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Algérie : Remettre la révolution sur les rails

Article paru dans Perspectives anarchistes-communistes, n° 3, avril 1967

L’UGAC a toujours porté au peuple algérien,  l’aide et le soutien qu’il méritait. Dès le début de la guerre d’Algérie, nous fûmes aux côtés de nos frères algériens dans leur lutte contre le colonialisme et le capitalisme, lutte qui était aussi la nôtre, ce que la « gauche » n’a jamais voulu comprendre.
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Errico Malatesta : Questions révolutionnaires

Article d’Errico Malatesta paru dans Le Réveil anarchiste, n° 907, 22 septembre 1934.

 

 

Nous empruntons à La Révolte (n° 4, 10 octobre 1890) cet article toujours d’actualité.
*

Chers compagnons,

Une feuille de langue française a voulu s’occuper de ce que j’ai dit dans la conférence antiparlementaire qui fut tenue, à Londres, le 3 du mois d’août, dans la salle du club Autonomie, et elle m’a fait dire à peu près le contraire de ce que j’ai dit réellement.

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Algérie

Article paru dans Perspectives anarchistes-communistes, n° 1, février 1967

Pour ce premier texte, nous choisissons l’ALGERIE parce qu’elle est proche de nous, et pas seulement dans le temps et dans l’espace, mais nous connaissons mieux les problèmes de nos camarades algériens qui viennent de publier un texte dont le préambule est :

 
« Nous souhaitons qu’il soit pour tous les révolutionnaires, une contribution qui nous aidera à la clarification nécessaire aux luttes en cours. »
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Errico Malatesta : Anarchistes et élections

Article d’Errico Malatesta paru dans Le Réveil anarchiste, n° 885, 4 novembre 1933.

 

 

Dernièrement des camarades nous ont proposé de discuter cette question : S’abstenir ou voter ? A vrai dire elle nous paraissait définitivement tranchée pour tout anarchiste, mais il y avait sans doute intérêt à reprendre la question pour les jeunes camarades.

Maintenant, nous croyons bon de réimprimer ici ce que notre camarade Malatesta avait eu l’occasion de déclarer sur le même sujet.

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Question musulmane, combat laïque et luttes sociales en France

Mon dernier texte intitulé « Question musulmane, combat laïque et luttes sociales en France » vient d’être mis en ligne sur le site de Middle East Eye. Lien

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Anthologie d’une revue disparue – Dissidences intellectuelles arabes

Mon dernier article intitulé « Anthologie d’une revue disparue – Dissidences intellectuelles arabes » vient de paraître dans le mensuel de critique et d’expérimentation sociales CQFD, n° 171 (décembre 2018).

 

 

En voici la présentation par le journal :

« Il y a une quarantaine d’années, de jeunes intellectuels du monde arabe éditaient une revue surréaliste : Le Désir libertaire. Un recueil de textes audacieux, brocardant patrie, armée, famille et religion, vient d’être traduit en français. »

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Errico Malatesta : Notre programme

Article d’Errico Malatesta paru dans Le Réveil anarchiste, n° 892, 17 février 1934.

 

 

Nous donnons ici le texte de la circulaire, rédigée sur la fin de 1919 par notre camarade Malatesta et annonçant la parution du quotidien anarchiste Umanità Nova. Il nous semble fort bien résumer nos moyens et nos buts.

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Guy Germinal : Complot clérical et combat laïque

Article de Guy Germinal paru dans Noir et Rouge, n° 15-16, printemps-été 1960, p. 1-32

AVANT-PROPOS

L‘historien Michelet, plusieurs fois cité, écrivait : « La liberté du catholicisme dans un gouvernement républicain est uniquement et simplement la liberté de conspiration. »

Il peut sembler paradoxal que la bourgeoisie conspire au sein de son propre régime alors que les représentants de la classe ouvrière en sont réduits bien souvent à lutter pour une « légalité ». Le problème se résume à savoir si l’idéal révolutionnaire peut mieux se développer dans les masses au sein d’un régime de liberté qu’au sein d’un régime de dictature…

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Martine Vidal : La laïcité de l’école publique

Article de Martine Vidal paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 28, juillet-août 1959, p. 80-82

C’est la bourgeoisie qui, à la fin du XIXe siècle, a imposé la laïcité de l’enseignement public, parmi une série d’autres réformes anticléricales, à un moment où l’Eglise représentait pour elle un adversaire politique. Depuis, l’Eglise a évolué ; toujours au service de la classe dominante, elle est maintenant au service de la classe bourgeoise. L’anticléricalisme de la bourgeoisie s’est éteint et la laïcité de l’école publique est de nouveau mise en question.

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livres

Maxime Rodinson : Khomeyni et la « primauté du spirituel »

Extrait de Maxime Rodinson, L’Islam, politique et croyance, Paris, Fayard, 1993, p. 301-330


CHAPITRE XII

Khomeyni et la « primauté du spirituel »

(1979)

L’article reproduit ci-dessous se voulait une mise au point au milieu de ce qui semblait constituer un flot de divagations. En tout cas, il est encore un témoin de l’atmosphère où baignait l’intelligentsia de gauche (et parfois de droite) d’Europe et d’Amérique, au moment où la révolution abattait le chah d’Iran sous le drapeau de l’Islam chiite et dans la période qui suivit immédiatement. Il fut publié dans Le Nouvel Observateur du 19 février 1979 (n° 745, pp. 18-19).

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Edgar Morin : La révolution coloniale. III La révolution algérienne et la gauche française

Article d’Edgar Morin paru dans Arguments, 2e année, n° 10, novembre 1958, p. 27-31.

Que l’on s’entende bien. Je suis internationaliste et non nationaliste. Je ne respecte pas le nationalisme algérien comme un nationaliste éclairé respecterait un nationalisme étranger, légitime comme le sien propre. Au fait, je ne respecte rien. Ce qui mérite d’être reconnu et défendu, dans le nationalisme algérien, c’est la revendication à la dignité et l’égalité de 8 millions d’êtres humains, et c’est la condamnation d’un système colonial et raciste.

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Mohammed Harbi : Aux côtés de Rushdie

Article de Mohammed Harbi repris dans Les Cahiers d’Article 31, n° 1, premier trimestre 1990, p. 93-95 et Sous le drapeau du socialisme, n° 112-113, novembre-décembre 1989


La campagne que les islamistes de tous bords ont mené contre Salman Rushdie, les menaces qu’ils font peser sur sa vie constituent un nouvel épisode de l’assujettissement forcé des intellectuels, et au-delà d’eux, de la société au pouvoir sacerdotal.

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Messali Hadj parle de l’affaire Ben Barka, de la situation algérienne

Interview de Messali Hadj recueillie par Paul Roos, Oise Actualités, 21-22 octobre 1966.

Habitant maintenant une modeste maisonnette dans un quartier ouvrier de Lamorlaye, le leader nationaliste algérien Messali Hadj, chef du P.P.A. – qui fut, rappelons-le, le premier à réclamer l’indépendance pour l’Algérie et ce au début des années 20 – a bien voulu rompre un silence de plusieurs mois pour répondre aux questions que nous sommes allés lui poser sur deux sujets d’une brulante actualité : l’affaire Ben Barka et les dissensions au sein du gouvernement de l’Algérie d’aujourd’hui.

