Article paru dans Al-Raïat Al-Hamra, organe du Parti Communiste (S.F.I.C.), n° 2, mars 1927 ; suivi de « La signification du congrès de Bruxelles » par I. Ifriqui
Au Congrès contre l’oppression coloniale et l’impérialisme, « L’Etoile Nord-Africaine » fut représentée par 3 délégués. Cette association de Musulmans de Tunisie, d’Algérie et du Maroc a comme président d’honneur l’Emir Khaled. Par la voix d’un de ses délégués, M. Messali, elle fit, d’une façon magistrale, le procès de la colonisation française en Algérie. Nos camarades ouvriers algériens la connaissent assez pour qu’il nous soit utile de publier le réquisitoire prononcé par le secrétaire général de « L’Etoile Nord-Africaine », M. Messali.
J’aurai l’honneur de participer au débat modéré par Nadia Bouferkas suite à la projection de l’excellent film de Hassen Ferhani « Dans ma tête un rond point« .
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans Al-Lioua Al-Ahmar, n° 4, 20 janvier 1927
Mahmoud ben Lekhal est interné pour deux ans à Djelfa. Un siècle d’occupation a abouti à ce résultat ; 97 années de « civilisation » et il n’est pas encore permis à un indigène d’avoir une opinion politique. Car, en somme, Ben Lekhal a été arrêté dans son propre pays sans aucun motif. Mahmoud s’est rendu chez lui pour se reposer, pour voir sa vieille mère qui avait imploré sa visite. Aucun de ses actes ne légitimait son emprisonnement et son internement en Algérie.
Article paru dans Al-Lioua Al-Ahmar, journal communiste, n° 3, décembre 1926
Une crise de chômage vient de commencer en France. Elle n’est pas passagère. Déjà elle atteint toutes les branches de l’industrie. Cette crise devait fatalement se manifester ; car si la baisse du franc avait favorisé l’exportation, la hausse devait la restreindre. Mais comme tous les capitalistes ne veulent en rien qu’on touche aux bénéfices scandaleux réalisés par eux pendant la guerre et la période d’inflation, il leur faut produire moins cher pour se maintenir sur le marché mondial.
Article d’Abdelkader Hadj Ali alias Ali Baba paru dansAl-Beïrak Al-Ahmar, organe des travailleurs coloniaux édité par le Parti Communiste SFIC, n° 1, septembre 1926
Nous nous étions toujours élevés contre la circulaire du ministre Chautemps, qui interdit l’émigration des travailleurs nord-africains. Nous avions expliqué les mobiles intéressés qui avaient poussé à son élaboration : cupidité des colons d’Algérie, épouvante du gouvernement impérialiste français devant le réveil idéologique des coloniaux au contact des ouvriers métropolitains. Nous avions aussi démontré l’inefficacité de mesures aussi sauvages. On ne peut refuser indéfiniment la vie à des travailleurs qui ne veulent pas être étouffés dans leur pays natal. Ces êtres humains cherchent la vie comme l’arbre qu’on plante dans l’ombre, dirige ses branches vers le soleil.
Editorial d’Amar Ouzegane paru dans Révolution africaine, n° 98, 12 décembre 1964; suivi de « L’adolescente algérienne » puis de « La victoire des femmes est celle du peuple »par Malika O’Lahcen
LE président Tito, au huitième congrès de la Ligue des communistes de Yougoslavie, tenu cette semaine, a évoqué les efforts accomplis par l’Algérie pour créer les bases du développement socialiste.
Article signé A.G. paru dans Révolution africaine, n° 99, 19 décembre 1964
Vingt-sept jeunes filles et femmes sont venues, la semaine dernière, de tous les coins de l’Algérie, pour suivre un stage de formation au Collège syndical. Ce collège, qui vient d’être créé, a pour ambition de former des éducateurs et éducatrices possédant déjà une certaine instruction et ayant déjà été actifs dans leur section ou union locale. Formés, ces stagiaires devront à leur tour former leurs frères et leurs sœurs au sein de leur propre union locale ou section. Les stages du Collège syndical durent une dizaine de jours. Le premier stage était consacré aux hommes. « Révolution africaine » est allé interroger les jeunes filles et femmes qui ont participé au deuxième stage.
