Article d’A. El-Noor paru dans Solidarity. A Journal of Libertarian Socialism, 21, Autumn 1989, p. 3–8
By setting off a chain reaction of cultural criticism of religion in Islamic countries, writes A EL-NOOR, Salman Rushdie has rendered Islamic civilisation a great historical service
J’ai le plaisir d’informer mes amis et lecteurs de la parution, ce jour dans Le Monde, d’une tribune rédigée avec Mohammed Harbisous le titre : « Nous devons porter un regard critique sur notre histoire récente pour rouvrir un avenir à la révolution ».
Que des écrivains ou des artistes risquent leur vie à cause de ce qu’ils expriment, les replace soudain sur le plan de la commune humanité. La littérature et l’art ne sont pas des souffles agitant l’air de façon inconséquente et intemporelle. Ils sont faits de souffrances et de bonheurs concrets qui engagent la vie de ceux qui en sont les auteurs, comme de ceux qui les apprécient. L’art, en soi, a une valeur subversive, au même titre que la raison qui permet aux individus de ne pas être seulement victimes, mais de porter un regard critique sur ce qu’ils vivent, seul gage que cette vie peut, peut-être, changer.
Article de Richard Hoggart paru dans Lignes, n° 8, 1989/4, p. 21-31
Il serait quelque peu pervers de la part d’un écrivain anglais de parler, aujourd’hui, des droits et des devoirs, des libertés et des responsabilités des artistes de cette fin du XXe siècle, sans faire le point sur l’affaire qui nous préoccupe en Grande-Bretagne depuis déjà six à huit mois (1) : la publication des Versets sataniques, le dernier livre de Salman Rushdie.
Article de Pierre Mertens paru dans Lignes, n° 6, 1989/2, p. 29-40
Bien sûr, l’imam Khomeiny n’a pas lu les Versets sataniques. Depuis quand les tyrans prendraient-ils la peine de lire des romans ?
Son hégémonie se voit, seulement, un peu contestée, depuis quelque temps, au sein du grand empire islamique. C’est à partir de l’automne 88 qu’en Inde, au Pakistan, au Arabie Saoudite, et même à Bradford, en Grande-Bretagne, le livre impie remue les fidèles, et qu’on le brûle publiquement.
Le suprême ayatollah laisserait-il aux sunnites l’initiative de l’intolérance ? Aux Saoudiens qui sont, en priorité, ses rivaux ?
Chronique de Maurice Audebert parue dans Raison présente, n° 90, 2eme trimestre 1989, p. 126-128
D’après les informations d’hier « les tueurs sont en marche ». J’ignore ce qu’il en sera dans quelques semaines, quand paraîtra cette chronique : peut-être déjà arrivés puisque, par ces temps, la barbarie s’affiche en toute bonne conscience ; sans compter que, comme ils le promettent, si ce n’est pas demain ce sera plus tard car la police se lassera bien un jour de protéger le « criminel ». Salman Rushdie, comme on l’aura compris. D’après ces mêmes informations, un millier de musulmans ont manifesté dans les rues de Paris, et dont certains criaient « à mort ! » ; dans la foule, on voyait des gamins, particulièrement véhéments ; sur le petit écran. Monsieur Le Pen, qui se frottait les mains : « ce que vous voyez là, ce n’est que l’avant-garde ; demain ils seront des millions et c’en sera fait de vos libertés. » Pendant ce temps d’autres condamnent mais s’interrogent car il paraît qu’il faut laisser leur chance aux « libéraux » de là-bas.
Mon dernier texte intitulé « Islamophobie : comment une notion équivoque s’est imposée dans le débat public en France » a été mis en ligne hier sur le site de la RevueAlarmer.
Article de Luiza Toscane et Nadia Tlili paru dans Inprecor,n° 422, mars 1998,p. 29-31
La question des femmes et de l’islamisme est emblématique à plusieurs titres. D’abord parce que c’est bien autour du rôle social de la femme, de sa sexualité et de son corps que s’articule une grande partie du discours islamiste. Ensuite parce que c’està travers les femmes que ce courant a acquis une visibilité politique. Enfin parce que la question des « droits des femmes » a été instrumentalisée par des régimes autoritaires pour légitimer leur guerre ouverte contre l’islamisme, régimes dont l’engagement féministe est plus que douteux. Dans ce contexte propice à toutes les ambiguïtés et toutes les récupérations, formuler un positionnement féministe et révolutionnaire n’a rien d’évident. Cet article ne vise évidemment pas à proposer des réponses élaborées et cohérentes, mais à montrer qu’on sous-estime souvent la complexité des problèmes et des solutions.
J’ai accordé un entretien au journaliste Kévin Boucaud-Victoire pour l’hebdomadaire Marianne sur les controverses autour de l’islamisme en France. Le texte a été mis en ligne hier sous le titre « Complaisances avec l’islamisme : ‘Toutes les forces politiques sont responsables du marasme ambiant’ ».