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De la Kanaky à l’Algérie en passant par Louise Michel

Mon dernier texte intitulé « De la Kanaky à l’Algérie en passant par Louise Michel » vient d’être mis en ligne sur le site de Middle East Eye. Lien

En voici les premières lignes :

« Trente ans après les vingt et un mort des « événements » d’Ouvéa et les accords de Matignon-Oudinot, destinés à garantir une « paix durable fondée sur la coexistence et le dialogue », les électeurs de Kanaky (Nouvelle-Calédonie) se sont prononcés, avec 56,7 % des voix exprimées et plus de 80 % de participation, contre la question suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ».

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Secrétariat Social d’Alger : La cohabitation en Algérie

Extrait des études du Secrétariat Social d’Alger, La Cohabitation en Algérie. A la recherche d’une communauté, Alger, éditions du Secrétariat Social d’Alger, 1956, p. 187-188


VI. Cohabitation et standard de vie.

L’Algérie est un pays sous-développé, pauvre, et, ce qui est plus grave, en voie de régression économico-sociale. Les causes de cette situation sont nombreuses et ne tiennent pas toutes à l’homme ; dans la perspective de la cohabitation, il convient d’en relever deux principales :

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Les amis d’Omar Khayyam : « Iran : 1 an après »

Texte des Amis d’Omar Khayyam paru dans Le Frondeur, n° 3/4, mars 1980, p. 22.

L’effondrement de l’Etat comme l’impuissance des dirigeants n’est pas toujours suffisant à rendre aux hommes leur liberté. Le Liban (dont on ne parle plus beaucoup en ce début 80) est un exemple de pays sans Etat et sans gouvernement où rien n’a changé. Bien évidement l’ordre est revenu sur les chars syriens et israéliens et la survie a repris ses droits.
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Al Bourquii : Algérie, d’un colonel à l’autre. « L’Algérie caporalisée »

Article d’Al Bourquii paru dans Spartacus, n° 13, mars-avril 1979, p. 5-6

En quinze jours, la presse et les medias auront consacré plus de place à l’Algérie qu’ils ne le firent en treize ans de régime boumedieniste. Hier il fallait jouer des pieds et des mains pour s’informer sur la situation algérienne. Aujourd’hui on sait pratiquement « tout » sur les difficultés du pays et le mécontentement de la population : crise économique, démographique, faillite de la réforme agraire, maigre bilan de la politique d’industrialisation.
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Asselin : Sorcières iraniennes

Article d’Asselin paru dans La Gueule ouverte, n° 253, 21 mars 1979, p. 20.

La radio ? J’écoute pour savoir l’heure. Entre deux tops, j’entends des choses. Entre autres, on me dit d’un ton roucouleur que le Tchador (deuxième mot de l’iranien assymil après l’anapurnah-Khomeiny) n’est en fait qu’un cache-misère. Vous voyez : le genre blouse grise qu’on avait tous à l’école publique pour que s’efface la différence de classe. C’est aussi, comme à l’armée, l’uniforme, l’unique forme, qui unifie et vous fait pareil. Luxueusement pareil.

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Contre l’explosion prolétarienne, la bourgeoisie algérienne assassine, l’impérialisme approuve

Article paru dans Le Prolétaire, n° 398, octobre-novembre 1988, p. 1-2


Les émeutes qui ont enflammé durant une sanglante semaine une bonne partie du pays ne se réduisent pas à un « coup de fièvre de la jeunesse », mais sont l’expression d’un mouvement social aux origines indiscutablement prolétariennes (1).

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Paul Gilroy : Black Fascism

Article de Paul Gilroy paru dans Transition, No. 81/82 (2000), p. 70-91


In 1938 C. L. R. James wrote that « all the things that Hitler was to do so well later, Marcus Garvey was doing in 1920 and 1921. He organized storm troopers, who marched, uniformed, in his parades, and kept order and gave colour to his meetings. » James later abandoned this prewar analysis, but his words evoke controversial questions about Garvey’s Universal Negro Improvement Association (UNIA). Did Garvey’s ideology of race consciousness incline him toward fascism ? Or was his sympathy for European dictators grounded in their practical achievements, as with his enthusiasm for Napoleon ? More important, was Garvey’s militaristic leadership kindred to the techniques of rule fascists developed in Italy and Germany ?

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Mémoires torturées – Maurice Audin et les fantômes de la guerre française en Algérie

Mon dernier article intitulé « Mémoires torturées – Maurice Audin et les fantômes de la guerre française en Algérie » vient de paraître dans le mensuel de critique et d’expérimentation sociales CQFD, n° 169 (octobre 2018).

En voici la présentation par le journal :

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André Adam : Chronique sociale et culturelle (Algérie)

Extrait de l’article d’André Adam, « Chronique sociale et culturelle »,  paru dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord, Vol. 3, 1964, p. 184-188

4. – LE PROBLEME DE LA FEMME

Encore un débat qui n’est pas près de s’achever ! N’allons pas nous imaginer que, dans cette affaire de l’émancipation de la femme algérienne, tous les vieux soient contre et tous les jeunes pour. Les choses ne sont pas aussi simples. L’Union algérienne des centres de vacances a organisé à Alger une série de débats entre lycéens des classes de seconde, première et terminales sur le problème de la « mixité », dont le compte rendu a paru dans Alger républicain des 18 à 21 février. Nombre de ces jeunes gens sont fort lucides. Il faut, dit l’un, pour que la mixité soit possible, « une reconversion des esprits et de la mentalité ».

Nous sommes nous-mêmes marqués par le passé, dit un autre, nous sommes tous des hypocrites et nous nous gargarisons de grands mots, mais, dès que nous sommes avec une femme, nous la considérons comme un simple instrument de plaisir. Certains veulent appliquer rigidement les « principes de l’Islam » : le voile est une nécessité, le supprimer, c’est « ouvrir la porte à la débauche ». « C’est la religion qui nous retient, répond un autre, comme un boulet retient un forçat… Il faut réhabiliter la femme aux yeux de l’homme… Il faut un changement total de notre conduite envers les filles »… Nous devons comprendre que plus que jamais la femme est nécessaire pour donner un supplément d’âme, de cœur à notre société ».

Dans le « courrier des lecteurs » des divers journaux continue de se déverser l’indignation des puritains contre les filles fardées, aux ongles teints et aux jupes courtes, qui sortent avec les garçons et dansent le twist et le rock-and-roll (A les lire, le « twist » serait la grande occupation de  la jeunesse algérienne). Ils trouvent des contradicteurs, cela va de soi. Mais ce qui retient davantage l’attention de l’observateur, ce sont les nombreuses lettres de jeunes filles et de jeunes femmes qui sortent pour travailler au lycée, au magasin ou au bureau, et qui ne peuvent faire cent mètres seules dans la rue sans être harcelées par des hommes (qui ne sont pas tous des jeunes gens, ajoute l’une). Les « dragueurs » paraissent être légion sur les trottoirs d’Alger [9].