Enquête parue dans Révolution africaine, n° 90, 17 octobre 1964
Les opératrices : « Pas de femmes symboles »
« L’émancipation » de la femme algérienne est un de ces problèmes qui n’a pas fini de soulever toutes sortes de controverses. On a pu lire dans certaines lettres de lecteurs comment cette question est souvent mal posée quand elle est ramenée essentiellement à des considérations morales. D’autres pensent que la libération définitive de la femme est liée à la transformation radicale des structures sociales et au triomphe du socialisme. Nous avons voulu savoir ce qu’en pensent les travailleuses qui, depuis longtemps, se trouvent dans le circuit économique. C’est le résultat de cette enquête que nous publions aujourd’hui.
Article paru dans Révolution africaine, n° 75, 4 juillet 1964 ; suivi de « Que vous a apporté l’indépendance ? … »
DANS la verdure du Centre familial de Ben Aknoun, une salle de classe décorée de fanions et de slogans ; cinquante têtes studieuses penchées sur les cahiers de notes ou suivant des yeux les explications du professeur. A l’heure où, en Algérie, les séminaires de formation se succèdent à un rythme accéléré, un stage pareil aux autres ?
Article paru dans Révolution africaine, n° 64, 18 avril 1964
Le Congrès, c’est l’affaire du peuple algérien tout entier, donc des femmes algériennes, qui constituent plus de la moitié de la population du pays. Que pensent les femmes algériennes du congrès ? « Révolution africaine » a demandé à 10 d’entre elles ce qu’elles attendaient des confrontations et des discussions de ces prochains jours. Nous les avons choisies aussi diverses que possible ; militantes ou non, célibataires ou mariées, actives ou sans emploi. Voici les réponses qu’elles nous ont faites.
Article de Rachid Benattig paru dans Révolution africaine, n° 72, 13 juin 1964
VINGT et une heures à Alger. Les rues se vident. A la terrasse de quelques cafés encore ouverts ne restent que quelques « attardés ». Attardés, il convient de le dire car passée cette heure, rares deviennent les passants.
Article signé A. M. paru dans Révolution africaine, n° 98, 12 décembre 1964
MADAME Fadela M’Rabet, journaliste et animatrice à la radio d’Alger, vient de faire paraître aux éditions François Maspero, un livre intitulé « La femme algérienne ». Avant toute chose, saluons l’événement : le premier livre depuis l’indépendance d’une Algérienne sur la condition et la place des femmes algériennes dans leur société nationale.
Le livre de Zoubeïda BITTANI, Pleurez, ô mes sœurs musulmanes (1), retrace la vie d’une jeune algéroise née en 1946, d’un milieu aisé et qui arrachée de l’école, subit le mariage forcé à 12 ans, un premier enfant à 13 ans, suivi d’une répudiation et finit par échouer comme bonne à tout faire chez des colons bienveillants.
Condamnée le 15 Février 1977 au procès de Casablanca par la chambre criminelle de la Cour d’Appel de Casablanca (procès ouvert le 3 Janvier 1977) à 5 ans de prison pour complot (imaginaire) et à 2 années de prison supplémentaires assorties de 5 000 DH d’amendes pour troubles de l’audience (parce qu’elle se défendait contre ces accusations).
Article de Catherine Bourrabier paru dans Baraka,n° 1, 13 mars 1986
Avec son image de parti raciste et xénophobe, le Front National présente des candidats d’origine arabe sur ses listes électorales : Mourad Kaouah, Soraya Djebbour. Paradoxe, hérésie ? Pas vraiment …
Article de Brigitte Firk paru dans les Cahiers du féminisme, n° 35, Printemps 1986
Jeune, femme et immigrée, voilà bien des problèmes et des contradictions ! Malika, Ouria, Halima, Yasmina, Fatima et Rachida soulèvent des problèmes similaires, mais leurs réponses sont loin d’être identiques : se chercher sans perdre une partie de soi dans les dédales de l’identité ; quelle authenticité opposer à l’abime de l’assimilation/reniement ? Pourquoi ces contradictions qui concernent l’ensemble des jeunes issus de l’immigration sont-elles vécues par les jeunes filles comme particulièrement déchirantes ? Autant de questions en débat, que devra se poser l’ensemble du mouvement antiraciste et du mouvement féministe.