En voici la présentation par le site internet du magazine :
Docteur en science politique et auteur de deux essais, dont un sur l’usage politique de la place des musulmans dans la société française, Nedjib Sidi Moussa examine la complaisance des organisations de gauche comme de droite vis-à-vis de l’islamisme.
Dans La Fabrique du musulman (Libertalia, 2017), sous-titré « essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale« , Nedjib Sidi Moussa met en lumière l’essentialisation des « musulmans ». Selon lui, celle-ci est surtout le fait de l’extrême droite identitaire mais aussi de mouvements communautaristes, comme le Parti des indigènes de la République (PIR) ou le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), soutenus par une partie de la gauche. Alors que l’assassinat de Samuel Paty, enseignant dans un collège à Conflans-Sainte-Honorine, a relancé le débat sur la responsabilité de la gauche (ou de « l’islamo-gauchisme ») dans la montée de l’islamisme, nous avons choisi de nous entretenir avec lui.
Article de Luiza Maria paru dans Inprecor, n° 319, du 23 novembre au 6 décembre 1990, p. 7
« Le Koweït est une partie du Nedj (1) (…). L’Arabie saoudite est une partie de l’Irak, l’Irak est une partie de la Syrie, elle-même partie intégrante de la Palestine (…). Nous sommes tous partie intégrante les uns des autres et formons une terre arabe et un seul peuple arabe (…). Ce qui est arrivé entre le Koweït et l’Irak est négatif pour le projet d’unité arabe. Je suis contre l’invasion et contre l’exode des femmes et des enfants. » Ainsi s’exprimait le colonel Kadhafi, le 1er septembre 1990, devant le Congrès général du peuple libyen (2).
Un mois après, il appelait à boycotter le pèlerinage annuel à la Mecque et, le 1er novembre 1990, il s’instituait « dirigeant du monde islamique ».
Dossier paru dans Inprecor,n° 284, 20 mars 1989, p. 12-19
FEMMES-TURQUIE
AVANT LE COUP D’ÉTAT de septembre 1980, des milliers de femmes militaient dans les rangs de groupes de gauche et d’extrême-gauche, aussi bien que dans les groupes intégristes et fascistes. Mais la question de l’oppressiondes femmes n’avait jamais été réellement discutée, étant soit simplement ignorée, soit reléguée au second plan au nom d’autres « priorités ». Ce n’est qu’avec l’apparitiond’un mouvement autonome des femmes, au milieudes années 80, que cette question a pu s’imposer à l’ordre du jour, grâce, notamment, à des publications féministes comme Kaktüs ou Feminist .
Article de Mohammed Harbi paru dans Critique Communiste, n° 91, décembre 1989, p. 19-20
LE PROBLEME conjoncturel d’autoriser ou non le voile à l’école entraîne des réponses qui peuvent être contraires sur la base de principes identiques. Ce qui les distingue, c’est la stratégie la plus efficace pour soustraire les enfants à l’influence du prosélytisme des islamistes.
Tribune de Mohammed Harbi parue dans Le Nouvel Observateur, 26 octobre-1er novembre 1989 et reprise dans Les Cahiers d’Article 31,n° 1, premier trimestre 1990, p. 96
Une hypothèse obscurcit le débat actuel sur le port du « foulard ». C’est la confusion faite entre les croyances religieuses de l’islam et l’intégrisme musulman, qui, lui, est une idéologie politique. Ce débat s’inscrit dans la même logique que l’affaire Rushdie.
Ce recueil de textes — nouveaux et anciens — étalés sur une quinzaine d’années espère provoquer quelque intérêt en vertu d’un seul facteur, une même ligne de pensée qui en est le fil conducteur. Il s’agit en effet d’un phénomène très rare : une réflexion sur les problèmes juifs qui n’est pas judéocentrique, qui se veut même critique de l’optique judéocentrique.
Extrait de Maxime Rodinson, Islam et capitalisme, Paris, Demopolis, 2014 [1ère édition : Paris, Le Seuil, 1966], p. 222-243
ISLAM ET SOCIALISME
Les Etats du monde musulman sont précisément aujourd’hui à un de ces moments décisifs où il leur est possible de choisir leur voie. La décolonisation généralisée, la renonciation des impérialismes occidentaux aux méthodes de domination directe, la concurrence des deux grands systèmes économiques de la société industrielle ont créé une situation révolutionnaire où il est possible de rompre, dans une certaine mesure, avec le passé et de repartir d’un nouveau pied. Partout des équipes dirigeantes, dans certaines limites, sous certaines conditions, peuvent opter.
Article de Maxime Rodinson paru dans Le Monde, 14 mai 1983
LA puissance des mots est étonnante. Il parait impossible d’obtenir qu’on renonce à ce que les scolastiques appelaient le réalisme : raisonner comme si les mots recouvraient une réalité bien déterminée, comme s’ils étaient autre chose que des étiquettes pour des concepts aux limites vagues et fluctuantes, se chevauchant, débordant les uns sur les autres.
