Article de René Gallissot paru dans La Quinzaine littéraire,n° 335, du 1er au 15 novembre 1980
René Gallissot parle ici surtout de deux livres qui viennent de paraître à propos de l’insurrection algérienne (en attendant celui de Ferhat Abbas) : l’Histoire de la guerre d’Algérie par Alistair Horne, traduit de l’anglais, et celui de l’Algérien Mohammed Harbi : le FLN, mirage et réalité, qui, pour la première fois, analyse de l’intérieur les raisons d’être du FLN, de la lutte armée et de la mise en place du nouveau régime.
Article deMikhalis Raptis dit Michel Pablo paru dansSous le drapeau du socialisme, organe de la Tendance marxiste révolutionnaire internationale, n° 86, février-mars 1981
Avec le travail historique qu’il a entrepris sur le mouvement national algérien, Mohammed Harbi apporte une contribution majeure à notre connaissance d’un type de mouvements et de sociétés qui dépasse le cadre algérien. Son analyse du mouvement national algérien de 1926 à 1962, et en particulier du M.N.A. et du F.L.N., dénote une connaissance approfondie des faits, des idées et des hommes qui ont marqué ce mouvement.
Article de Maxime Rodinson paru dans Le Nouvel Observateur, du 3 au 9 novembre 1980
Il est déplaisant de regarder la vérité en face. De plus, certains n’y ont pas intérêt. Et il est vrai, hélas, que cela peut avoir des inconvénients. Nulle action mobilisatrice ne se fait sans mythes, c’est aussi une vérité que toute l’histoire atteste et devant laquelle, encore et encore, on recule. Pourtant agir est indispensable. Donc les mythes aussi. Mais la vérité aussi a ses droits. Il y a là un nœud de contradictions indépassables.
C’est le titre d’un ouvrage qui vient de paraître aux Editions Jeune Afrique. L’auteur en est Mohammed Harbi, qui a été un haut apparatchik du F.L.N., conseiller de Ben Bella, opposant à Boumediene, exilé en France depuis 1973.
Article d’Abdallah Ben Aïssa paru dans Sans Frontière, n° 3, semaine du 20 au 26 décembre 1980
Harbi, comme Kundera à qui nous empruntons le titre de cet article, sont des exilés. L’un algérien, l’autre tchèque. L’un comme l’autre veulent rendre leurs absence fertile. A défaut du présent interdit, révéler le passé.
Article de Jacques Sylvère paru en deux parties dans La Presse Nouvelle Hebdomadaire,n° 83, 24 février – 2 mars 1967 et n° 84, 3 – 9 mars 1967
MAURICE EISENBETH, qui fut grand rabbin d’Alger, a retracé avec beaucoup d’érudition l’histoire fort complexe des Juifs algériens, car il est très difficile de faire revivre certaines périodes sur lesquelles on possède peu ou pas de documents.
Article de Paul Solal paru en deux parties dans La Presse Nouvelle Hebdomadaire, n° 35, 18-24 février 1966 et n° 38, 11-17 mars 1966
SOUVENIRS D’UNE FIN DE SIECLE EN ALGERIE
Si vous rencontrez, parmi les juifs originaires d’Algérie, un Algérois qui approche des soixante-quinze ans, demandez-lui s’il se souvient de Max Régis. Inévitablement lui reviendront des souvenirs de magasins pillés, de synagogues saccagées, d’hommes, de femmes et d’enfants battus, parfois à mort, dans les rues, de foules déchainées parcourant les grandes artères d’Alger en hurlant : « A BAS LES JUIFS ! »
Article d’André Serfati paru dans Partisans, n° 3, février 1962, p. 68-77 ; suivi de Roger Benaben « N’est-il pas déjà trop tard », Partisans, n° 4, avril-mai 1962, p. 185-187
Ne à Oran (Algérie), je suis Algérien. Le reste est accessoire ; ma qualité de juif, par exemple, fournira certains éléments pour la compréhension de ma prise de conscience, mais pas davantage.