Article de Souad Benani suivi d’un entretien avec Leïla parus dans Sans Frontière, n° 92-93, avril-mai 1985
DEPUIS DES SIECLES LA SEXUALITE EST CONFINEE DANS LE DOMAINE DU PRIVE. NOUS TAISONS LE SEXE, NOUS LE CACHONS. POUR LES FEMMES MAGHREBINES CELA CONSTITUE UN POINT NODAL DE LEUR OPPRESSION. ELLES SONT EN CELA HERITIERES DES PRINCIPES DE LA CULTURE MUSULMANE ET DE CEUX DES PAYS DU POURTOUR DE LA MEDITERRANNEE. UNE HYPER VALORISATION S’EST CONSTITUEE AUTOUR DE LA VIRGINITE DES FILLES. L’HONNEUR DES PERES, DES FRERES, DES COUSINS EST CHAQUE FOIS MIS EN PERIL PAR LE « MOINDRE ECART » DES FEMMES. HONNEUR MAIS SURTOUT LA PREMIERE A NE PAS TRANSGRESSER CELLE DE LA FILIATION MASCULINE ET DE L’HERITAGE.
DELIBEREMENT, J’AI CHOISI DE FAIRE PARLER UNE LESBIENNE. UNE INTERVIEW ILLUSTRERA LE PROPOS. MAIS IL EST EGALEMENT IMPORTANT DE COMPRENDRE QUE LES JEUNES BEURS HETEROS OU HOMOS SONT TRIBUTAIRES D’UN MÊME SYSTEME DE DOMINATION.
Courrier d’Abdelaziz Boucherit paru dans Sans Frontière, n° 18, semaine du 4 au 10 avril 1981 ; suivi de la réponse de Madeleine Pestre parue dans Sans Frontière, n° 20, semaine du 18 au 24 avril 1981 ; puis celle de Sakina B. parue dans Sans Frontière,n° 26, semaine du 30 mai au 5 juin 1981
M. Boucherit, dont nous avons publié déjà une première lettre sur les femmes immigrées nous adresse ce deuxième point de vue.
Nous le publions intégralement, le débat continue.
Afin de permettre une connaissance de votre journal, je me suis fixé une règle, qui commence déjà à apporter ses fruits : chaque vendredi j’achète 10 journaux de « Sans Frontière » et je les distribue à la caisse, en essayant d’intéresser tous les jeunes immigrés. Votre journal donne le ton à la cause immigrée. Ce que j’admire en lui. Néanmoins, je n’approuve pas toute sa politique, notamment le problème de la femme algérienne.
3 femmes, 3 générations d’exil. La grand-mère 70 ans. La mère 53 ans. La fille 21 ans.
La grand-mère m’a littéralement fascinée, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir vécu un moment privilégié, un moment où j’ai pu entrevoir quelque chose qui est enfoui dans ma mémoire, quelque chose qui n’existe plus chez les immigrés, quelque chose de précieux que l’on n’a pas su garder aussi grand que soit notre amour pour le pays ou pour notre culture. Aujourd’hui, je frémis, je ne peux croire qu’on ait perdu l’essentiel.
J’ai 20 ans, je suis de nationalité algérienne née en France dite privilégiée par ma carte de résidence (jusqu’en 82) et j’écris car j’ai compris : j’ai compris que pendant toute mon enfance mes parents m’ont certifié que j’étais algérienne que j’avais même du musulman (sang noir ?) dans les veines et surtout que je rentrerais un jour au pays et que je devais et pouvais « épouser » n’importe qui pourvu qu’il soit « musulman » !
