« Écrivains algériens d’expression française : de la conquête coloniale aux guerres culturelles » : mon nouvel article vient de paraître dans Moyen-Orient (janvier-mars 2026).

« Écrivains algériens d’expression française : de la conquête coloniale aux guerres culturelles » : mon nouvel article vient de paraître dans Moyen-Orient (janvier-mars 2026).

Communication de Hocine Aït Ahmed aux Rencontres méditerranéennes de Lourmarin, 1er-10 août 1985, publiée dans Albert Camus : une pensée, une œuvre, Cadenet, 1986, p. 105-110 ; reproduite partiellement dans Libre Algérie, février 1988

Quel rapport entre Camus et le Bicentenaire ? A moins d’être d’une manière ou d’une autre camusien sans le savoir, toutes celles et tous ceux qui luttent pour la défense et la promotion des droits de l’homme ont certainement croisé Camus, que ce soit sur la voie publique de l’action ou dans les cheminements intimes de la réflexion. Son œuvre n’est-elle pas au cœur des débats fondamentaux sur l’éthique des droits de l’Homme ? Elle constitue par ailleurs une source d’inspiration et d’incitation quant à la démarche quotidienne nécessaire pour combattre la tyrannie et la misère sociale.
Etude de Paul Vigné d’Octon parue en quatre parties dans La Revue anarchiste, n° 10, octobre 1922 ; n° 11, novembre 1922 ; n° 12, décembre 1922 ; n° 13, du 20 janvier au 20 février 1923

LA LITTERATURE ARABE
I
A l’heure où plus que jamais sévit, non seulement au Maroc, mais dans toute notre Afrique du Nord, le régime du vol, du massacre et de la spoliation, à l’heure où se multiplient les bombardements des villages marocains par avions, et les hécatombes de ceux qui persistent à défendre leur pays contre l’envahisseur cupide et cruel, à l’heure enfin, où les Arabes d’Algérie et de Tunisie, bien qu’ayant laissé 80.000 des leurs dans les tranchées subissent, plus brutal que jamais le Code féroce et honteux de l’Indigénat, il me plaît de montrer ici que ces victimes de la Force ne sont pas les brutes et les sauvages, la race inférieure que le vainqueur ne cesse de nous présenter, sans doute pour atténuer son crime. Et pour cela, il me suffira de dire, ici, ce que furent à travers les siècles l’âme poétique et le génie littéraire des vaincus.
Article paru dans Les Langues modernes, revue et bulletin de l’association des professeurs de langue vivante de l’enseignement public, 60e année, n° 3, mai-juin 1966, p. 108-116

En mai 1965, le poète Langston Hughes et deux jeunes romanciers, Paule Marshall et Melvin Kelley, furent invités à Paris, par le Centre Culturel Américain pour animer un Colloque sur la littérature noire américaine. Sim Copans, spécialiste du jazz et de la culture noire, voulut bien se joindre aux écrivains en visite pour répondre aux questions de Pierre Dommergues qui organisa cette « table ronde » et de Michel Fabre. Grâce à l’amabilité de Mr. Belcher, le Directeur du Centre qui nous preta locaux et matériel d’enregistrement, cette « table ronde » put avoir lieu la veille du Colloque. Le manque de place nous contraint à ne reproduire que l’essentiel de ces deux heures de discussion.
Article de Marcel Lapierre paru dans Le Peuple, 18 juillet 1934, p. 4

Voici, après Claude Mac Kay, un nouvel exemple de l’intéressante littérature des nègres d’Amérique.
Langston Hughes est âgé de trente-deux ans. Fils d’un avocat et d’une institutrice, il est né dans l’Etat de Missouri.
Interview d’Arthur Koestler par Jean Duché publiée en deux parties dans Le Littéraire, n° 32, 26 octobre 1946, p. 1-2 ; n° 33, 2 novembre 1946, p. 3

_ « Vous êtes un faux témoin ! » reprochent les communistes à Koestler.
_ « J’ai vécu à Moscou et à Kharkov ; j’ai voyagé dans toute la Russie », répond l’écrivain de Le Zéro et l’Infini.
Interview par Jean DUCHE
Article de Marcel Baufrère paru dans La Vérité, n° 155, 27 décembre 1946, p. 3