Appel de Messali Hadj du 1er septembre 1957 diffusé sous forme de tract ; paru dans La Vérité, n° 467, 5 septembre 1957 ; Interafrique Presse, n° 126, 6 septembre 1957 ; Algeria Libera, n° 1, 21 Settembre 1957 ; repris dans Combat et Le Monde, 4 septembre 1957; Nouvelle Gauche, n° 32, du 14 au 27 septembre 1957 ; La Commune, n° 5, novembre 1957
Nous avons reçu, avec prière d’insérer, le texte qu’on va lire. Son importance extrême, dans les circonstances actuelles, sautera immédiatement aux yeux du lecteur même non averti. C’est pourquoi nous avons estimé de notre devoir de journal libre de le publier intégralement.
Appel de Messali Hadj paru dans La Commune, n° 4, juillet 1957 ; Demain, n° 82, 4 juillet 1957 ; La Voix du Peuple, n° 33, juillet 1957
Nous publions ci-après l’appel lancé par Messali Hadj aux démocrates français.
Cet appel a été envoyé à notre confrère Demain.
Nous remercions cet hebdomadaire et son directeur le Docteur Robin d’avoir bien voulu nous permettre de reproduire ce document dont l’importance nous paraît incontestable.
Interview de Messali Hadj parue dans La Commune, n° 1, avril 1957
1. – Quelles sont, à votre avis, les causes de la poursuite de la guerre d’Algérie, alors que, tant du côté des nationalistes algériens que de celui du gouvernement, on se déclare prêt au « cessez-le-feu » ?
Appel de Messali Hadj du 13 décembre 1955 paru dans La Voix du peuple, n° 16, 16 décembre 1955 ; reproduit partiellement dans La Vérité, n° 387, 30 décembre 1955;diffusé sous forme de tract
Au moment où la campagne électorale est ouverte pour les élections législatives, je crois de mon devoir d’adresser le présent appel au peuple français. Vivant en France depuis 1918 et ayant participé en tant que président du M.N.A. aux côtés du peuple français à beaucoup d’événements, je crois qu’il est nécessaire d’examiner d’une façon rapide ce passé.
Article de Messali Hadj paru dans Demain, n° 33, 26 juillet 1956
L’OPINION française, algérienne et internationale s’est souvent demandé ces dernières semaines quelle influence exerçaient encore Messali Hadj et son « Mouvement national algérien. »
Les avis demeurent partagés, mais les hommes avertis et de bonne foi, en métropole comme en Afrique du Nord, reconnaissent que Messali a encore de très nombreux partisans.
Article de Messali Hadj paru dans Demain, n° 9, 9 février 1956
Guy Mollet dans son discours d’investiture a, sans préjuger la solution du problème algérien, précise que celle-ci ne pourra être ni imposée unilatéralement, ni octroyée, mais seulement négociée. C’est en vue de ce dialogue que nous publions aujourd’hui un article de Messali Hadj, président du Mouvement National Algérien, indépendant de la Ligue Arabe. L’auteur, très franc sur le but qu’il se propose d’atteindre, préconise un moyen – la « table ronde » – qu’un homme politique français aussi modéré que M. Pleven avait suggéré (dans « Franc-Tireur »). Nous publierons dans de prochains numéros les opinions d’autres interlocuteurs possibles.
A LA suite d’une nouvelle et pressante démarche des parlementaires de l’Union démocratique du Manifeste Algérien auprès du ministère de l’Intérieur au sujet de la libération effective et du retour de Messali Hadj, président du Parti du Peuple Algérien (P.P.A.), les services intéressés du ministère ont fait connaître hier aux députés du « Manifeste » que M. Messali, libéré, avait pris place le matin même à Brazzaville sur l’avion qui le déposera à Alger, via Dakar.
La dissolution de l’Etoile Nord-Africaine ayant été décrétée, alors que rien ne la laissait prévoir, il nous a paru intéressant de connaître l’opinion du président de cette organisation dont l’attitude, depuis l’avènement du Front populaire, permettait précisément de croire que l’action de l’Etoile faciliterait les rapports entre les masses musulmanes et le peuple français.