Autre aspect de la crise à laquelle donne lieu l’évolution de la femme, le problème du mariage. Beaucoup de jeunes filles sont données en mariage – « vendues » serait plus exact, car le père touche la dot, – contre leur gré. « Laissez-nous choisir », s’écrient des lycéennes dans l’hebdomadaire Jeunesse (13-11), qui rapporte plusieurs cas de suicide ou de tentatives de suicide. Selon Alger républicain (14-2), 175 Algéroises auraient tenté de se suicider depuis un an pour  échapper au mariage imposé par leur famille.

 

Une proposition de loi présentée par Mme Fatima Khemisti, veuve du Ministre des affaires étrangères assassiné, et votée par l’Assemblée nationale, a fixé un âge minimum du mariage, 16 ans. Mme Khemisti, dans une interview à Jeunesse (13-11), déclare qu’elle aurait souhaité que cet âge fût le même que celui de la majorité civile, « étant donné que la capacité de contracter mariage requiert la même maturité d’esprit que le droit de vote ». Elle a reculé devant les préjugés qu’elle aurait dû affronter. Un des articles les plus importants de la nouvelle loi est l’article 3 qui exige formellement le consentement des deux époux ou de leurs représentants légaux et officialise l’acte de mariage puisqu’il doit être transcrit sur les registres de l’état-civil. Cette disposition devrait mettre fin aux mariages bel fatha, qui permettent tous les abus. Mme Khemisti ne se fait pas d’illusion : « vu les structures sociales existantes »,  ce douloureux problème n’est pas encore résolu. Les femmes ont des droits – théoriques, – elles doivent maintenant « œuvrer pour la création d’un climat qui permette l’exercice des droits qu’elles possèdent ».

 

Le divorce donne lieu également à des situations de grande inégalité entre l’homme et la femme. Révolution africaine a publié sur le sujet une enquête d’un vif intérêt (26-12-64 et 2-1-65), menée auprès de magistrats algériens. En attendant la promulgation de nouvelles lois, la matière est régie par le droit coranique (rite malékite) et par les textes français : ordonnance du 4 février et décret du 17 septembre 1959. Ceux-ci apportent au droit musulman un correctif considérable : « Le mariage n’est dissous que par décision de justice », ce qui supprime la simple répudiation. Mais le mariage peut être dissous « quand le juge, saisi de la volonté unilatérale du mari de dissoudre le mariage, prononce cette dissolution », alors que la volonté unilatérale de la femme n’est pas un motif valable de divorce. Le pouvoir des juges est donc immense. Certains déboutent systématiquement les demandes injustifiées ; d’autres, au contraire, respectueux du droit musulman, considèrent qu’en matière de divorce la volonté du mari demeure souveraine. Les magistrats ne voient pas de contradictions ni d’incompatibilités entre système musulman et système français et estiment possible une législation spécifiquement algérienne « qui puiserait son inspiration aux sources mêmes de l’Islam sans pour autant sacrifier les concepts modernes introduits en Algérie par les textes de 1959 ».

Mais il y a, selon la même enquête, un grand décalage entre la loi et son application. Bien que les répudiations soient interdites, elles continuent et paraissent bien être aussi nombreuses, sinon plus, que les divorces judiciaires. Il y a aussi les séparations de fait, les abandons de famille. La femme ignore ses droits, elle répugne encore à porter plainte. Quand la justice est saisie, elle est lente. La femme se décourage, surtout si elle est pauvre. Même quand il y a divorce, les pensions ne sont pas souvent payées : « C’est dans tous les pays pareil, dit une assistante sociale. Si l’époux ne veut pas payer, il ne paie pas ». On le met en prison, « çà ne donne pas à manger aux enfants », etc. Sociologiquement, la femme reste en situation de faiblesse.

Les dissolutions de mariage, légales ou non, ont augmenté depuis l’indépendance. Le grand branle-bas de la guerre y est pour quelque chose et aussi l’exode des ruraux vers les villes. Presque tous les juges interrogés par l’enquêteur estiment que le nombre des divorces s’accroît « à mesure que l’on descend l’échelle sociale ». Il est aussi plus élevé dans les villes que dans les campagnes. Ici, la pression de l’opinion publique, de la famille, du village, de la tribu fait souvent reculer l’homme devant une répudiation injustifiée. Là, le couple est le plus souvent séparé de la famille et perdu au milieu d’inconnus, d’indifférents qui n’exercent sur lui aucune influence.

Le nombre des divorces demandés par les femmes augmente, dans les villes du moins, ce qui prouve que la femme commence à connaître ses droits. Mais, elle est encore en état d’infériorité, sauf si elle travaille et n’a pas d’enfant. Sinon, elle doit être assurée, pour demander le divorce que la famille est prête à la recueillir et à l’entretenir. Le mari peut obtenir la séparation s’il démontre que sa femme est coupable d’inconduite notoire. Certains juges acceptent trop aisément des «preuves» telles que : « on l’a vue dans la rue avec un homme ». Ici non plus, la partie n’est pas égale.

« C’est en fait l’enfant qui est condamné », conclut l’enquêteur. Et le juge des enfants estime que 9 sur 10 des jeunes délinquants ont eu à souffrir du désaccord ou de la séparation des parents.

Le nombre des divorces augmente particulièrement chez les jeunes couples, entre 18 et 25 ans. C’est que, explique un juge, dans le système traditionnel, l’homme seul exprimait sa volonté de dissoudre le mariage. Aujourd’hui, avec le « modernisme », une deuxième volonté, celle de la femme, peut se manifester. Les jeunes couples qui divorcent sont moins des couples à l’européenne que des couples « à cheval » sur le mode de vie européen et le mode traditionnel. Le « modernisme » affiché du mari ne résiste pas longtemps aux revendications de la jeune épouse. Et celle-ci, qui a été élevée en vase clos et brusquement « émancipée », n’est pas toujours à la hauteur de ses toutes fraîches responsabilités.

*
**

En dépit des cris d’alarme – et des coups de frein – des conservateurs, les responsables continuent de prôner la libération de la femme, sans se faire d’illusions pour autant sur l’aridité de la tâche. Le programme du F.L.N. (16 avril 1964), après avoir rappelé sur ce point les principes affirmés dans le programme de Tripoli, ajoute : « Le parti ne peut se limiter à de simples affirmations, mais doit rendre irréversible une évolution inscrite dans les faits en donnant aux femmes des responsabilités en son sein. Mais aujourd’hui encore le poids du passé risque de freiner l’évolution dans ce sens. Il faut réaffirmer ces principes essentiels… cette action devant nécessairement être longue, étant donné le niveau actuel de la société algérienne ». La charte d’Alger veut « inscrire dans les faits l’égalité de l’homme et de la femme ».  Pour cela, « la femme algérienne doit pouvoir participer effectivement à l’action politique et à la construction du socialisme en militant dans les rangs des organisations nationales et en y assurant des responsabilités ». Le président Ben Bella reprenait ce thème dans son discours au congrès du F.L.N. : « Il ne s’agit pas pour nous de mettre seulement la femme sur un pied d’égalité avec l’homme sur le plan du droit, il faut aussi et surtout la faire participer pleinement à tous les aspects de la vie… L’U.N.F.A (Union nationale des femmes algériennes) doit… devenir une force vivante, animée par des militantes jeunes, des travailleuses de la campagne et de la ville à la lutte systématique contre les préjugés sociaux qui tendent à faire de la femme un être mineur ».