« Si quelqu’un criait la nuit dans notre baraque, nous savions qu’il avait rêvé à la Gestapo. Et, reprenant conscience, il retrouvait avec gratitude l’odeur de la paille pourrie du Vernet. »
Car nous vivions au « temps du mépris ». C’était en 1939, Daladier régnant. Ils étaient des dizaines de milliers, chassés d’Italie, chassés d’Europe centrale et de l’Europe balkanique, chassés d’Allemagne, chassés d’Espagne. Ces survivants de luttes héroïques étaient venus chercher un refuge sous l’aile protectrice des « démocraties occidentales », et particulièrement en France. Ils composèrent ces cohortes modernes de nomades, traqués, humiliés, refoulés, emprisonnés, assassinés : les cohortes de l’espoir et du désespoir, « la lie de la terre » …
Article de François Erval paru dans Combat, 26 janvier 1950, p. 4

Un des meilleurs écrivains anglais
ROMANCIER, critique, journaliste et homme politique, George Orwell vient de mourir à l’âge de 46 ans après une longue maladie. Son nom et son œuvre sont peu connus en France, alors que la presse anglaise considère Orwell comme le plus grand romancier d’idées qui ait surgi en Grande-Bretagne au cours de l’entre-deux guerres.
Article de Guy Lavaud paru dans Gavroche, n° 123, 2 janvier 1947, p. 4

C’EST l’histoire, dans un village birman, de quelques Européens, des Anglais naturellement, la description de leur existence partagée entre la sieste, la boisson, le tennis et quelques très vagues occupations. Nous avons déjà lu cela dans Kipling et dans Conrad (La Folie malaise) mais avec plus de relief.
Article d’Auguste Gallois paru dans Le Peuple, organe officiel de la Confédération générale du travail, vingt-sixième année, n° 119, nouvelle série, 23 novembre 1946, p. 5

NE aux Indes en 1903, George Orwell représente pour l’instant en Angleterre l’écrivain d’action du genre de Malraux. Dans une vie déjà longue et bien remplie, cet auteur fut tout à la fois voyageur, romancier, journaliste, critique littéraire et même combattant pendant la guerre civile espagnole.
Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 13 juillet 1950, p. 4

Au début de cette année, mourait de tuberculose dans une clinique londonienne George Orwell, l’un des plus importants écrivains anglais contemporains. Nous avions lu de lui, en français, La Vache enragée, Tragédie birmane, Les Animaux partout !
Article de Gérard Rosenthal paru dans Le Droit de vivre, 18e année, n° 209 (nouvelle série), 15 octobre – 15 novembre 1950, p. 2

LA « Vingt-cinquième Heure » témoignait d’un problème passé. Le livre de George Orwell « 1984 » présente une terrifiante anticipation d’un monde prochain dont l’humanité perçoit la menace et éprouve la hantise. C’est l’image sinistre d’une société dans laquelle les hommes, dépouillés de toute liberté, vivent dans leurs moindres gestes sous le contrôle permanent du microphone et de la télévision du « télécran », soumis au mensonge officiel et voués aux « vaporisations » inexorables de la toute puissante « police de la pensée ». Le tout aux reflets des affiches innombrables qui répètent à l’infini le portrait souriant au « Big Brother ». Et malheur à qui laisse s’insinuer en lui le doute ou l’indifférence, l’indépendance. La délation, l’espionnage, la provocation le livreront à une répression qui le broiera dans sa chair jusqu’à ce qu’il soit à nouveau tout amour pour le chef suprême.
Article d’André Wurmser paru dans Les Lettres françaises, n° 455, du 5 au 12 mars 1953, p. 3