Ainsi, Messali, que la décision ministérielle avait ramené à Paris en l’obligeant à interrompre une série de meetings dans la région lyonnaise, nous a déclaré :
Monsieur le Président de la Commission des Réformes,
Messieurs les Membres,
Avant d’aborder le sujet pour lequel je suis ici, je veux remercier infiniment la Commission qui me fait l’honneur aujourd’hui de me permettre de m’exprimer, après mon retour d’Aïn Salah, sur les revendications musulmanes à l’ordre du jour.
Interview de Messali Hadj réalisée par Albert-Paul Lentin parue dans Libération, 2 août 1951 ; suivie d’un entretien paru dans Action, du 3 au 9 août 1951, sous le titre « Le Pacte Atlantique est un danger pour la libération de l’Afrique du Nord nous déclare Messali Hadj »
MESSALI HADJ ? Une silhouette, un visage qui semblent faits pour le portrait ou la photographie. Une allure svelte et jeune, un visage régulier, une grande chechia rouge, une majestueuse barbe grisonnante, des yeux noirs très vifs … Le calme de la voix et l’amabilité du sourire ne cachent qu’à moitié l’énergie intransigeante du vieux lutteur, qui combat, depuis plus de 20 ans, pour le mouvement national algérien et, qui, de la Santé à Lambèse, de Lambèse à Maison-Carrée, de Maison-Carrée aux territoires du Sud et des territoires du Sud à l’Afrique noire, a connu à toutes les époques la prison et la résidence surveillée.
VOYEZ-VOUS, nous dit Messali en nous accueillant comme toujours, très fraternellement, la police vient encore de me rendre visite. Et de nous montrer un papier qui lui notifie la décision du ministre de l’Intérieur d’avoir à quitter Paris le lendemain de son jugement « avant midi précise ».
Interview de Messali Hadj réalisée par M’hamed Ferid Ghazi et Georges-Albert Astre parue dans Action, 8e année, n° 376, semaine du 13 au 19 décembre 1951
La personnalité de Messali Hadj est assurément l’une des plus marquantes de l’Islam moderne. Président du Parti du Peuple Algérien et président d’honneur du M.T.L.D. (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques), qui groupent aujourd’hui une grande partie des forces vives du peuple algérien, cet homme de cinquante-trois ans est resté profondément fidèle à ses origines prolétariennes ; il est un ardent défenseur de la communauté musulmane et fut élu vice-président du Congrès Islamique de Karachi, en février dernier.
Il a bien voulu nous accorder un large entretien, dans sa résidence de Chantilly (le « gouvernement » de Vichy l’ayant interdit de séjour en Seine et Seine-et-Oise, cette interdiction a été maintenue). Ses déclarations revêtent une importance toute particulière au moment où les pays arabo-musulmans prennent si fortement position pour une politique d’indépendance et de dignité, à l’heure où le Maghreb se sent étroitement solidaire des peuples en lutte dans tout le Moyen-Orient. Lui-même vient de rentrer d’un long voyage, qui l’a conduit au pèlerinage de la Mecque et en divers pays d’Orient.
Après neuf années de persécution, de prison, de forteresse et d’exil dans la Forêt Vierge
POUR interviewer Messali Hadj, je devais longer le palais du Luxembourg ou, en d’interminables palabres se joue actuellement la tragi-comédie burlesque intitulée : « Conférence de la Paix ».
Je le revois, ce petit Antillais fragile d’apparence, à la peau olive, au regard brûlant.
A cette époque, il était toujours médecin psychiatre à l’hôpital de Blida, il n’avait pas encore rejeté le masque de la légalité, mais la force de sa conviction, et la dureté de ses analyses ne laissaient pas de doutes sur ses positions.
Treize ouvriers ont fait la grève de la faim dans l’ancien fort turc d’Alger, transformé par la IIIe République en horrible Bastille. Treize emprisonnés politiques, au mépris de leur santé et de leur vie ont eu recours au seul affreux moyen qui leur reste pour protester contre l’intolérable régime pénitencier que leur impose le gouvernement impérialiste français.