Nous ne savons pas si cela changera, mais il ne semble pas que jusqu’ici les hommes, même les « révolutionnaires conscients », aient fait beaucoup d’efforts pour appeler et admettre à leurs côtés des femmes dans les organisations politiques et syndicales. M. Amar Ouzegane (R.A., n° 98) déplore « avec amertume » l’absence de femmes dans les congrès ouvriers et dans les directions élues, dans la commission exécutive des étudiants et même dans les cellules du Parti, certaines, à Alger même, ayant refusé de les admettre. A Oran, on a créé des cellules de femmes. Dans toute l’Algérie, on ne trouve qu’une seule femme élue à un comité de gestion. L’U.N.F.A elle-même ne semble pas réunir des foules. La presse annonçait comme un succès que 300 femmes participent le 25 juin au meeting d’EI-Biar, à Alger.

« Les militantes jeunes « , dont parlait M. Ben Bella, devraient avoir plus d’enthousiasme et se libérer plus aisément du poids du passé. Si l’on en juge par la lettre publiée dans le n° 3 du Jeune algérien, organe central de la jeunesse du F.L.N., on serait bien loin du compte : « Pourquoi la jeune fille du F.L.N. n’existe-t-elle pas ? » demande cette militante. « Que veut dire l’absence… de celles qui connaissent la J.F.L.N. et qui n’y sont plus ? » Et l’absence de toutes celles qui n’y sont jamais venues et n’en manifestent pas la moindre envie ?

L’auteur de la lettre ne donne pas de réponse à ses questions. Faut-il en chercher une dans ce que EI-Djeïch, l’organe de l’A.N.P., dénonce dans son n° 13 (mai 64) comme « le poison hebdomadaire », c’est-à-dire la presse du cœur ? « En pays capitaliste, cette presse très spéciale, écrit le rédacteur, répond à un objectif précis des classes exploiteuses : détourner les femmes de prolétaires du combat de la classe ouvrière en répandant chez elles une conception  du monde n’ayant aucun rapport avec la réalité ». L’enquête menée par le  journal montre qu’une seule agence de messageries d’Alger diffuse 60 000 exemplaires de cette presse par semaine. « Il est permis de supposer que la diffusion pour le pays atteint au minimum le double ». Et de demander l’interdiction de cette presse. Mais les « femmes de prolétaires » ne sachant pas lire, on doute que ce soit la raison pour laquelle les Algériennes ont si peu de goût pour « militer ».

 


[9] Voir l’article de Rachid BENATTIA, dans Révolution africaine du 13 juin 1964.
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Daniel Guérin : L’histoire et les révolutionnaires

Texte de Daniel Guérin paru dans Front libertaire des luttes de classe, n° 83, 25 janvier 1978, p. 13-14

Voici le texte de notre camarade Daniel Guérin qui figure en tête d’un recueil qui vient de paraître aux Editions Martinsart (72, bd. de Sébastopol – Paris II). Ce recueil fait partie d’une série de huit volumes reliés, intitulés « Les Grands Révolutionnaires ». Ils ne sont pas en vente en librairie et ne peuvent être acquis que par souscription. C’est pourquoi nous avons jugé utile en détacher des extraits de la préface qui suit.

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André Adam : Chronique sociale et culturelle (Algérie)

Extrait de l’article d’André Adam,  « Chronique sociale et culturelle », paru dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord, Vol. 3, 1964, p. 176-180.


2. – LA RELIGION

 

De tous les débats engagés depuis l’indépendance sur l’Algérie nouvelle, sur « la personnalité algérienne » et sur « la culture algérienne », l’Islam n’a jamais été absent. Mais l’année 1964 se caractérise par une réaction religieuse particulièrement vive, trop profonde et trop forte en tout cas pour que le régime ait voulu courir le risque de la cantonner dans l’opposition.
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Iran, la révolution reste à faire

Article signé M. H. paru dans Front libertaire des luttes de classe, n° 109, 23 avril 1979, p. 8

Jeudi 22 mars. La Mutualité. Kate Millett à son retour d’Iran. Elle parle du mouvement des femmes là-bas, manifestations autonomes des femmes… autonomes par rapport aux partis et groupes politiques… pour leurs droits… pour leurs droits seuls… pour que « l’autre » moitié du monde ait le droit d’exister, elle aussi… des milliers de femmes dans les rues… manifestations entièrement spontanées (Kate Millett a tant insisté là-dessus !), manifestations tellement attaquées, donc tellement dangereuses pour le pouvoir ! (pour le pouvoir en place et pour celui des « révolutionnaires » mâles !).

Attaquées au couteau par des individus pour la plupart du lumpenprolétariat, des fanatiques du Coran, manipulés par la bourgeoisie… attaquées verbalement par les « gens de gauche » qui leur reprochent de « diviser » le mouvement (vous n’avez pas l’étrange impression d’avoir déjà entendu ce genre de reproche quelque part ?). Les « camarades révolutionnaires » iraniens demandent – on pouvait s’y attendre – une fois de plus aux femmes de se calmer, de patienter, de faire d’abord la révolution…, ensuite on s’occupera d’elles. C’est banal, c’est triste, c’est du déjà vu. Mais ça n’arrête pas les féministes iraniennes.

 
Après une semaine de manifestations, leur mouvement entre dans une deuxième phase : celle de l’organisation. Elles forment alors, selon Kate Millett, des « comités tournants » (?) « sans bureaucratie, sans hiérarchie, sans personnalité publique », de type « anarchiste ». La répression est extrêmement dure : non seulement elles doivent faire face aux agressions pendant les manifestations, mais les « milices » (citoyens armés par les comités de leurs quartiers et chargés de faire régner l’ordre) quittent les manifestations – qu’ils doivent normalement protéger, encadrer – dès que les femmes sont attaquées. Par ailleurs, ces milices quadrillent toutes les rues de Téhéran et à toute heure du jour et de la nuit, arrêtent tous les individus et véhicules de leur choix, les font mettre contre le premier mur venu, et peuvent aussi bien les relâcher un peu plus tard que les abattre à la mitraillette s’ils leur semblent suspects (en plus, ils possèdent des mitraillettes depuis fort peu de temps et ne savent pas tous très bien s’en servir). Bref, c’est la démocratie, c’est la révolution, c’est la joie, Le tyran est abattu, hourrah !
Pour ceux qui sont portés à minimiser tout ce qui vient des femmes, il est bien évident que ces femmes ne luttent pas seulement pour avoir le droit de sortir dans la rue sans « chador » mais qu’elles réclament tout bonnement l’égalité avec les hommes et la liberté. (Même si le port du chador est très significatif, très symbolique de l’oppression des femmes : comme le disait Kate Millet, la femme étant la propriété de son mari ou de son père, elle ne doit pas montrer son visage ou son corps qui ne doivent être vus que de leur propriétaire ! On en revient toujours aux mêmes conclusions : la pudeur féminine inventée pour perpétuer la propriété des hommes sur les femmes, la répression du viol, par l’État, instituée pour punir un vol !).