Mohammed DIB : La grande maison (Ed. du Seuil). – Mouloud MAMMERI : La colline oubliée (Plon)
JE ne puis parler du prix Veillon : le livre de Marie Mauron – la gaie, l’hospitalière, la charmante Marie Mauron – a été couronné avant que l’éditeur ne le publie. Mais le prix Fénéon s’oppose, une fois de plus, aux prix « classiques » comme la vie s’oppose à la poussière. Qu’il me soit permis de répéter ici deux citations. Mme Beck, prix Goncourt pour un livre que Léon Bloy aurait pu écrire, rapporte le dialogue d’un prêtre et d’une âme qu’il va pécher :
« Il vous manque un mari. – Tant pis, je me fais l’amour avec un bout de bois. »
M. Perry, prix Renaudot, explique la brutalité avec laquelle fait l’amour un personnage en tout autre point fort insipide :
« Ma violence m’est apparue si nécessaire que je ne songeais pas à la regretter. Pour la première fois, j’avais vraiment possédé une femme. »
Mais en voilà assez avec ces tristes choses, avec ces choses mortes.
Mohammed Dib a reçu le prix Fénéon et il faut en féliciter le jury et le lauréat.
Textes de Mohammed El-Gharbi et de Michel Parfenov parus dans La Nouvelle Critique, 11e année, n° 103, février 1959, p. 132-143

Nous présentons sous le même titre deux textes. Le premier est constitué d’importants extraits de l’intervention prononcée par Mohammed el-Gharbi, délégué algérien à la Conférence des écrivains d’Asie et d’Afrique de Tachkent. Le second, de Michel Parfenov, constitue une « esquisse d’une description critique de la littérature algérienne de langue française ». Le lecteur s’étonnera-t-il de l’optique différente des auteurs ?
Article paru dans Alger Républicain, 11e année, Nlle série, n° 1.425, 18 février 1948, p. 2

M. KATEB Yacine, jeune poète et conférencier, a rendu visite hier à « Alger Républicain ». Originaire de Constantine, M. Kateb revient d’un voyage à Paris où il est resté neuf mois. De son séjour dans la capitale française, où il a eu l’occasion d’approcher et de connaître les divers milieux d’intellectuels et écrivains marquants du moment, M. Kateb rapporte plus que des impressions. De ces contacts nombreux avec des poètes tels qu’Eluard, Aragon, Guillevic, Loys Masson, Madeleine Riffaud, des journalistes comme Mme Viollis, Dominique Desanti et Claude Morgan, notre jeune poète tire une leçon de modestie et de probité littéraire dont il mesure toute la valeur et toute la beauté.
Article paru dans Gavroche, n° 184, 7 avril 1948, p. 5

ILS étaient douze, quelquefois neuf, quelquefois treize, au hasard des excursions ou des rencontres, dans ce beau palais d’exposition coloniale qui se dresse à l’entrée des gorges de la Chiffa.
Article de Maurice Faure paru dans L’Observateur, n° 171, 20 août 1953, p. 19-20

L’ANNEE écoulée a vu fleurir toute une littérature indigène d’Afrique du Nord. Une pléiade de jeunes auteurs, en des livres de qualité inégale, mais tous attachants à quelque égard, ont fait la peinture d’une société, mœurs et caractères, ont posé les problèmes qui les préoccupent, eux et leurs frères de race, dans l’ordre intellectuel, moral, social, politique. Mouloud Feraoun, auteur déjà d’un roman, Le fils du pauvre, s’ajoute à eux. Il est né et il a vécu en Kabylie ; fils de fellah, il est actuellement directeur d’école. La terre et le sang (1) est un témoignage : simple, juste d’accent. La vie d’un village kabyle, le destin de ses habitants s’y reflètent.
Article signé P.-M. P. paru dans Franc-Tireur, 12e année, n° 2 591, 27 novembre 1952, p. 4

DIRE oui, toujours. Dire oui à la peur et à la misère, oui à la faim et à la maladie, oui au patron et au gendarme. Mais pourquoi ? Pourquoi du travail et pas de pain, pourquoi le froid et pas de feu ? Autant de questions qui inquiètent Omar, le petit héros du roman de Mohammed Dib. Poussé dans le tumulte de « La Grande Maison » (1), parmi les hurlements des enfants en haillons, les criaillements des femmes, les « braillements » de la faim, parmi cette rumeur bourdonnante et ininterrompue que déchire parfois un cri de désespoir, le petit garçon regarde les grandes personnes avec une curiosité angoissée.
Article de Vladimir Nechtschein dit Victor Leduc paru dans La Nouvelle Critique, n° 72, février 1956, p. 12-18