Dossier paru dans Droit et Liberté, n° 126 (230), septembre 1953
La fraternité vaincra
VINGT-SIX ans, 24 ans, 21 ans, 26 ans, 31 ans, 24 ans. Le sang jeune et frais de six travailleurs algériens s’est mêlé le 14 juillet, place de la Nation avec celui d’un parisien de 40 ans, notre ami Maurice Lurot, trésorier du Comité Rosenberg du 18e arrondissement.
Des « ultras » partisans du massacre au représentant du P.C.A. qui s’est contenté de s’abstenir dans le vote de confiance au Gouvernement
LES débats à l’Assemblée algérienne sur les derniers événements nous permettent de faire une incursion édifiante parmi la faune parlementaire colonialiste, porte-parole des « saigneurs » de la terre ou « saigneurs » en personne, avec leur cortège des « préfabriqués » musulmans, de ceux à la figure de qui le peuple et les travailleurs algériens crachent leur suprême répulsion.
On a toléré, au milieu de cette engeance malsaine, quelques membres de l’U.D.M.A (1), organisation d’un réformisme inoffensif, dont la présence pouvait constituer un alibi contre ceux qui dénoncent l’imposture des élections « à l’algérienne ».
UN passage très édifiant de la motion présentée au gouverneur général par les représentants de toutes les tendances syndicales d’Algérie (y compris la C.G.T.), nous renseigne sur l’esprit qui anime le réformisme syndical des fonctionnaires coloniaux, réformisme collaborateur avec la haute administration, au service du colonialisme algérien et de l’impérialisme français, s’opposant par là même aux efforts de la majorité d’un peuple vers son indépendance politique, économique et sociale.
UN couple de jeunes instituteurs qui regagnait son poste, est mitraillé en compagnie du caïd dans un autobus, au cours de la nuit du dimanche 31 octobre au lundi 1er novembre. Notre malheureux collègue a été tué, si sa femme est actuellement hors de danger.
Articlede Messali Hadj paru dans Le Libérateur, 2e année,n° 40, 17 juillet 1955
Soucieux d’informer très exactement nos lecteurs sur les positions des grands partis populaires d’outre-mer, nous avions demandé à Messali Hadj d’écrire pour le Libérateur un article sur le problème algérien.
L’on sait que, depuis plus de trente ans, ce dernier n’a cessé de lutter pour l’émancipation du peuple algérien. Condamné, sous Vichy, à quinze ans de travaux forcés et à vingt ans d’interdiction de séjour, il fut libéré après le débarquement allié en Afrique du Nord. Mais il fut rapidement victime de nouvelles persécutions. L’on a osé, après la guerre, faire revivre la peine accessoire d’interdiction de séjour qui l’avait frappé en 1941. En violation de la légalité républicaine, Messali Hadj est actuellement en résidence forcée à Angoulême. Les persécutions n’ont pas, bien au contraire, diminué le prestige populaire du grand leader algérien. Nous sommes heureux de publier l’article qu’il a bien voulu nous adresser.
Déclaration de Messali Hadj remise à l’Agence France Presse ; diffusée sous forme de tract par le Comité pour la libération immédiate de Messali Hadj et des victimes de la répression ; publiée dans La Vérité, du 12 au 26 novembre 1954; reproduite partiellement le 11 novembre 1954 dans Franc-Tireur et Alger Républicain.
DES l’annonce des événements survenus en Algérie dans la nuit du 31 au 1er novembre 1954, la surveillance exercée autour de ma personne est gravement renforcée.