 

Revenons aux manifestations des femmes. Elles n’ont pas droit à une grande publicité, en Iran, Pas une seule photographie n’a été prise par la presse iranienne! Silence total pendant longtemps à la télévision, puis un beau jour, débat sur la question. Évidemment, les invités étaient tous des détracteurs des féministes, Kate Millet a d’ailleurs dit que la grande manifestation de femmes réclamant soit-disant de porter le chador n’était pas une manifestation appelée sur des mots d’ordre anti-féministes. Elle était bien sûr complètement manipulée par les chefs religieux et était destinée à soutenir le grand responsable de la télévision, à soutenir la censure à la télévision. Cela dit, il n’est pas étonnant que ces femmes – comme par hasard – aient porté le chador ! On est réactionnaire ou on ne l’est pas ! Il est intéressant de se demander pourquoi la presse occidentale a fait passer cela pour une manifestation anti-féministe. Pour finir sur une note d’espoir, il faut dire qu’il y avait des hommes aux manifestations féministes, des hommes de toutes classes d’ailleurs. Kate Millet a dit qu’ils se donnaient la main, formaient des chaînes qui entouraient la manifestation. Ce geste ne devant pas être interprété comme du paternalisme, de la protection bienveillante (le dernier stade de la phallocratie), mais plutôt comme une preuve de réelle solidarité. C’est-à-dire que pour ces hommes, la liberté des femmes vaut bien le risque de prendre des coups de couteau. Ils ont voulu partager ce risque, Kate Millet était toute émue en en parlant et elle a dit : « Ces hommes n’étaient pas des sympathisants tièdes. C’étaient de vrais camarades ! ».

 

Il est nécessaire de dire que cette révolution qui a remplacé un tyran politique par un tyran religieux – cette révolution basée sur le Coran -, cette révolution qui exalte la différence de culture, la différence… ou la supériorité ? de l’Islam, la fierté patriotique du peuple, cette révolution qui soumet les prolétaires à des nouveaux chefs, à une nouvelle armée, a des milices de type fasciste (tout le monde peut en faire partie, mais tout le monde peut en être victime !) a un nouveau gouvernement; cette révolution qui fusille ou lapide les homosexuels, assimilés à des violeurs (les « victimes » sont flagellées), cette révolution qui refuse aux femmes le droit de se libérer de la tyrannie des hommes… cette révolution n’est une révolution qu’au sens le plus mathématique du terme : un tour sur soi-même et on revient au même point, Il ne faut pas mythifier le prolétariat iranien, complètement soumis dans sa majorité à l’idéologie dominante, à cette idéologie d’esclaves. La révolution, la vraie, la révolution libertaire, reste entièrement à faire !

 

M. H., militante OCL Paris
 
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livres

Maurice Clavel : Le jardin de Djemila

Extrait de Maurice Clavel, Le jardin de Djemila, Paris, René Julliard, 1958, p. 19-22

CHRONIQUE

 

Paris, février-avril 1957

I

J’avais quelques amis au Mouvement National Algérien et je m’en méfiais plaisamment : trop français. En eux semblaient revivre nos vieux révolutionnaires, dont il ne reste plus les noms que dans quelques rues vastes et laides, métros aériens, cœurs désuets : Barbès, Blanqui – ces gens qui ont peu agi dans leur siècle, ayant passé en prisons bourgeoises trop de leur vie, sans rien semer plus loin, la liberté s’étant faite science et police. Mes amis étaient une résurrection étrange, d’un naturel que le dépaysement accusait.

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presse

Entretien avec un libertaire iranien

Entretien paru dans Front libertaire des luttes de classe, n° 105, 26 février 1979, p. 2-5


FL – Tu te revendiques comme anarchiste. Tu es Iranien et tu penses qu’actuellement, de par le fait que tu es anarchiste, cela ne sert à rien de retourner, pour toi, en Iran ?
R – Non, je ne dis pas que cela ne sert à rien, c’est-à-dire que pour retourner en Iran, il faut être au moins un groupe ; individuellement, mon action n’aurait pas une grande portée en Iran parce que je me retrouverais seul. La situation n’est pas claire, on ne sait rien, on ne sait pas si le régime va tenir ses promesses et s’il y aura un climat de liberté en Iran pour qu’on puisse mener une action, pour qu’on puisse faire une propagande réelle, introduire des idées anarchistes au sein des Iraniens
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presse

Claude Devilliers : Algérie. Vingt ans après l’indépendance

Article de Claude Devilliers paru dans Inprecor, n° 138, 6 décembre 1982, p. 27-31


Museler le mouvement de masse et avancer prudemment vers une « libéralisation économique » sont les deux piliers de la politique de Chadli Benjedid

IL y a vingt-huit ans, le 1er novembre 1954, les premières actions du Front de libération nationale (FLN) marquaient le début du soulèvement armé algérien contre le colonialisme français. Au terme d’une longue guerre de libération, le 3 juillet 1962, l’Algérie arrachait son Indépendance. Le peuple algérien avait payé cette victoire au prix fort : un million de morts, 400 000 détenus, 300 000 réfugiés, et plus de 3 millions de personnes déplacées. Toute la population algérienne avait été touchée et brassée par la tourmente.

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revues

Trends in Arab Thought: An Interview with Sadek Jalal al-Azm

Entretien de Sadik Jalal al-‘Azm par Abu Fakhr, Journal of Palestine Studies, Vol. 27, No. 2 (Winter, 1998), p. 68-80.

Abu Fakhr: You have stated that one of the errors of the Left was that it neglected the importance of civil society, democracy, human rights, secularism, and so on. At present, many are giving up the mantle of Marxism and enlisting in the ranks of the secularists as though they believed secularism could serve as a shield against religious fundamentalism [salafiyya]. Where do you believe we are headed in the near future?

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Chafia : Algérie… Mots d’amour…

Article de Chafia paru dans Oiseau-tempête, n° 4, hiver 1998, p. 34


ON NE MESURE PAS ENCORE, aujourd’hui, les traumatismes qu’a subis la société algérienne durant les années de spoliation coloniale et les sept années de guerre contre la puissance française. Et lorsque les médias français réduisent, depuis des années, l’Algérie à cette autre guerre plus récente, ignorant délibérément le refus d’un peuple de soutenir l’un ou l’autre camp, niant les résistances sociales contre les plans d’une bourgeoisie insolente aujourd’hui et plus pressée aussi d’en découdre avec les « gueux », on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une épuration d’une mémoire coupable. Comme si les atrocités d’aujourd’hui effaçaient celles d’hier, inscrivant la violence dans les gènes d’un peuple… On construit les murs que l’on peut contre l’histoire quand elle accuse.

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publications

Pascal Delwit : Les gauches radicales en Europe. XIXe-XXIe siècles

Ma recension du livre de Pascal Delwit, Les gauches radicales en Europe. XIXe-XXIe siècles (Bruxelles, éditions de l’Université de Bruxelles, 2016), vient d’être publiée sur le site de la revue de sciences sociales Émulations.

En voici les premières lignes :

« Pascal Delwit, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles et auteur de nombreuses études sur les partis politiques, propose un ouvrage volumineux qui porte sur les organisations de la « gauche radicale » en Europe.