« Mes amis, je suis triste… »
C’est ainsi que M. Robert Kemp commençait un feuilleton consacré à un certain nombre de romans récents écrits en français par des écrivains d’Afrique du Nord.
Article de Geneviève Bonnefoi paru dans L’Observateur, 4e année, n° 141, 22 janvier 1953, p. 17-18

UN des phénomènes curieux de cette saison littéraire est l’apparition de plusieurs jeunes écrivains d’Afrique qui ont publié presque simultanément leur premier roman : Jean Pélégri, avec L’embarquement du lundi (1), Mohammed Dib avec La Grande Maison (2), G .- M. Dabat avec Le dimanche musulman (3), Mouloud Mammeri avec La Colline oubliée (4), Marcel Moussy avec Le sang chaud (5). Et ce n’est pas fini : les Editions du Seuil ont créé une collection « Méditerranée », que dirige Emmanuel Roblès, Les Temps Modernes publient actuellement des extraits de La statue de sel, d’un jeune Tunisien : Albert Memmi.
Article d’Emmanuel Roblès paru dans 27, rue Jacob, n° 5, printemps 1953, p. 1

CE que l’on appelle en France « le public moyen » a encore une fâcheuse tendance à n’apprécier les livres écrits par les auteurs d’outre-mer que dans la mesure où ils flattent son goût du pittoresque, son besoin d’évasion. Un roman écrit par un noir, ou par un nord-africain, a soulevé jusqu’ici plus d’étonnement que d’intérêt véritable.
Article de Marcel Moussy paru dans Demain, n° 4, 5 au 11 janvier 1956, p. 12

LA faim, la misère du peuple algérien, et la conscience qu’il prend de cette misère en cessant de croire à sa fatalité : ces thèmes majeurs de l’auteur de « La grande maison » et de « l’Incendie » (Ed. du Seuil) reviennent comme des obsessions dans son dernier recueil de nouvelles « Au café » (Ed. Gallimard).
Article de Maurice Nadeau paru dans France Observateur, septième année, n° 327, 16 août 1956, p. 13

LA publication par Esprit, l’an dernier, d’une pièce de Kateb Yacine : Le cadavre encerclé, avait attiré l’attention sur un jeune écrivain algérien qui ne ressemblait à aucun autre. Celle de Nedjma (1) confirme l’impression qu’on avait éprouvée à la lecture de la pièce et invite à considérer l’auteur de ces deux œuvres comme tout à fait singulier. Il écrit en français mais ne possède aucun autre point de référence avec notre littérature, avec nos conceptions traditionnelles du théâtre et du roman. Fort conscient de sa singularité, il a récemment montré (2) combien il était abusif de réunir sous la même dénomination d’« écrivains d’Afrique du Nord » des écrivains français comme Albert Camus, Jules Roy, Emmanuel Roblès, des « assimilés » qui s’insèrent naturellement dans une tradition qu’ils ont appris à connaître en même temps que notre langue : Mammeri, Memmi, Feraoun, Dib, Malek Ouary, et, enfin, de jeunes écrivains et poètes qui, comme lui, n’entendent utiliser la langue française que comme moyen d’exprimer un monde de pensées et de sentiments, une conception de l’univers profondément arabes. Pourquoi n’écrivent-ils donc pas en arabe ? Parce que, déclare Kateb Yacine, l’arabe est, littérairement, une langue morte, celle des « vagissements des Ulemas tombés en enfance » et que la littérature arabe (sauf la littérature de type oral), n’intéresse plus les nouvelles générations formées au désir de l’indépendance et de la liberté, ouvertes au monde moderne, par les colonialistes eux-mêmes.
Article de Léon Steindecker alias Léon Pierre-Quint paru dans France Observateur, septième année, n° 318, 14 juin 1956, p. 15

Il n’y a pas tellement de façons de tomber. Si l’homme tombe, c’est qu’il a glissé, c’est qu’il est descendu, c’est qu’il a changé d’état, c’est qu’il a connu « l’Eden, la vie en prise directe », et qu’à présent, il ne connaît guère plus qu’une vie de malédiction. L’auteur n’évoque pas le passage de l’une à l’autre, mais il les oppose. Pour expliquer cette opposition, il ne recourt pas au péché originel, ni au rachat (ce serait trop facile, nous dit-il) ; il n’a par la foi, ou, du moins, pas encore … L’opposition est ; c’est la chute ; il faut que nous l’acceptions comme une donnée immédiate.
Article de Mohammed Dib paru dans La Nouvelle Critique, 6e année, n° 54, avril 1954, p. 97-108