Messali Hadj est le véritable fondateur du Mouvement National Algérien. Apres avoir milité en France au parti communiste au cours des années 1925 à 1930 il s’orienta vers le nationalisme pur qu’il désirait cependant voir allié aux organisations démocratiques françaises. Il fonda l’Etoile nord-africaine qu’il fit adhérer en 1935 au Front populaire. L’Etoile nord-africaine ayant été dissoute, il créa le P.P.A. qui fut lui-même dissous par le gouvernement Blum. Après avoir combattu le projet Blum-Viollette dont il dénonçait le caractère assimilationniste, Messali fut poursuivi et emprisonné : depuis 1938 il connut le bagne, la déportation, l’interdiction de séjour et n’a pratiquement pas été en liberté plus de trois mois. Actuellement, le régime de quasi-internement qui lui est imposé est d’une illégalité flagrante : en effet, alors qu’il ne purge plus qu’une peine d’interdiction de séjour prononcée sous Vichy par un tribunal militaire, les gouvernements qui se sont succédé depuis 1952 ont transformé cette interdiction de séjour en véritable résidence forcée, mesure absolument arbitraire à l’égard d’un Algérien considéré comme « citoyen français » par la Constitution.
Message de Messali Hadj au meeting du 21 décembre 1954 à la salle Wagram (interdit), paru le 23 décembre 1954 dans Le Libertaire
Un message de Messali Hadj, parvenu à Daniel Guérin, devait être lu au meeting. Nous le publions ci-dessous. Nous apprenons que depuis ce message et les communications téléphoniques entre Messali Hadj et Daniel Guérin, les conditions de détention du leader algérien ont été renforcées et que la police lui a interdit de quitter sa chambre.
Article d’Idir Amazit paru dans Le Libertaire, 25 avril 1952 ; suivi de « Nature et aspect de la colonisation en Algérie », 2 mai 1952 ; « Par l’épée et par la charrue », 9 mai 1952 ;« La féodalité terrienne du colonat », 16 mai 1952 ;« L’industrie algérienne », 23 mai 1952 ; « Etat sanitaire et enseignement des populations algériennes », 30 mai 1952.
Le colonialisme tel qu’il est
LE célèbre Tartarin, d’Alphonse Daudet, qui prenait nos paisibles ânes de l’Atlas algérien pour de redoutables fauves du Kenya, a largement fait école avec les colonialistes. « Un baobab, disait à ses admirateurs le chasseur de Tarascon, c’est un arbre gigantesque, immense, à vous couvrir toute la superficie de Tarascon. Venez voir, j’en ai un dans mon jardin. » Et en ce lieu, il présentait une petite plante verte dans un petit pot ! Cette image du baobab est le reflet rigoureusement exact de ce que les primitifs à gages et les experts en falsifications et mensonges appellent impudemment l’ « Œuvre » du colonialisme. Rendons-leur cette justice : les maîtres du bla-bla-bla, qui s’agitent, gigotent et baratinent sur les estrades des baraques foraines des boulevards extérieurs ou de la foire du Trône de la place de la Nation, ne font pas mieux lorsqu’ils invitent les nigauds et les badauds à visiter leurs monstres, admirer leurs exhibitions. S’il est exact que le colonialisme a effectivement à son actif certaines réalisations, il n’est pas moins exact qu’elles sont dans leur quasi-totalité à l’usage et au bénéfice exclusif de la classe dominante. On a construit des routes et des chemins de fer pour desservir les domaines des « seigneurs » de la colonisation, les mines de charbon, de fer, de phosphates, des puissants trusts coloniaux. Tel conseil général dilapidera des millions à construire une route de plusieurs kilomètres reliant la route nationale X au domaine du colon Z, précisément membre du même conseil général, au sein duquel il est assuré avec ses amis colons d’une confortable et permanente majorité, grâce au système éminemment démocratique qui préside à la représentation dans les territoires d’outre-mer.
A mesure que le brasier de la révolte s’étend en Union française, le profane homme de la rue, généralement néophyte de la dialectique politique, est appelé à connaître une nouveauté qu’il ignorait jusque-là au même titre que la « question de confiance », avant que les ministères ne chutassent tous les quarante jours !