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Remarques sur les massacres en Algérie

Article de J. C. publié dans Echanges, n° 86, janvier-mars 1998, p. 46-50

L’horreur des massacres en Algérie amène à en chercher la raison. Deux thèses principales s’affrontent : première thèse, l’horreur aurait comme cause le fanatisme religieux ; deuxième thèse, l’horreur aurait comme cause un complot, les massacres étant commis de cette façon·là par des membres de la police ou de l’armée algérienne pour faire apparaître l’ignominie du camp islamiste, et pour empêcher ainsi toute solution négociée avec les islamistes.
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Sadik Jalal al-‘Azm : Palestinian Zionism

Article de Sadik Jalal al-‘Azm paru dans Die Welt des Islams, Nr. 1/4 (1988), p. 90-98.


A basic maxim of Marxist socio-political analysis states that similar infrastructural conditions tend to produce similar superstructural phenomena. Some of us who have been in close and protracted contact with the Palestine Liberation Organization (PLO), (particularly with its political militants, higher cadres and more outspoken ideologues), certainly have sensed something of the importance of this maxim, not as an abstract principle but as a concretely lived series of organically developing situations, ideas and experiences. I am referring, here, to the Palestinian comparisons drawn between the modern Jewish and Palestinian diasporas and the superstructural (particularly political) phenomena generated by them.

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publications

De la précarité en milieu universitaire

Mon dernier article intitulé « De la précarité en milieu universitaire » vient de paraître dans La Révolution prolétarienne, n° 802 (septembre 2018), p. 5-7.

En voici les premières lignes :

« Le trimestriel Frustration – partenaire du « nouveau média télévisuel engagé » Le Média, proche de la France insoumise – a évoqué la question de la précarité des enseignants de l’université. S’adressant aux étudiants, le magazine annonce : « Une grande partie de vos enseignants sont des doctorants qui galèrent sur leur thèse et enchaînent des CDD d’un an ou des vacations (souvent payées une fois tous les six mois) ».

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Messali Hadj : Message de sympathie à l’assemblée générale du cercle Zimmerwald à Paris

Message de Messali Hadj publié dans La Révolution prolétarienne, n° 381, février 1954, p. 30.

Chers camarades,

Je profite de cette magnifique occasion pour envoyer à l’assemblée générale du cercle Zimmerwald parisien mes souhaits de réussite et aussi toute ma sympathie et mon amitié.

Je le fais avec d’autant plus de plaisir qu’il y a à la direction de cette tribune internationale des figures parfaitement sympathiques que j’ai eu l’honneur de connaître dans ma vie de vieux militant. Certaines d’entre elles sont venues tout près de moi, au moment de la répression, pour me manifester et leur solidarité et leur concours.

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Arno Schmitt: « Gay Rights versus Human Rights: A Response to Joseph Massad »

Article d’Arno Schmitt paru dans Public Culture, Vol. 15, No 3, Fall 2003, p. 587-591.

Joseph Massad’s article “Re-Orienting Desire: The Gay International and the Arab World” (Public Culture 14 [spring 2002]: 361–85) is a strange concoction. Although ostensibly against the Gay International (GI) and its view that always and everywhere there are gays waiting to be freed by U.S. organizations, Massad attacks scholars who oppose this assumption. To justify his attacks he distorts our writings.

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Jean-Paul Finidori : Lettre d’Alger

Lettre de Jean-Paul Finidori parue dans La Révolution prolétarienne, n° 103, mars 1956, p. 3

Dans les trois semaines que je viens de vivre ici, j’ai eu l’occasion de me rendre compte qu’un choc terrible – entre les deux communautés : arabe et européenne – est inévitable.

 

L’insécurité est totale dans l’intérieur du pays. A quand le tour des villes, même côtières ? La pression des « rebelles » est si forte que les Européens seront obligés de se battre, s’ils ne veulent pas être jetés à la mer. Or les Européens, enracinés en Algérie depuis bien plus longtemps qu’en Tunisie et au Maroc, considèrent que l’Algérie est leur chose, sans aucune réserve. Ils se battront résolument, car le privilège n’exclut pas le courage. Quant à celui des Arabes, on le connaît ; il n’est pas inférieur.
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Adolph Reed, Jr. : « Scientistic Socialism: Notes on the New Afro-American Magic Marxism »

Article d’Adolph Reed, Jr. paru dans Endarch. A Journal of Theory, Issue 1, Fall 1974, p. 21-39


Three years ago, after the Black Panther Party had recanted and returned to the Baptist Church, the only self-styled ‘Marxist political tendency to be found on this side of the veil was that embodied in the Black Workers Congress which, according to its somewhat generous self-assessment, was not only ‘Marxist-Leninist’ but ‘Maoist’ as well. Every other tendency among black people was hostile to Marxism. The arguments scarcely need to be recalled : « Marx and Engels were Europeans; what can racist Europeans have to say that is useful to us? » « Why do you have to depend on the white man for your ideology; can’t we develop something new of our own? » etc. Of course there was also a great deal of red-baiting going on and even more self-righteous posturing.
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Lettres sur l’Algérie (comités de gestion)

Lettres publiées dans Informations Correspondance Ouvrières, n ° 27, mars 1964, p. 17-21.

ALGERIE :
A la suite des deux lettres publiées dans le N° 25 et d’une brève réponse figurant dans le N° 26, nous avons fait quelque mises au point et reçu d’autres réponses. C’est ce dossier que nous publions intégralement, malgré sa longueur. Si le débat s’élargissait, nous envisagerions une brochure centrée sur les comités de gestion.

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Vivek Chibber : « Capitalism, class and universalism: Escaping the cul-de-sac of postcolonial theory »

Article de Vivek Chibber paru dans Socialist Register, Vol. 50, 2014, p. 63-79.

After a long, seemingly interminable hiatus, we appear to be witnessing the re-emergence of a global resistance to capitalism, at least in its neoliberal guise. It has been more than four decades since anti-capitalist movements exploded with such force on a global scale. To be sure, there were tremors every now and then, brief episodes that temporarily derailed the neoliberal project as it swept the globe. But not like that which we have witnessed in Europe, the Middle East and the Americas over the past two years. How far they will develop, how deep will be their impact, it is still impossible to predict. But they have already changed the complexion of left discourse. Suddenly, the issue of capital and class is back on the agenda, not as an abstract or theoretical discussion, but as an urgent political question.

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A propos des lettres d’Algérie

Textes parus dans Informations Correspondance Ouvrières, n° 26, février 1964, p. 15-16

A la suite de la publication de deux lettres de camarades d’Algérie (ICO N° 25 – Janvier 64) nous avons reçu la lettre suivante d’un camarade de France :

« Je ne peux lire sans consternation le passage de la lettre d’Algérie page 14, où l’on dit que le « départ des français est plutôt une catastrophe… et les paysans préféreraient travailler pour des européens que pour des comités de gestion ! « 

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Sadik Jalal al-‘Azm : Orientalism and orientalism in reverse

Article de Sadik Jalal al-‘Azm paru dans Khamsin. Journal of Revolutionary Socialists of the Middle East, 8, 1981, p. 5-26

PART I. ORIENTALISM

In his sharply debated book, (1) Edward Said introduces us to the subject of ‘Orientalism’ through a broadly historical perspective which situates Europe’s interest in the Orient within the context of the general histori­cal expansion of modern bourgeois Europe outside its traditional con­fines and at the expense of the rest of the world in the form of its sub­jugation, pillage, and exploitation. In this sense Orientalism may be seen as a complex and growing phenomenon deriving from the overall historical trend of modern European expansion and involving: a whole set of progressively expanding institutions, a created and cumulative body of theory and practice, a suitable ideological superstructure with an apparatus of complicated assumptions, beliefs, images, literary pro­ductions, and rationalisations (not to mention the underlying founda­tion of commercial, economic and strategic vital interests). I shall call this phenomenon Institutional Orientalism.