M. ETIEMBLE a publié dernièrement, dans la n.N.R.F., un essai inattendu sur quelques écrivains nord-africains, qu’il a intitulé « Barbarie ou Berbérie ? » (1).
J’aurais voulu répondre, sur les points qui me concernent d’abord, d’une manière moins confuse à Etiemble, mais je reste saisi devant, sinon ses intentions, du moins son propos, qui me paraît tortueux ! A la première lecture, on comprend tout de suite qu’il est contre. Mais contre quoi ? Il ne le dit nulle part, pourtant il est résolument « contre ». Contre tout, à ce qu’il m’a semblé de prime abord ; sans le dire tout en le laissant entendre, il est contre.
Article de Maurice Joyeux paru dans Le Monde libertaire, n° 11, octobre 1955, p. 4

Ecrit au lendemain de la guerre d’Espagne, cet ouvrage vient seulement d’être traduit. Sa qualité, la précision de l’information qu’il nous apporte sur les événements encore mal connus de 1937, nous fait regretter de ne pas l’avoir eu plus tôt entre les mains.
Article de Maurice Joyeux paru dans La Raison, mensuel de la libre pensée, n° 244, 24e année, mars 1980, p. 16
Il y a vingt ans, Albert Camus disparaissait à la suite d’un accident de voiture qui illustrait l’absurdité de notre temps qu’il avait si magistralement analysé dans un de ses ouvrages les plus importants, « Le mythe de Sisyphe ».
Article d’Odette Kervorc’h paru dans Le Combat syndicaliste, 24e année, n° 23, mars 1950, p. 4

Nous apprenons la mort, dans un hôpital des environs de Londres, du célèbre écrivain anglais, George Orwell, décédé d’une affection pulmonaire dont il souffrait depuis de nombreuses années. Il était âgé de 46 ans.
Article paru dans Le Libertaire, n° 28, 10 mai 1946, p. 2

On a beaucoup parlé, on parle encore beaucoup, plus peut-être qu’il n’eût été logiquement, utile, du livre d’Arthur Koestler « Le Zéro et l’Infini », dernièrement paru. Sans doute faut-il voir dans cet engouement pour une œuvre somme toute assez banale, le fait que l’auteur fournit ainsi aux adversaires du communisme une arme non négligeable à la veille des élections. N’est-on pas allé jusqu a dire qu’un des secrétaires du premier parti de France — quand on écrit ces mots on pense immanquablement à Thorez, le grand patriote clairvoyant et courageux (!) qui fut en effet un des premiers partis de France… comme déserteur en 1939 — aurait rendu visite à l’éditeur pour lui demander de limiter le tirage de ce livre qui, en notre époque de dithyrambes staliniens, produit un effet comparable à celui d’un pavé jeté dans une mare à grenouilles, un soir d’été. N’a-t-on pas insinué aussi — pure calomnie, bien sûr — que le parti visé aurait fait effectuer des achats massifs de l’ouvrage en question afin de retirer de la vente au public le plus grand nombre possible d’exemplaires. Tout cela est, ma foi, fort possible mais je ne suis pas de ceux qui affirment ce qu’ils ignorent.
Article de Maurice Nadeau alias Donat paru dans La Lutte ouvrière, n° 108, 10 février 1939, p. 4

LE Château est avec le Procès et la Métamorphose un des trois romans posthumes de l’écrivain allemand Franz Kafka. Inconnu hier, le nom de Kafka est en train de passer les plus grands parmi les romanciers et c’est bien en effet quelque chose d’essentiel dans le genre que nous apporte cet écrivain.
Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 30 mai 1946, p. 2

UNE question qu’on pouvait voir depuis longtemps se former et grossir à l’horizon vient brusquement d’éclater et ses déflagrations n’ont pas fini de nous emplir les oreilles. Elle est formulée brutalement par M. Pierre Fauchery dans le dernier numéro d’ « Action » : « Faut-il brûler Kafka ? »
Article de Gilbert Sigaux paru dans Combat, 10 août 1950, p. 4