VERITABLES déracinés en cette terre qui se réclame des Droits de l’Homme, les travailleurs nord-africains continuent à subir les offensives racistes « sur tous les fronts », pour employer le jargon des culottes de peau. Aux brigandages systématiques gouvernementaux dans le régime des allocations familiales dus aux artifices juridiques des tripoteurs de la 4e République ; aux brimades racistes éhontées de la police et instrument d’exécution des basses œuvres au service des actuels fermiers généraux de la politicaille, s’ajoute cette permanente campagne de presse, par la quasi-totalité des journaux français, dont la moralité comme en conviendraient tous les esprits indépendants et saints, les destine tout juste à l’usage en ce lieu où même les rois vont à pied. Le moindre méfait dont un Nord-Africain a le malheur d’être l’auteur est montré en épingle à la « une » en romance dramatique fielleuse, alors que de véritables monstres humains sévissent journellement en France et ailleurs pour n’avoir droit qu’a quelques lignes perdues dans la rubrique des chiens écrasés. Encouragés par les exemples des Pouvoirs publics, des organisations privées n’hésitent plus à faire entendre leur voix dans cet odieux concert de la mare aux crapauds. Les vibrants sentiments nazistes et haineux de ces néo-aryens s’expriment en une verve dont à la violence s’allie une superbe éloquence ordurière, comme il sied à de piètres émules du grand Rabelais. Est-ce cela que vous avez voulu, ouvriers et paysans de 1789 qui avez déchaussé et déculotté vos bourgeois de l’époque pour équiper l’armée des sans-culottes sur ordre de Saint-Just ?
Depuis la guerre, la France capitaliste a agrandi son domaine colonial par le rapt des colonies allemandes, elle a occupé les bassins miniers de la Lorraine et les bassins houillers de la Ruhr et devint ainsi la deuxième nation impérialiste du globe.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dansLe Paria, troisième année, n° 35, août 1925, p. 2
Conformément à la politique coloniale de son impérialisme, le Conseil de préfecture d’Alger vient de donner son mot sur le scandale des élections municipales indigènes : il approuve pleinement les fraudes, la violence et l’arbitraire de son gouvernement, et les légalise par un long arrêté puant l’hypocrisie et le cynisme.
Dans les conflits qui surgissent entre le capital et le travail, il ne peut être question de main-d’œuvre féminine distincte, et séparée du mouvement ouvrier.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dansLe Paria, n° 31, novembre-décembre 1924, p. 2
La grande presse prostituée a mené une campagne d’injures contre les ouvriers algériens qui travaillent en France.
C’était un prologue pour justifier les terribles mesures qu’on allait appliquer contre eux. Ces « sidis », au contact de leurs frères européens, et plus exploités que ces derniers, commencent à revendiquer leurs droits, se réveillent à la lutte de classe et se groupent dans les organisations révolutionnaires.
Article d’Abdelaziz Menouer alias El Djazaïri paru dans L’Humanité, 13 novembre 1924, p. 3 ; suivi de « Le congrès des travailleurs nord-africains », Le Paria, n° 31, novembre-décembre 1924, p. 1 ;« Le Parti Communiste et la question coloniale », les Cahiers du bolchevisme, n° 7, 2 janvier 1925, p. 473-482
Le Parti communiste français devient un vrai parti de classe, un véritable parti prolétarien. Il rejette ce socialisme que la IIe Internationale prêchait aux masses européennes et dont on écartait les parias coloniaux.
Toute la presse bourgeoise s’est encore ameutée contre les « sidis ». La présence des 150.000 travailleurs nord-africains dans la métropole hante l’impérialisme français.
Quand nous appelions les ouvriers français à organiser et à éduquer les travailleurs coloniaux, nous prévoyions la concurrence inévitable qu’ils apporteraient sur le marché du travail et les dangers que cette main-d’œuvre présenterait pour les ouvriers métropolitains si elle restait à la merci du patronat. Nous ne nous sommes jamais arrêtés au sentimentalisme pour combattre les solutions démagogiques des réformistes ni les campagnes xénophobes de la bourgeoisie, mais nous avions maintes fois démontré que nous devions nous y intéresser, parce qu’elle n’était que la conséquence fatale du développement de la production capitaliste et de son impérialisme et colonialisme.
