuites et de dissolutions durant plusieurs années.
Article paru dans le Bulletin d’information du Mouvement National Algérien, mars 1962, p. 1-4
Maintenant que le cessez-le-feu est signé après les négociations secrètes qui ont duré plus de deux ans et qui ont abouti aux accords politiques que l’on sait, il est nécessaire de préciser quelles ont été la position du M.N.A. et ses activités en faveur de la paix.
LA SITUATION A CONSTANTINE VUE PAR LE FIGARO (15.3.62).
Il est clair, et on a eu l’occasion de le vérifier déjà à plusieurs reprises, qu’en cas de heurs entre les communautés, l’armée prendra partie pour les Européens.
Les autorités civiles s’inquiètent de cet état d’esprit.
Elles constatent avec une certaine amertume leur impuissance.
Elles n’ont aucun moyen d’action. Les services de la Préfecture comprennent une immense majorité de Français d’Algérie. La police est noyautée par l’O.A.S. Les autorités sont noyées dans un milieu hostile, épiées et surveillées sans cesse.
L’O.A.S. distribue des tracts et des bulletins d’informations, multiplie ses émissions-pirates de la radio, intercepte les ordres et prend connaissance des consignes les plus secrètes. La Préfecture n’a aucun moyen d’action propre. Elle est obligée de passer par le canal de l’armée qui lui refuse son concours actif. Certains militaires sont ouvertement favorables à l’OAS. Les autres, l’immense majorité, restent dans l’expectative.
Si les fascistes français font surtout parler d’eux, car ils ont trouvé dans la guerre d’Algérie un élément politique et des troupes, le caractère international du mouvement fasciste n’en persiste pas moins.
Les lettres de plusieurs lecteurs témoignent que j’ai peut-être été insuffisamment précis lorsque j’ai parlé de la nécessité de retirer l’armée française d’Algérie. Indiquons donc que lorsque je parle du retrait de l’armée française d’Algérie, cela sous-entend que cette évacuation doit se faire sur le littoral comme elle se fait dans le bled, c’est-à-dire qu’elle doit être suivie immédiatement de l’arrivée de troupes F.L.N. (ou contrôlées par le F.L.N.). Cette arrivée doit être même encore plus immédiate dans les grandes villes du littoral que dan s les villages du bled ; c’est une véritable « relève » des troupes françaises par les troupes algériennes qui doit avoir lieu.
Article paru dans La Voix du peuple, numéro spécial, mars 1962, p. 4
M. André LOUIS au cours de son voyage dans les maquis M.N.A. en 1958
M. André LOUIS est éditorialiste au journal belge « La Cité ». Il vient de rendre visite au Président du M.N.A. MESSALI HADJ à Chantilly. Dans un article paru le 2 mars 1962 dans le journal bruxellois, l’éminent journaliste donne ses impressions et les réponses de Messali. Il nous a paru utile, étant donné les circonstances, de reproduire cet intéressant article à l’attention de nos lecteurs.
A mesure que le cessez-le-feu approche, les attentats se multiplient dans les villes d’Algérie : des Algériens tuent des Européens, des Européens tuent des Algériens. Mais le scénario est différent dans les deux cas.
Tract du Mouvement National Algérien daté du 1er mars 1962 à Alger
MOUVEMENT NATIONAL ALGÉRIEN ARMÉE DE LIBÉRATION NATIONALE
PEUPLE ALGÉRIEN ! ! !
1926, l’Étoile Nord Africaine naissait avec comme objectif l’indépendance et l’unité du Maghreb. Le P.P.A. et le M.T.L.D. sont les artisans du réveil de la conscience nationale.
Quoi de plus banal qu’une histoire d’amour, même pas le début d’une histoire d’amour.
Une caméra qui s’attarde tendrement sur des objets apparemment sans importance et qui nous guide lentement dans le monde triste, gris, monotone de Hanna. Deux mille jeunes ouvrières campées dans une banlieue de Prague au service d’une usine de chaussures, et quelques vieux bien pensants pour les encadrer. A la sortie de l’usine, il n’y a qu’une petite pluie fine pour les accompagner à travers un paysage de boue jusqu’à leur internat, pas un sourire de garçon, pas un baiser, rien, personne ; et leur journée se noie ainsi dans un ciel encore plus triste qu’elles.