Article signé Maria K. paru dans Sans Frontière,n° 10, 25 mars 1980
8 mars, une journée internationale des femmes, mais décidée par qui. Nous les femmes du tiers monde immigrées en France, n’avons pas assez réfléchi sur cette date et sur les « hauts faits féministes » qu’elle évoque, qui tout comme par hasard se situent toujours sur les mêmes continents. Pourtant depuis 3 ans bientôt, les femmes immigrées descendent dans la rue à Paris surtout, en cortège autonome, sous leurs propres banderoles elles ne sont plus les immigrées de telle ou telle tendance du mouvement des femmes en France. Ce dernier 8 mars à Paris surtout, hélas, mais nous espérons bientôt en province les femmes immigrées ont pris la parole, la rue. Les groupes de femmes maghrébines (Algérie, Maroc, Tunisie) le groupe de femmes Afro-Antillaises, la coordination des femmes noires, sont descendues dans la rue.
La fugue … un mot qui existe dans tous nos fantasmes … et qui a alimenté bien de nos rêves … Aujourd’hui, la fugue est devenue une réalité, réalité pour beaucoup de nos « petites sœurs » qui ont voulu aller au delà du rêve … et palper la liberté avec tout ce que cela implique de peur, d’angoisses, et d’apaisement à leurs maux.
Article paru dans Des femmes en mouvements, n° 6, juin 1978
Je suis une immigrée algérienne ; je vis en France depuis l’âge de trois ans. Nous avons toujours vécu, mes sœurs et moi, en retrait du monde extérieur, toujours en famille très unie, fermée sur elle-même et ses traditions. L’école, le lycée, étaient pour nous l’évasion, un autre lieu de rencontres possibles. Si déjà toutes jeunes, nous ressentions très mal les « injustices » de l’éducation sexiste menée par nos parents, cependant nous étions bien dans ce milieu familial sécurisant. Nous adorions notre père tout en le craignant très fort. Nous n’avions qu’à lui obéir pour vivre sereinement dans la maison.
Article paru dans Des femmes en mouvements, n° 5, mai 1978
photo Belkhtibia
un mouvement s’amorce, à Lyon, à Paris.
Nous sommes une quinzaine d’immigrées de 20 à 25 ans qui commençons à nous réunir. En ce moment, nous voulons rencontrer des femmes qui se regroupent dans le 7e arrondissement et, à l’occasion d’une semaine sur les femmes dans un théâtre, quelques-unes d’entre nous, qui font des sketches, du théâtre, de la poterie pourraient y participer.
Article paru dans Femmes Informations, bulletin du CODIF, n° 37, novembre-décembre 1986
Nadia a 20 ans. Elle est née à Marseille, de parents algériens. Représentative des jeunes immigrées de la seconde génération, Nadia vit entre deux civilisations, deux cultures, deux mondes avec une volonté farouche de « s’en sortir » et de se sentir bien
Dans le numéro précédent des Cahiers du féminisme (n° 9), nous avons ouvert un dossier sur les luttes de femmes en Iran. Aujourd’hui, nous voudrions approfondir notre réflexion en nous interrogeant de manière plus générale sur la lutte contre l’oppression des femmes, dans les sociétés musulmanes.
Dans ce cadre, nous avons rencontré D. et H. militantes du groupe de femmes algériennes à Paris. Ce groupe s’est constitué en 1977 et rassemble plusieurs femmes immigrées algériennes nées en France ou venues très jeunes y vivre avec leurs parents.
J’aurai le plaisir de participer demain, mercredi 11 février, à une table ronde sur le thème « France-Algérie : entre héritages coloniaux, mémoires plurielles et défis diplomatiques contemporains ».
Les autres intervenants seront l’ambassadeur Stéphane Romatet et la journaliste Nadia Henni-Moulaï.
SAKINNA, JEUNE ALGÉRIENNE, A TENU À TÉMOIGNER DANS « L’ANTI-RACISTE » DE SON EXPERIENCE, DECOURAGÉE DE NE PAS TROUVER D’EMPLOI EN FRANCE, ELLE EST PARTIE EN ALGERIE IL Y A QUELQUES MOIS. NOUS LIVRONS ICI UNE PREMIÈRE PARTIE DE SON INTERVIEW.