Vraiment, la bourgeoisie indigène d’Algérie est exécrable. La candidature coloniale présentée par le Parti Communiste et le succès obtenu par notre camarade Hadj Ali a ouvert démesurément les appétits de « l’élite » algérienne. Déjà tous les lèche-culs du colonialisme, tous les traîtres, tous ceux qui, en 1921, avaient accompli cette besogne infâme : la prorogation de l’indigénat, espèrent une ère nouvelle d’accaparement de sièges et des postes de trahison.
Article de Slimane Kiouane paru dans Le Libertaire,troisième série, trente-et-unième année, n° 416, 7 février 1925, p. 2
Devant les périodes de famine qui ont sévi en Algérie, les Sidis ont dû partir en exode. Cette fois-ci, la cause est une grande misère faite par des salaires dérisoires et par la brutalité criminelle des chefs indigènes, surtout des Européens.
Quand le capitalisme subit une crise dans sa production, il s’attaque aux salaires des ouvriers sans distinction de leur race ou couleur. Naturellement, il commence par ceux des ouvriers inorganisés, à ceux des travailleurs socialement infériorisés et se sert de leur faiblesse pour constituer une masse de manœuvre et s’attaquer ensuite aux salaires des ouvriers organisés et socialement privilégiés. Parmi les travailleurs à la merci du capitalisme on peut distinguer les coloniaux. Dans le Peuple du 30 novembre le réformiste Jules Uhry assimile le Kabyle aux ouvriers étrangers. Nous ne voulons pas diviser les ouvriers en catégories raciales pour servir le capitalisme, nous laissons ce soin à MM. Jouhaux et consorts, mais nous analyserons ces différentes mains-d’œuvre ethniques pour comprendre comment elles sont sur le marché du travail métropolitain, jusqu’où leurs droits et libertés sociales égalent ceux des ouvriers français et jusqu’où ils peuvent combattre le capitalisme français.
Article d’Abdelkader Hadj Ali alias Ali Babaparudans Le Paria, Troisième année, n° 23, 1er février 1924, p. 1
Cinq années se sont écoulées depuis qu’une délégation de bourgeois algériens vint à Paris faire une démarche infâme auprès du gouvernement pour la prorogation de l’indigénat.
Pendant la grande guerre, l’impérialisme français avait arraché de leurs foyers des centaines de milliers de coloniaux pour les jeter dans l’horrible tuerie et pour soutenir la production des engins de guerre et de munitions.
Article d’Abdelkader Hadj Ali alias Hadj Bicot, paru dans Le Paria, Tribune des populations des colonies, Première année, n° 9, 1er décembre 1922
Peuple français sois heureux, on colonise pour toi :
La Dépêche Coloniale nous apprend que 46 concessions sont distribuées au Maroc cette année. Les heureux bénéficiaires de ces terrains sont : 1° 7 mutilés de guerre ; 2° 24 Marocains ; 3° 26 émigrants.
Article de Bachir Hadj Ali alias Youssef Smaïli parudans Alger Républicain, 28e année, n° 476, 29 janvier 1964 et n° 477, 30 janvier 1964
DES Algériens s’inquiètent de ce qu’ils appellent « la dégradation des mœurs ». Dans leur grande majorité ils sont sincèrement tourmentés par ces tares que sont la prostitution, le vol, l’ivrognerie. Mais, certains d’entre eux brossent un tableau d’une extrême noirceur, exagèrent les faits, font le silence sur les progrès réalisés dans l’assainissement des mœurs et exploitent des tares héritées du passé colonial, dans un but précis : rendre responsable de cet état de choses, le régime démocratique et populaire et son option socialiste, donner à leur opposition hypocrite à la révolution la base morale à laquelle notre peuple est attachée.
Motion parue dans Alger Républicain, 28e année, Nouvelle Série, n° 466, 17 janvier 1964, p. 1-2; texte reproduit dans Le Peuple et La République
« LE dimanche 5 janvier, à la maison du Peuple, à Alger, s’est tenue une réunion publique au cours de laquelle, sous prétexte de défendre « les valeurs de l’Islam », des orateurs ont tenu un langage qui confine au fanatisme le plus rétrograde, qui s’inspire des sources les plus médiévales de la réaction féodalo-bourgeoise.
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