Article de Jacques Dubart paru dans Lutter !, n° 25, novembre 1988, p. 12
Les « évènements » d’Algérie ont été précédés par une série de grèves contre la politique d’austérité, en particulier dans les zones industrielles de Rouiba-Reghaia, d’El-Harrach et de Bouira, où la répression a été particulièrement dure. La grève est entrée dans la capitale, le 2 octobre avec le mouvement des postiers. Puis les lycéens et les étudiants sont descendus dans la rue, suivis par l’ensemble de la jeunesse. A l’intérieur du pays, 80 % des villes ont été touchées par les émeutes. A partir du 6 octobre, l’état de siège à été décrété. Et la boucherie a commencé. Sans états d’âme, les soldats ont obéi aux ordres. Ils ont tirés sur des enfants, des gens désarmés. Au fusil-mitrailleur, à la mitrailleuse lourde. Plus de 600 tués. Un nombre considérable de blessés. Plusieurs milliers d’arrestations, touchant tous les milieux, des frères musulmans à l’extrême-gauche, et en particulier de nombreux syndicalistes.
Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 62, juillet-août 1964, p. 9-10
Prenez deux idées justes. La première : tout appareil bureaucratique offre un aspect comique ; sa rigidité, sa hiérarchie, sa prétendue rationalité le rendent irréaliste, incapable de s’adapter à une situation nouvelle et de la résoudre simplement ; bien plus, les règles du fonctionnement bureaucratique favorisent ou provoquent elles-mêmes des accidents par lesquels l’appareil est pris au dépourvu. Deuxième idée : aujourd’hui l’organisation de la destruction et de la terreur est bureaucratisée ; elle est l’affaire d’un immense système (dont le Strategic Air Command est, aux États-Unis, une partie) servi par des milliers d’hommes, s’étendant à toute la surface du globe, équipé avec les résultats les plus récents de la science et de l’industrie, prêt à fonctionner dans des délais qui sont de l’ordre de la minute, et suspendu sur la tête de milliards d’hommes.
Article de Daniel Guérin paru dans Lutter!, n° 4, janvier-février 1983, p. 32
Il est certes un peu tard, mais dans de tels cas il n’est jamais trop tard, pour revenir sur la réintégration des huit généraux qui ont trempé dans le putsch algérien de 1961, puis dans le carnage de l’OAS.
Article paru dans Pouvoir ouvrier, n° 56, décembre 1963, p. 8-9
C’est une des deux solutions que nous proposent les films « Main basse sur la ville » (italien) et « Mélodie en sous-sol » (français).
Nous y voyons, en effet, les grands qui nous dirigent brasser les affaires et l’argent tandis que les autres, ceux qui travaillent pour eux, vivotent péniblement, humblement et tristement.
Article publié dans Lutter, n° 4, décembre 1977-janvier 1978, p. 21-23
La position de l’Algérie, lors de la récente « affaire » des huit techniciens français enlevés par le Front Polisario, dans le contexte actuel de quasi absence d’information sur la situation sociale réelle de ce pays et sur les luttes ouvrières qui s’y déroulent, risque, une fois de plus, de consacrer le label « progressiste » que l’on accorde volontiers au régime en place. L’écœurement que l’on éprouve vis-à-vis de la campagne sordide anti-algérienne (contre les travailleurs immigrés algériens) que les mass média n’ont pas manqué de déclencher autour de l’« affaire » des otages, ainsi que notre solidarité avec le peuple Sahraoui en lutte pour l’auto-détermination, ne doivent pas nous détourner de la véritable nature du régime algérien et surtout de la lutte des travailleurs algériens contre les agressions du capital d’état et privé, vers un véritable socialisme.
Nous reproduisons ici intégralement une interview de camarades du groupe « Mujeres Libres ». Nous pensons que c’est la meilleure façon de présenter le mouvement « Mujeres Libres ». La Commission Femmes de l’UTCL entend poursuivre des relations avec « Mujeres Libres », bien que nous ayons des divergences avec elles ; divergences dont nous avons discuté à Barcelone avec elles et que nous exposons ci-dessous :
Sans jamais rien céder à la tentation de la commémoration, j’ai regroupé sur cette page mes interventions liées au hirak en Algérie pour la période 2020-2021, après celles relatives à la séquence 2019-2020.
Le livre de Georges Fontenis, « L’autre communisme« , histoire subversive du mouvement libertaire, qui va paraitre à la rentrée, rappelle, entre autres, le rôle, souvent méconnu, des libertaires pendant la guerre d’Algérie. Nous vous en livrons un extrait.