Article de Mohammed Harbi paru dans Les Temps Modernes, 50e année, n° 580, janvier/février 1995, p. 24-33
Sur la violence
Pouvoir et violence vont de pair en Algérie comme ailleurs. Toutefois, on sait que plus le pouvoir est légitimé, moins la violence se fait voyante. En Algérie, ce qui est particulier, c’est que la légitimation de la violence politique concerne la grande majorité des élites. On sait que l’Etat algérien est né d’un acte fondateur éminemment violent, violence tournée contre le colonisateur, mais aussi contre le colonisé. Le modèle du politique qui a gouverné les relations à l’intérieur du FLN comme dans les rapports avec la société a souvent été réduit au pouvoir du fusil. Il est vrai, les luttes entre Algériens avaient leurs sources dans l’histoire coloniale et dans celle du nationalisme. Comme le nationalisme n’a pas réussi à surmonter ces divisions, la guerre civile apparaissait comme une voie difficile à éviter. D’autre part, la proclamation d’une nation déjà formée et non d’un processus de formation d’une nation, ne permettait pas de comprendre l’attitude des communautés rurales qui, sans s’allier à la France, voulaient sauvegarder leur autonomie à l’égard des forces qui leur étaient extérieures. Au lendemain de l’Indépendance, le pouvoir comme ses opposants, à quelques rares exceptions, ne croyait qu’à la force brute. On a même vu en 1978 le pouvoir inciter des opposants à préparer des actions armées pour mieux les briser. Rousseau pensait que le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit.
Entretien de Hocine Aït Ahmed avec François Soudan, Jeune Afrique, n° 1335, 6 août 1986
Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed à Londres, en décembre 1985 : « Ben Bella joue le jeu. »
L’un des trois survivants, avec Ahmed Ben Bella, parmi les chefs historiques de la révolution algérienne, il vit en exil depuis vingt ans. Combattant de la liberté et de la démocratie, il qualifie de « béquille » le parti unique et pense que son pays souffre d’« algériasclérose ».
Interview de Hocine Aït Ahmed parue dans Sou’al, n° 2, 1982, p. 110-133
QUESTION.- A-t-il existé une stratégie de lutte commune dans les trois pays du Maghreb ? Quels ont été les efforts déployés en vue de mettre en œuvre une stratégie commune, sur quels obstacles ces efforts ont-ils buté ?
Réponse – Je pense que nous retrouverons cette interrogation fondamentale dans la conjoncture, c’est-à-dire au fur et à mesure que les évènements se développent en Afrique du Nord. Stratégie commune, pourquoi ? Parce qu’il y a une communion affective profonde : les Maghrébins, pris collectivement ou individuellement, se sentaient liés par le même destin, et tout ce qui se passait au Maroc ou en Tunisie était profondément ressenti et suivi en Algérie. C’est là un témoignage que je puis porter. Jeune, ce qui se passait au Maroc ou en Tunisie me concernait directement, atteignait ma sensibilité de la même manière que ce qui pouvait se passer en Algérie. Nous étions pour la libération de nos pays respectifs, mais les frontières n’ont jamais été des frontières, il y avait donc communion inscrite dans l’intuition des hommes, des femmes de nos peuples. Cette communion ne tardera pas à acquérir un contenu politique.
Article de Hocine Aït Ahmed paru dans Le Scarabée international, n° 2, été 1982, p. 61-71
Le 22 octobre 1956, un avion d’Air Maroc, à bord duquel se trouvaient, par ordre alphabétique, Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider et Lacheraf du côté algérien, des journalistes marocains, français (Christian Dabor, Eve Paret) et américains (Thomas Brady du New York Times), a été détourné de force vers Alger, alors qu’il se rendait à Tunis. Il s’agit d’un des premiers actes de piraterie aérienne, sinon du premier ; en tout cas, le premier organisé et couvert par un Etat. Et bien qu’on ait tenté d’en faire assumer la responsabilité directe à des subalternes, c’est finalement un gouvernement qui a délibérément violé le droit international, en se rendant coupable d’un acte de piraterie, afin de régler un problème politique.
Comment les événements d’aujourd’hui doivent-ils être interprétés ?
MH. Il faut s’éclairer à la lumière du passé et donc d’abord revenir sur ce qu’est devenu le FLN.