IL ne faut pas chercher à définir et à comprendre les œuvres d’Ignazio Silone indépendamment de ses prises de position politiques. Lui-même nous en avertit :
« Écrire n’a pas été et ne pouvait être, pour moi, sauf en quelque rare moment de grâce, une sereine jouissance esthétique, mais la laborieuse et solitaire continuation d’une lutte, après que je me fus séparé de mes compagnons les plus chers ».
Article d’Auguste Gallois paru dans Force ouvrière, n° 234, 22 juin 1950, p. 12

Richard Crossman, député aux communes et rédacteur en chef du New Statesman and Nation, nous explique que ce livre est issu du feu de discussions qui eurent lieu, un certain soir, chez Arthur Koestler, dans le Nord du pays de Galles.
« Le papier du mois », paru dans Gai Pied, n° 38, mai 1982, p. 7

• James Baldwin, un mot qu’utilisent les homosexuels et que connaissent bien les noirs, c’est celui de ghetto. Le ghetto est-il une mesure de survie ou une fuite ?
Article d’Yves B. paru dans Le Monde libertaire, n° 678, 22 octobre 1987, p. 10

DÉCÉDÉ récemment, Chester Himes est (avec Richard Wright) le romancier noir américain le plus connu et, à notre humble avis, le meilleur. Mais cette reconnaissance a été tardive. Si Chester Himes est resté longtemps incompris, c’est à cause de la division opérée entre ses romans « classiques » et ses polars (qui l’ont fait connaître en France), considérés comme pas sérieux. Pourtant, après une lecture attentive, on s’aperçoit que son œuvre possède une certaine cohérence. Lui seul a su traduire aussi bien les problèmes de la communauté noire contemporaine.
Extrait du roman d’Honoré de Balzac, Illusions perdues, Paris, Veuve André Houssiaux, éditeur, Hébert et Compagnie, successeurs, 1874, p. 198-204
— Eh ! bien ? dit Lucien après un moment de silence qui lui sembla d’une longueur démesurée.
Article d’Hugues Panassié paru dans Les Cahiers du Sud, n° 288, 1er semestre 1948, p. 352-354

Aucun écrivain noir américain ne me paraît aussi doué, aussi profond que Richard Wright, dont la venue en France, l’année dernière, a été accueillie par une presse aussi bienveillante qu’incompétente, à en juger par les gloses fantaisistes publiées à droite et à gauche sur ses romans.
Article de Guy Ducornet paru dans Les Langues modernes, n° 4, juillet-août 1969, p. 394-401

RALPH ELLISON
HOMME INVISIBLE, POUR QUI CHANTES-TU ?
Grasset, 1969, traduction de Robert Merle
Invisible Man est une longue métaphore dans la tradition de The Wasteland ou de Moby Dick ; Ellison nous fait participer à un rituel qui sous-tend l’histoire de la société américaine, qui en est la définition et le produit. L’inévitable question, l’éternelle préoccupation des meilleures œuvres américaines, c’est le « qui suis-je ? » dans le contexte américain, que l’on retrouve de Marc Twain à Philip Roth, de Stephen Crane à Bellow, L’oeuvre est toujours une manière parti-culière de résoudre le problème de l’identité. Elle ne se contente pas de décrire une expérience, elle la crée sous nos yeux.
Article de Maurice Nadeau paru dans Gavroche, n° 76, 7 février 1946, p. 5

EN ces temps de confusion, de veulerie et de grande tolérance, où les frontières autrefois nettes s’estompent et deviennent fluctuantes dans la société comme chez les individus, où les adversaires se saluent du fleuret moucheté avant d’entreprendre un combat qui se marque surtout par un assourdissant battement de pieds sur les planches, où la résignation, l’atonie et le scepticisme ont délogé la vie et la volonté de lutte, il est urgent de restaurer la seule justification de l’homme ici-bas : la révolte. Avant de lui tracer des limites, à quoi s’emploient tous les gens « compréhensifs », il est indispensable d’en élucider le contenu et d’en marquer la nécessité.
Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 22 juin 1947, p. 2