Texte paru dans Lutter, n° 5, mars-avril-mai 1978, p. 4-5
La gauche battue largement, le « programme commun » en déroute, une droite stabilisée, telles sont les premières constatations qui ont suivi les législatives de mars 1978. L’OCA qui a appelé à l’abstention révolutionnaire et contribué à l’élaboration de la plate-forme « Pour une alternative révolutionnaire » s’explique : Pourquoi avons nous suivi cette démarche :
Il y a 25 ans éclatait l’insurrection algérienne. Son souvenir a été estompé à travers une période de latence et d’occultation. Après un phénomène de rejet, de nausée, le drame algérien connaît aujourd’hui un regain d’actualité. Il a cessé d’appartenir au vécu pour entrer dans l’histoire.
AU moment où nous écrivons ces lignes, le peuple de Paris, au cours d’obsèques solennelles et grandioses, accompagne à leur dernière demeure les huit martyrs antifascistes tombés sous les coups de la police gaulliste le 8 février dernier.
Article paru dans La Voix du Peuple, février 1962, p. 3
Il y a à peine une quinzaine d’années, le monde était divisé en deux catégories de pays : les colonialistes et les colonisés. Le souci des premiers était l’exploitation des richesses au seul profit de la minorité européenne composée de colons et d’industriels et de leur Métropole. Les seconds, maintenus sous le joug par la force et la répression, fournissaient la main d’oeuvre à bon marché. Bien mieux, aucun effort d’industrialisation n’était tenté dans ces colonies afin d’éviter toute élévation de niveau de vie et surtout toute organisation du prolétariat autochtone. Toutes les matières premières étaient traitées dans les usines d’Europe.
Article paru dans La Voix du Peuple, février 1962, p. 3 et 2
Depuis la fin de la dernière guerre mondiale qui a vu la victoire des alliés sur le nazisme allemand, nous avons assisté à des affrontements d’intérêts et d’influence dans le monde Celui-ci s’est, dès 1948, divisé en deux blocs dits de l’Est et de l’Ouest avec à la tête du premier l’URSS et du second l’Amérique. Ce fut aussi le début de la guerre froide. Propagande et contre propagande se sont affrontées parfois de façon violente.
Bien des questions traitées dans les plus récents numéros de la « R.P. » méritent une discussion approfondie. Chacune d’elles mériterait un article particulier. Mais je ne veux pas abuser des colonnes de la revue, aussi me bornerai-je à résumer ma position qui, on le sait, n’est pas toujours conforme à celle des camarades du noyau.
Textes parus dans La Voix du Peuple, février 1962, p. 2
Nous avons reçu l’Organe de la Fédération des Travaux Publics et des transports No 28 dans lequel notre camarade Roger LAPEYRE, Secrétaire Général de cette Fédération, consacre un article intéressant dans lequel, il fait revivre la pensée des premiers dirigeants de l’UNION DES SYNDICATS DES TRAVAILLEURS ALGERIENS (U.S.T.A.) qui ont été les uns après les autres assassinés par le F.L.N.
Les manifestations des 8 et 13 février sont au centre des discussions. Elles peuvent paraître dépassées par les évènements. Mais en fait, elles débordent largement leur cadre particulier et permettent de saisir leur sens par rapport au mouvement ouvrier.
Article paru dans La Voix du Peuple, février 1962, p. 4 et 3
Nous avons reçu un certain nombre de lettres de la part de nos lecteurs après la publication de notre dernier article « quelques vérités historiques sur le déclenchement de la Révolution Algérienne ». Les uns nous demandent des précisions sur certains faits, les autres voudraient que MESSALI HADJ, père du nationalisme algérien, écrive rapidement ses mémoires sur le mouvement révolutionnaire algérien jusqu’au déclenchement de la Révolution en Algérie. D’autres voudraient qu’on consacre chaque fois un feuilleton sur la crise de 1953 jusqu’au 1er novembre 1954.
Le Congrès Force-Ouvrière vient de lancer un appel pour l’arrêt des effusions de sang et la détermination démocratique du peuple algérien.
Le syndicalisme ne peut rester neutre devant un tel problème, car la guerre d’Algérie et ses prolongements concernent non seulement les travailleurs musulmans, mais encore les travailleurs algériens d’origine européenne et les travailleurs français de France.
Au moment où nous écrivons ces lignes, la guerre civile avec ses horreurs s’installe tous les jours davantage en Algérie. Les lynchages, les ratonnades, les incendies sont déjà dépassés. On tue, on détruit tandis qu’une crise économique paralyse les grandes villes du pays.