Ce mouvement présente deux caractéristiques essentielles. La première, c’est son fonctionnement en fractions. Le FLN n’est pas un parti politique, on peut même dire qu’il est le cache-sexe derrière lequel se dissimule toute une série de groupements d’intérêts et de fractions qui ont pu s’emparer de l’Etat grâce à la guerre de libération.
Déclaration de Mohammed Harbi parue dans Sous le drapeau du socialisme, n° 116-117, novembre 1990
Après dix-sept ans d’exil, précédés de plusieurs années de prison sans jugement, je peux retrouver mon pays, en toute liberté.
Tout au long de cette épreuve, j’ai refusé les offres d’émissaires de l’État venus me proposer de troquer des privilèges contre le renoncement à mes droits. J’estimais, j’estime encore, que la démission morale commence avec l’acceptation de placer le droit de l’État au-dessus de celui des citoyens.
L’Algérie évolue très rapidement : impasse économique, développement du Front islamique du salut en passe de devenir la seule force d’opposition de masse à Chadli – bien que celui-ci de manière timorée et tardive joue l’ouverture démocratique -, crise sociale profonde : les jeunes mais surtout les femmes qui pourchassées par le FIS et étant l’objet de ses violences y compris physiques, ne cessent depuis deux ans de lutter contre une marginalisation encore plus grande sous couvert du code de la famille. C’est dans ce contexte que l’on parle avec insistance d’un retour de l’ancien président Ahmed Ben Bella, alors que les massacres d’octobre 1988 ont précipité la décomposition du régime.
Dans l’interview qui suit, Mohammed Harbi parle de l’Algérie, mais aussi de la nouvelle situation créée par la libération de Nelson Mandela, ou de celle ouverte par l’implosion des pays de l’Est et leurs incidences sur le continent africain et le tiers-monde en général.
Je voudrais tout d’abord préciser à quel titre et pourquoi je tiens à m’exprimer, par le moyen de cette Lettre, sur la situation actuelle en Algérie. Les militants de ma génération, qui ont connu la colonisation, combattu durant la période allant des années quarante à l’indépendance, se sont ensuite retrouvés confrontés aux responsabilités du pouvoir et qui, comme moi, ont toujours refusé de reconnaître une quelconque légitimité au régime issu du coup d’Etat militaire de 1965 – ces militants, dis-je, les uns en exil et les autres subissant en silence le joug dictatorial à l’intérieur de notre pays, ne peuvent pas ne pas être bouleversés par les massacres de la semaine sanglante d’octobre 1988. Bouleversés par l’image de nos enfants assassinés, les enfants de notre peuple pauvre, les enfants sans espoir ni avenir, les enfants dont les martyrs de nos montagnes et de nos villes pensaient qu’ils seraient les bénéficiaires de la libération de notre pays. Bouleversé, rageant d’impuissance face à la dictature militaro-bureaucratique, je le fus comme beaucoup d’autres. Je n’écris cette Lettre ni pour donner des leçons, ni pour fournir un programme et encore moins, ce qui est à la mode aujourd’hui, pour me projeter dans une quelconque et misérable logique de pouvoir maintenant que le régime aux mains sanglantes fait mine de s’ « ouvrir ». Je ne suis ni un chef « historique », ni le dirigeant d’une organisation, ni le détenteur d’une prétendue légitimité acquise en fonction de mon passé. Viendra sans doute un jour où, les uns et les autres, nous devrons analyser notre passé et mesurer le poids de nos erreurs et de nos vérités ; mais, face à nos enfants révoltés, que pèsent, notre passé et nos vérités ? Je suis un citoyen algérien, je parle ici en mon nom personnel et ce que je dis n’engage que moi-même. Un citoyen, rien de plus mais rien de moins.
« Écrivains algériens d’expression française : de la conquête coloniale aux guerres culturelles » : mon nouvel article vient de paraître dans Moyen-Orient (janvier-mars 2026).