LE dernier livre d’Albert Camus, La Peste (1), qui vient d’obtenir le Prix des Critiques, suscitera sans doute des discussions passionnées : son exceptionnelle richesse, l’actualité de ses thèmes, l’espèce d’intransigeance sobre et fière avec quoi ils sont présentés en seront la cause, autant qu’une certaine incertitude qui demeure jusqu’au bout, touchant les intentions de l’auteur.
Article de Pierre Champromis paru dans Gavroche, n° 15, 7 décembre 1944, p. 2

FAUT-IL présenter au grand public la personnalité d’Albert Camus ? On sait que celui-ci s’est révélé en 1942 par un essai : le Mythe de Sisyphe et un roman, l’Etranger qu’on a généralement salués comme les œuvres les plus marquantes parues depuis le début de la guerre. On sait qu’il a cette année publié deux pièces Le Malentendu et Caligula. Bien qu’il ait la discrétion de ne pas les signer, on sait surtout qu’il est l’auteur de ces éditoriaux de Combat que leur pensée ferme, leur belle langue simple et classique détachent sur le fond un peu terne de la presse quotidienne.
Article de Marcel Péju paru dans Franc-Tireur, 31 août 1945, p. 2

CE n’est pas sans curiosité, après l’Etranger, après Sisyphe, après Caligula, que l’on ouvre ce petit volume (1), réimpression de quatre essais qui parurent à Alger en 1938. Et sans doute ce sont bien des essais, comme un premier jaillissement d’idées et d’attitudes, lorsque tout se presse à la fois, dans un certain désordre encore, et sur le même plan, sans relief et sans ombre. Bien des tableaux paraissent inutilement surchargés, plusieurs thèmes se dégagent mal tandis que d’autres reviennent d’une manière un peu monotone. On s’appesantit parfois avec une insistance superflue. Mais l’on retrouve aussi le ton incomparable, une sorte de dureté éclatante de la langue et de hauteur souveraine : tout annonce, dans la pensée comme dans la forme, cette aisance de prend style qui sera celle de l’Etranger.
Article de René Maran paru dans Les Lettres françaises, n° 97, 1er mars 1946, p. 5

L’EXOTISME tend à prendre, dans les lettres françaises contemporaines, une importance qui va chaque jour croissant. On sait qu’il a fait son entrée en France en même temps que l’invasion sarrazine de 722, qui submergea la Septimanie. Les croisades l’entourent ensuite d’un merveilleux dont la découverte de la boussole, au XIe siècle, décuple soudain le prestige. C’est alors à qui partira en voyage de « descouverture ». Dieppois et Rouennais fondent des colonies le long des côtes du Sénégal et de la Guinée, dès 1364, Jean de Béthencourt s’installe aux Canaries en 1402. Binot Le Paulmier de Gonneville découvre le Brésil, le 6 janvier 1504. Les animaux étranges, les nouveautés que leurs émules rapportent en Europe poussent Rabelais à écrire, au chapitre II du quart Livre de Pantagruel :
« Adonoques, Pantagruel descendit au havre, contemplant, cependant que les chiourmes des nefs faisaient aiguade, divers tableaux, diverses tapisseries, divers animaux, poissons et autres marchandises exotiques et pénégrines, qui étaient en l’allée du môle et par les halles du port. »
Article de Francis Dumont paru dans Gavroche, n° 98, 11 juillet 1946, p. 5

DANS quelle mesure a-t-on le droit du vivant d’un auteur de rechercher l’explication de l’oeuvre dans les éléments biographiques ? Le fait est qu’Arthur Koestler ne consent à livrer à la curiosité du public que quelques indications précises, jalons de la route visible. Or, il n’est nullement prouvé qu’il est indifférent que Koestler soit né là ou ailleurs. Tout au contraire le fait qu’il ait passé ses années d’enfance et de jeunesse dans un milieu de bourgeois libéraux et israélites au moment de la décadence de l’empire austro-hongrois, nous parait chargé de sens. A l’époque où le jeune Koestler commençait son apprentissage d’homme, une société qui obscurément se savait condamnée jouissait de ses restes et réalisait une certaine douceur de vivre à peu près inégalable. Nous sommes persuadés que c’est cette ambiance qui a contribué à déterminer chez Koestler la primauté de la liberté individuelle sur la justice sociale.
Article de Ricardo Enquin paru dans Les Lettres françaises, n° 221, 19 août 1948, p. 3