Mouvement National Algérien, Bulletin intérieur, janvier-février 1962, 4 pages
ANALYSE – DIRECTIVES – INFORMATIONS
Dans le dernier Bulletin Intérieur, nous avons analysé la situation politique du dernier trimestre de l’année 1961 sur l’évolution du problème algérien. Il a été question de la commémoration du 7ème anniversaire de la Révolution Algérienne, de ses conséquences sur le plan de la répression, du problème des contacts secrets, des futures négociations et des événements qui se sont déroulés en Tunisie à la suite du départ de Ferhat ABBAS et de l’entrée en scène, pour la première fois, des Centralistes, en la personne de Benyoussef BENKHEDDA.
Le 17 octobre 1961 — il y a à peine quatre mois — des milliers et des milliers d’Algériens, las d’être humiliés, ont manifesté sur les boulevards, en plein centre de Paris. contre le couvre-feu à 20 heures et pour leur dignité. Dès le soir même la Seine a charrié des cadavres d’Algériens. L’opinion avait été choquée de cette « intrusion » mais avait été impressionnée par le courage de ces hommes et de ces femmes. L’ampleur et la sauvagerie d’une répression pratiquée « à froid » ne manqua pas de soulever ce que les journalistes appellent une vive indignation. Le pouvoir dut faire ouvrir une instruction sur les décès suspects de dizaines d’Algériens au cours de cette nuit sanglante. Cela dura quelques jours. On y pensa encore pendant quelques semaines. Et puis… Et puis la vie reprit son cours. L’instruction doit se poursuivre au même rythme que celle ouverte sur la mort de Maurice Audin (assassiné depuis plusieurs années). Monsieur Papon est toujours préfet de police et le bon peuple s’est intéressé à autre chose. C’est en toute quiétude que le Pouvoir a pu renvoyer des milliers d’Algériens « dans leurs douars d’origine ». Les fameux « douars d’origine » c’était Paul-Cazelles, Beni-Messoud, Sidi-Chami… ; c’était des camps. Oh pas des camps de concentration, bien sûr ! Non, des centres d’hébergement ! des centres d’hébergement où, comme à Paul-Cazelles, pour 1.600 internés répartis en trois blocs, il n’y a ni infirmerie ni douches, ni consultation pour les maladies des yeux et des dents ; où les tuberculeux et les malades mentaux ne sont pas isolés. La télévision et les actualités nous ont montré ces départs vers les « douars d’origine ». Combien se sont indignés, parmi nos compatriotes, de voir ces hommes partir, en veston, sans bagage ? Combien se sont demandés s’ils laissaient ici une femme, des gosses et ce qu’ils deviendraient privés de leur soutien ? Assurément beaucoup moins que ceux qui, sottement, ont soupiré d’aise en pensant que « l’on allait enfin être un peu en sécurité ». Il faut dire qu’en fait de sécurité on a été gâté. Tandis que les plastiqueurs poursuivent le cours de leurs exploits, les brigades spéciales de monsieur le préfet Papon, qui s’étaient fait la main le 19 décembre, viennent, le 8 février, de causer la mort de huit personnes : quatre hommes, trois femmes, un enfant, huit « bougnoules » bien de chez nous, « Français de souche » comme dirait le journal de l’O.A.S. : le Parisien Libéré.
Article paru dans La Voix du Peuple, février 1962, p. 3
Faire le silence sur les activités du M.N.A. est devenu chose courante ; tant sur le plan politique que sur le plan militaire, l’information générale se tait comme une carpe. Quand ce sont les maquis M.N.A. qui sont en mouvement dans le Sud algérien, où ils contrôlent un immense territoire, la presse déclare « les fellagas font telle ou telle chose », ou encore elle dira « des terroristes musulmans viennent d’attaquer tel ou tel poste ». Mais jamais, ou du moins très rarement, on voit écrit noir sur blanc dans un journal quelconque le nom du M.N.A. à propos d’un fait militaire ou même politique.
Article d’Auguste Lecoeur paru dans La Nation socialiste, n° 52, février 1962, p. 3-4
Les informations concernant les progrès réalisés par les pourparlers France – F.L.N., en vue d’un cessez le feu, se font plus nombreuses et plus précises.
Avec espoir, nous attendons l’heure où sera annoncée la fin des combats. A défaut de pouvoir s’y opposer, l’OAS et ses complices cherchent les moyens de retarder l’heure de la paix par le terrorisme d’une part et d’autre part en créant une situation d’impossible entente entre les deux communautés.
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