Entretien de Mohammed Harbi avec Karim Benferhat paru dans La Tribune d’Octobre, n° 22, 25 juin-15 juillet 1990
MOHAMMED HARBI, HISTORIEN ET MILITANT ANTI-IMPERIALISTE, EST UN OBSERVATEUR AVERTI DE CE QUI SE DEROULE EN ALGÉRIE. LA DÉROUTE DU RÉGIME DU 19 JUIN 1965 AUQUEL IL A ÉTÉ À CE JOUR, UN OPPOSANT CONSÉQUENT, LA VICTOIRE DU FIS, LA PERTE D’IDENTITÉ CHEZ LES PARTISANS DU SOCIALISME, C’EST UN PEU AUTOUR DE CELA QUE NOUS L’AVONS INTERWIEVE DANS SON EXIL PARISIEN.
Article de Mohammed Harbi paru dans Les Temps Modernes, n° 452-453-454, mars-avril-mai 1984, p. 1697-1706
J’essayerai ici d’évoquer quatre thèmes : le rapport de l’émigration algérienne à la question nationale, l’idée du retour et l’attitude des forces de gauche à l’égard des immigrés, et enfin le devenir de l’émigration maghrébine.
Entretien de Mohammed Harbi avec Kuider Sami Naïr paru dans Les Temps Modernes, n° 432-433, juillet-août 1982, p. 34-55
I – Quelle analyse faisais-tu, en 1962, du FLN ?
En mars 1962, les masses algériennes s’identifiaient au FLN. C’était le parti victorieux. Chacun avait à cœur de faire l’effort nécessaire pour que l’action de l’OAS ne puisse pas empêcher le référendum d’autodétermination. Personnellement je considérais que le FLN n’était pas à la hauteur de la situation à laquelle il était confronté.
un ouvrage sur les militants anticolonialistes qui aidèrent le FLN pendant la guerre d’Algérie
IL y a déjà plusieurs semaines paraissait un livre de Patrick Rotman et Hervé Hamon, deux anciens journalistes de Politique Hebdo, les Porteurs de valises (1). Un livre qui se situe au tournant d’une époque, au moment où la société française commence à accepter son passé proche, celui de la guerre d’Algérie. Un récent sondage de l’Express révélait qu’une majorité de Français refuse en 1979 de condamner ceux qui, pendant cette sale guerre firent le choix de s’engager dans les réseaux d’aide au FLN, ceux que l’on appelait « les porteurs de valises ».
Entretien de Mohammed Harbi avec Pierre Delcourt paru dans Politique Hebdo, n° 179, du 19 au 25 juin 1975
une interview de Mohamed Harbi, membre du C.C. du F.L.N. algérien et directeur de l’hebdomadaire « Révolution Africaine » avant la destitution du président Ben Bella
Communication de Mohammed Harbi au colloque « Frantz Fanon : une pensée toujours en acte » tenu à Paris le 9 mai 2009 et parue dans Actualités & culture berbères, n° 62/63, automne/hiver 2009, p. 47-50
Ce thème n’a pas été choisi sans relation avec une série de faits récents : ruralisation des villes, accroissement du fossé entre les systèmes politiques administratifs et l’environnement social, résurgence dans le champ politique de solidarités anciennes.
C’est avec joie que nous apprenons que les camarades Mohammed Harbi et Hocine Zahouane ont retrouvé leur liberté de mouvement et d’action.
Militants de la première heure de la Révolution algérienne, représentants de son aile socialiste-révolutionnaire, leur résistance au Thermidor de Boumedienne leur a valu de nombreuse années d’emprisonnement arbitraire, sans procès, puis de résidence surveillée, ce qui suscita, dès le début, une campagne internationale pour leur libération ainsi que celle d’Ahmed Ben Bella.
Article paru dans Alger Républicain, 28 année, Nouvelle Série, n° 712, 31 octobre 1964
Dans le cadre de la quinzaine culturelle, le Comité de l’Algérie nouvelle a présenté au public de la salle Ibn Khaldoun, la première conférence politique de son calendrier.
Cette conférence, il faut le souligner, a connu un très grand succès et les derniers arrivés ont dû se contenter de la station debout. Ceci est dû à la fois à la personnalité du conférencier Mohammed Harbi mais aussi et surtout au sujet traité : « Le Parti et l’Etat », qui montre à l’évidence combien les problèmes politiques intéressent les gens.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.