C’EST toujours une tâche délicate que de présenter un écrivain, un intellectuel. Délicate, car le chroniqueur pénètre dans un domaine intime qu’il va rendre public et qu’il doit, au cours de cette équation, trouver des formules capables de l’alléger et la rendre sympathique. Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de faire une simple biographie. La tâche s’avère encore plus difficile lorsqu’il s’agit, comme c’est le cas aujourd’hui, de faire connaître un représentant authentique d’une littérature malheureusement très éloignée — non seulement du fait de la distance — et mal connue du public français.
Article de Maurice Nadeau paru dans Combat, 23 juin 1949, p. 4

PARMI les adversaires en stalinisme il est de bon ton d’affirmer qu’Aragon a du talent. Il est communiste, dit-on, et c’est dommage, mais de ce terrain vague qu’est la littérature on peut bien lui concéder quelque parcelle et reconnaître qu’il y exécute ses tours avec grâce. Et puis, ajoute-t-on, il nous a rendu tant de services ! Au moment où nos énergies défaillantes réclamaient un barde, il s’est présenté, en livrée de troubadour. Quand nous avons failli glisser dans la littérature malsaine, celle des Joyce, des Kafka et des Faulkner, il a courageusement revendiqué le droit d’écrire comme Octave Feuillet, un Octave Feuillet « noir ». Qu’il ait affublé de l’épithète « socialiste » le vieux réalisme exsangue du siècle dernier ne nous effraie pas. Nous avons nous aussi les idées larges et savons pratiquer le « fair play ». Alors, reconnaissons que le poète et romancier communiste Aragon possède un fichu talent !
Article d’Elian J. Finbert paru dans Les Lettres françaises, n° 112, 14 juin 1946, p. 5

PHILOSOPHE, exégète coranique, professeur d’histoire, de littérature, d’archéologie, d’art dramatique, polémiste et journaliste de grande classe, directeur de la revue L’Écrivain égyptien, traducteur (il vient de traduire La Porte étroite, de Gide), Taha Hussein Bey est l’une des personnalités les plus marquantes du monde arabe.
Article de Michel Gordey paru dans Les Etoiles, n° 76, 22 octobre 1946, p. 4

RICHARD WRIGHT, l’écrivain noir dont les œuvres sont des cris de révolte et de souffrance, —Richard Wright que l’on s’imaginerait volontiers comme un homme aux mâchoires et aux poings serrés, enfermé dans son amertume, — Richard Wright m’ouvre la porte de son appartement, et tout de suite je sens le calme, la bonté, la raison qui émanent de cet homme à la taille moyenne, au teint sombre et mat, aux veux doux et intelligents derrière des lunettes sans monture, des lunettes de professeur de collège américain.
Chronique d’Aimé Blanc-Dufour parue dans Les Cahiers du Sud, n° 302, 1er juillet 1950, p. 156-158

LE MONDE DES ACCUSES, par Walter Jens (Plon).
1984, par George Orwell (Gallimard).
Jadis, les romans d’anticipation étaient surtout remarquables par leur optimisme. Du XVIe siècle, avec Thomas More, jusqu’au XIXe siècle avec Jules Verne, en passant par Morelly et d’autres, ces écrits annonçaient soit une société libertaire et heureuse, soit l’asservissement des forces de la nature. Toutes leurs projections imaginaires aboutissaient non seulement à une amélioration du sort matériel de l’homme, mais aussi à une satisfaction des besoins de liberté par la suppression d’entraves sociales jugées caduques, ainsi qu’à une extension illimitée de la connaissance, étant sous-entendu que davantage de science enrichirait la conscience et ferait de la Terre un paradis retrouvé. Nos parents, trop pressés, ont bu le verjus et les dents nous font mal.
Article de Denise Wurmser paru dans Force ouvrière, 23 février 1950, p. 4

LA lecture d’un récent livre du polémiste anglais George Orwell : « 1984 » nous fait tout à coup, brutalement, heurter du nez le pitoyable contraste entre les écrivains d’imagination des siècles précédents et ceux du XXe.
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