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Lettres d’Algérie

Lettres parues dans Informations Correspondance Ouvrières, n° 25, janvier 1964, p. 12-15

Nous ouvrons ici, avec deux lettres de camarades partis comme enseignants en Algérie un dossier et un débat sur la réalité algérienne et sur la société prétendue par certains « socialiste » qui prend la place de la société de type colonial.

Si l’on reprend toute la collection d’ICO on peut voir que nous n’avons jamais eu d’illusions sur ce que serait « l’indépendance » algérienne et que nous avons essayé d’analyser, notamment par des critiques de livres ce que sont les structures politiques et sociales des pays dits « sous-développés » (ou tiers-monde), pays placés dans la compétition impérialiste URSS-USA, et par voie de conséquence, aux prises avec une classe dirigeante qui tend à donner aux problèmes économiques et sociaux les solutions qui maintiennent sa domination et accroissent sa puissance.

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Assef Bayat : « Shariati and Marx: A Critique of an « lslamic » Critique of Marxism »

Article d’Assef Bayat paru dans Alif. Journal of Comparative Poetics, n° 10, 1990, p. 19-41

[1]

Many have described Ali Shariati as the « ideologue » or the « architect » of the Iranian Revolution of 1979 (1). He has been represented as both an intellectual, who from a radical Islamic viewpoint, offered a vigorous critique of Marxism and other « Western fallacies » (2), and as a reformationist Islamic writer who was simultaneously « influenced by Marxist social ideas » (3).

There is little disagreement on Shariati’s role in transforming and refining the ideological perspective of millions of the literate Iranian youth. Shariati provided his audience with a firm and rigorous ideological means, by re-interpreting Islam through « scientific » concepts employed by the modern social sciences, an interpretation which the traditional Islamic clergy were incapable of formulating.

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Le P.C.F. et le mythe du « socialisme » benbelliste

Article paru dans Le Prolétaire, n° 28, janvier 1966


Dans une résolution adoptée après le coup d’Etat de Boumedienne, le C.C. du P.C.F. déclarait : « Le comité central, en se gardant de toute ingérence dans les affaires intérieures de l’ Algérie, constate que la Constitution a été violée et qu’un coup sérieux a été porté à la cause algérienne, ainsi qu’au mouvement de Libération nationale des peuples ». Ne nous étonnons pas de ce « respect » du P.C.F. pour une Constitution typiquement bourgeoise, ni de ses protestations de « non-ingérence ». Cela répond parfaitement au légalitarisme qu’il affiche depuis des dizaines d’années. Ne nous étonnons pas davantage qu’il déplore la chute d’un pouvoir qui, en novembre 1962, décrétait la dissolution du « Parti communiste d’Algérie », c’est-à-dire d’un parti-frère : Moscou n’avait-elle pas accueilli le « socialiste » Ben Bella comme un « ami », un « camarade » et comme » « le plus grand révolutionnaire d’Afrique » ? On n’est pas plus royaliste que le roi… Mais voyons quelle est donc cette « cause algérienne » que le P.C.F. juge si gravement compromise. Pour nous qui avons déjà vu Ben Bella l’invoquer contre les dockers algérois en grève, les choses sont claires : ça n’était plus la cause d’un mouvement révolutionnaire, mais une raison d’Etat, un principe d’ordre bourgeois, et dès lors, un Boumedienne est à priori tout aussi indiqué qu’un Ben Bella pour la défendre et l’illustrer. Mais le P.C.F., lui, ne croit pas aux faits : il croit aux mots ; pour lui, le « programme » du benbellisme est, et reste celui de la Charte d’Alger, approuvé en avril 1964 au 1er Congrès du F.L.N. : « ne pas laisser compromettre la victoire historique sur l’impérialisme et mettre en cause l’option socialiste » « assurer dans la liberté le développement de l’Algérie nouvelle, démocratique et progressiste ». C’est sa phrase socialiste, qui attache le P.C.F. au souvenir du benbellisme. Ce que valait cette phrase, nous allons le voir.

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L’évolution des Black Panthers

Article paru dans Informations Correspondance Ouvrières, n° 118, juin 1972, p. 19-21


(d’un camarade des U.S.A. – 2/72)

DU FUSIL A LA CHARITE ORGANISEE

Les Black Panthers ont tourné une page de leur courte, mais tourmentée histoire. Dans une interview accordée au National Observer (12 février) Huey Newton, leader et fondateur du parti, a solennellement défini la nouvelle politique de son organisation : « Nous avons abandonné les discours sur le pouvoir du fusil ; ils nous ont coûté environ 40 morts et ont envoyé des centaines des nôtres en prison. Notre but est maintenant d’organiser les quartiers noirs politiquement. Cela demande de l’argent et nous avons eu à trouver la bonne tactique ».
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Paul Thibaud et Pierre Vidal-Naquet : « Le combat pour l’indépendance algérienne : une fausse coïncidence »

Entretien de Paul Thibaud et Pierre Vidal-Naquet,  « Le combat pour l’indépendance algérienne : une fausse coïncidence », propos recueillis par Daniel Lindenberg et Olivier Mongin, Esprit, janvier 1995, p. 142-152.

PIERRE VIDAL-NAQUET – J’ai jadis, dans Vingtième Siècle, proposé une tripartition des engagements intellectuels durant la guerre d’Algérie.
Il y avait d’abord ceux que j’appelle les « dreyfusards » — en disant cela, je ne me pose pas personnellement en pur dreyfusard —, c’est-à-dire ceux qui parlaient du salut éternel de la France. Il y avait ensuite les « bolcheviques » qui voyaient la Révolution algérienne à l’image de la Révolution d’octobre : pour eux le mouvement révolutionnaire était indissociable d’un parti jacobin qui devait en incarner la tête. Certains pensaient même que la résistance à la guerre d’Algérie pouvait représenter le noyau d’un parti révolutionnaire en France. Enfin, troisième catégorie, il y avait les « tiers-mondistes » pour lesquels l’Algérie était le noyau historique d’une résurrection autonome de valeurs révolutionnaires : c’était l’Algérie des « damnés de la terre » de Frantz Fanon, qui prenaient dans le contexte une valeur quasi christique.
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André Mistral : Sur le petit commerce marxo-universitaire comme brève réflexion non théorique sur la production marxiste contemporaine

Article d’André Mistral paru dans Spartacus, n° 89, février-mars 1978, p. 18-19


 
Les lignes qui suivent se présentent comme une autocritique dans la mesure où, d’une certaine façon, nous sommes ou avons été impliqué dans ce que nous critiquons. Autocritique et avertissement plutôt que mise en jugement, car notre propos n’est pas de préserver la pureté théorique du marxisme.

 

 

Aujourd’hui, pour un intellectuel qui veut être reconnu comme se situant du « bon côté » de la lutte des classes, il semble qu’il suffise de citer Marx et le Capital. Or, cela est quelquefois insuffisant, d’autant plus que certaines fractions de la bourgeoisie n’hésitent plus à récupérer certaines terminologies marxistes, voire même maoïstes – et il convient aussi d’affirmer la primauté de la pratique, la volonté d’échapper à l’économisme, etc. Enfin, il faut (comme s’il existait chez certains éditeurs un centre politico-théorique qui vérifie le caractère des manuscrits et leur donne « l’imprimatur marxiste ») publier, par exemple, chez Maspéro. Encore qu’avec l’élargissement  du marché marxiste, il soit souhaitable aujourd’hui, pour bien gérer ses intérêts et sous le prétexte politique d’élargir et de mieux faire connaître ses écrits, de se faire éditer par une maison mieux établie (d’autant plus que l’éditeur nommé connaît quelques difficultés).

 

Lorsqu’ils font de la théorie, « nos » théoriciens s’imaginent, comme le note F. Georges (1), qu’il n’y a pas d’autre effort à faire que de commenter le Capital au lieu de Bergson pour s’identifier au destin du monde et même pour exercer sur lui, surtout si l’on a une carte en poche, un pouvoir de direction digne de ses capacités. Comme le note Georges, en fait, ce qui de Marx agit dans l’histoire, ce n’est pas tant son œuvre que son nom, précisément. D’une certaine façon, le Marx réel est un Marx imaginaire. Quand ils ne commentent pas ou ne paraphrasent pas Marx, ce qui est d’essentiel de leur « pratique théorique », les théoriciens réfutent les nouvelles formes des vieux discours de l’économie politique bourgeoise. Il convient ici de constater que ces discours n’intéressent que les seuls universitaires, qu’en outre la critique est toujours externe, enfin qu’elle permet d’éviter de faire une analyse concrète (2).

 

L’analyse concrète est toujours absente lorsqu’ils font de la théorie, celle-ci étant toujours grande… Car pour s’identifier au destin du monde, il faut le surplomber. C’est pourquoi l’objet de la recherche est, soit le capitalisme mondial, le capital financier, etc., soit des objets apparemment plus réduits tels qu’une formation sociale (Etats-Unis, France, URSS, Japon… ) analysée à travers toutes ses dimensions. On le voit, nos théoriciens sont, d’une certaine façon des mégalomanes. A un tel niveau, la production théorique ne repose à aucun moment sur ce que l’on nomme « analyse concrète de la situation concrète » et n’est faite que de compilations difficilement vérifiables. L’on se trouve donc en face d »un modèle que l’on acceptera ou non en fonction de ses seuls fantasmes idéologico-politico-théoriques.

 

Quand les théoriciens vont chercher la réalité sociale (et ils le font d’autant plus que le théoricisme commence à être dévoilé), c’est pour y trouver quelques données propres à s’intégrer au modèle qu’ils ont en tête. L’un des plus théoricistes s’est mis depuis peu à intégrer dans sa production des données statistiques – ce qui peut laisser supposer une rupture dans sa « pratique théorique » – sans pour autant changer celle-ci. La réalité sociale reste très secondaire et ne sert éventuellement qu’à justifier et à rendre crédible le modèle. D’une certaine façon, la réalité sociale n’intéresse pas nos théoriciens et au fond elle peut être dangereuse dans la mesure où, si elle était confrontée aux productions théoriques, celles-ci seraient complètement remises en cause. L’analyse étant faite à l’avance. on colle sur chaque nouvelle réalité à examiner un schéma pré-établi : certains, après avoir établi un premier schéma qui les fit connaître et reconnaître. le plaquent à un nouvel objet que. de fait, ils n’étudient pas. L’important est d’aboutir à un discours théorique séduisant, ayant l’air « beau ». La théorie devient exercice d’esthétique.

 

Comme le travail d’analyse concrète est très long, si on le supprime, on a du temps pour rédiger et, dès lors, on peut avoir une production abondante… A moins, bien entendu, que le problème essentiel soit de publier sans cesse (pour son image de marque, pour faire de l’argent), ce qui impliquerait d’écrire vite, quitte à délaisser l’analyse. Il convient aussi de noter qu’avoir une production abondante et régulière est difficilement compatible (du point de vue du temps) avec une pratique politique réelle. Qu’enfin, et toujours du point de vue du temps, il y a une incompatibilité entre, d’une part un travail scientifique sérieux et lié à un travail militant et, d’autre part, la fréquentation de tous les « cercles » (3) qui réunissent certains théoriciens parisiens je dis bien tous les cercles, car il semble que certains « convives » soient présents partout : cette ubiquité leur est sans doute profitable…). 

 

Pour le petit nombre qui se livre à quelques analyses concrètes, la lutte des classes est généralement absente. Comment alors échapper à l’économisme que, précaution de style, ils dénoncent par ailleurs ? Même si l’on parle de luttes de classes, le plus souvent au niveau d’un titre ou d’une introduction, nulle trace ailleurs, si ce n’est parfois – et ce n’est pas négligeable – de lutte de classes de la bourgeoisie. Mais se voulant du côté du prolétariat, nos théoriciens rechignent à étudier la bourgeoisie.

 

Face à des problèmes économico-politiques qui peuvent se poser, nos théoriciens sont incapables d’avancer une seule analyse probante (4). Ce qui ne veut pas dire qu’ils vont se priver de nous livrer leur pensée, comme nous le montre par exemple l’imposante production sur la « crise », qui n’a pas pour autant permis d’avancer une seule analyse un tant soit peu correcte  : une des explications à cet état de choses réside simplement dans le fait que personne ne s’est donné les moyens et le temps nécessaires à une véritable analyse.
 
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Saïd Akli : De l’infitah à l’état de siège

Article de Saïd Akli paru dans Inprecor, n° 274, 17 octobre 1988, p. 3-5


POUR LA PREMIERE FOIS depuis le coup d’Etat militaire du 19 juin 1965, I’Algérie connaît l’état de siège et l’armée a tiré sur les manifestants dans plusieurs villes du pays. La sauvagerie de la répression militaire a dépassé toutes les limites de l’imaginable, pour une population traditionnellement habituée à voir la presse et le télévision nationales dénoncer de telles pratiques en Israël, en Afrique du Sud, au Chili et ailleurs.

En seulement 6 jours, le soulèvement national de la jeunesse algérienne s’est déjà soldé par près de 500 morts (176 selon les sources officielles), des centaines de blessés et des centaines d’arrestations. Ce bilan provisoire très lourd exprime mieux que toute analyse, la consommation totale de la rupture politique entre les masses populaires et le pouvoir.

Saïd AKLI

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Errico Malatesta : Anarchisme et amoralisme

Article d’Errico Malatesta paru dans Le Réveil anarchiste, n° 906, 8 septembre 1934

Le nombre de ceux qui se disent anarchistes est tellement grand aujourd’hui et sous le nom d’anarchie on expose des doctrines tellement divergentes et contradictoires, que nous aurions vraiment tort de nous étonner lorsque le public, nullement familiarisé avec nos idées, ne pouvant distinguer du premier coup les grandes différences qui se cachent sous le même mot, demeure indifférent vis-à-vis de notre propagande et nous témoigne en même temps de la défiance.