Article de Maxime Rodinson publié dans Le Monde des 6, 7 et 8 décembre 1978
I. – Où Dieu n’est pas mort
Un renouveau de l’intégrisme musulman ? Telle est l’interprétation que suggèrent à beaucoup d’observateurs une série d’événements et d’incidents récents : les accusations contre l’ancien premier ministre du Pakistan, M. Bhutto, l’application des lois coraniques avec quelques excès spectaculaires, en Libye et en Arabie Saoudite, le rôle dirigeant joué par les ayatollah chiites dans le vaste mouvement contestataire en Iran, la vigueur de la réaction antikémaliste en Turquie, des troubles anti-coptes en Égypte, l’affaire Maschino en Algérie… J’en passe.
Tribune de Maxime Rodinson parue dans Le Monde, 1er décembre 1989
La guerre des foulards a son côté ridicule : proscrirait-on ici ou là la culotte tyrolienne ou la jupe écossaise ? Elle a son côté odieux : il est évident – et c’était inévitable – que quelque racisme se mêle chez beaucoup à la mobilisation laïque.
Mon dernier texte intitulé « Emna Charki et la liberté de conscience : une affaire emblématique des luttes à venir » a été mis en ligne hier sur le site de Middle East Eye.
Emna Charki, 27 ans, a été reconnue coupable d’atteinte à la religion et d’incitation à la haine après avoir partagé le 4 mai deux paragraphes enluminés comme le texte sacré musulman. Elle a été condamnée le 14 juillet à six mois de prison ferme (AFP)
J’ai accordé un entretien à la revue Ballast sur l’aliénation et l’émancipation. Le texte vient d’être publié dans son neuvième numéro (avril 2020), p. 66-74.
Mythology of the Church in Contemporary Afro-American Politics
Exceptionalist approaches to black politics typically are fed by the mystique of black churchliness and religiosity, which postulates a peculiarly racial basis of participation and representation. According to this view, which assumes the organic leadership model, the church is the elemental unit of political mobilization in the black community. Because its structures are decentralized and operate at the « grass roots, » the black church can be construed as an authentically popular institution. Moreover, because this view also assumes a pandemic black religiosity, the church can be understood to be prior and superior to electoral or otherwise procedural institutions as a source of popular legitimations.
Dire qu’elle est opprimée ne donne qu’une idée très faible de la situation de la femme en Algérie. L’homme règne en maître absolu. Il ne veut pas que la femme soit autre chose qu’une esclave obéissante. Et, même s’il est vrai qu’un nombre de filles de plus en plus grand fréquente les lycées et les universités, il n’en demeure pas moins que sa situation reste fondamentalement inchangée. Elle reste étroitement surveillée dans ses moindres gestes, ou par le mari, ou par les parents. Et souvent, pour ces derniers, le fait que leur fille ait pu suivre des études, est utilisé pour demander une dot plus élevée.
En Algérie, le mois du Ramadhan est l’occasion pour le pouvoir, de tout faire pour promouvoir la religion. Mais ce mois de carême semble lui poser un petit problème.
Une nouvelle religion s’est établie depuis la guerre, une religion qui réalise vraiment l’union sacrée entre tous les hommes de tous les pays combattants, dont tous les vivants sont les prêtres austères, une religion plus absurde et plus laide encore que les autres : celle des morts.
François, Le salut sous les décombres. Réflexions sur la montée en puissance des islamistes en Algérie, août 1990
« Je suis venu pour détourner du troupeau beaucoup de brebis. Il faut que la foule et le troupeau soient irrités contre moi. Zarathoustra veut que les bergers voient en lui un brigand. J’ai dit : les bergers. Mais eux se nomment les fidèles de la vraie foi. J’ai dit : les bergers. Mais eux se nomment les bons et les justes. Voyez-les ces bons et ces justes ! Quel est celui qu’ils haïssent le plus ? C’est celui qui brise leurs tables de valeur, le casseur, le criminel. Or, celui-là, c’est le créateur. » NIETZSCHE
En partant pour l’Algérie, je me posais des questions très concrètes : qu’est-ce au juste que l’islamisme, quelle est la force de ce mouvement, et à quoi tend-il ? Mais je m’interrogeais aussi et m’interroge toujours sur le rôle historique de la religion comme force d’organisation et de régulation sociale. Car je ne suis pas de ceux qui s’imaginent que Dieu est mort. Dans les pays développés, on s’est contenté de les laisser pourrir dans un coin, et l’on adore le Vide et à Sa place (1). Dans les pays pauvres, on reste fidèle à la Tradition, et l’on est chrétien, musulman, hindouiste, bouddhiste, ou animiste de père en fils. D’un côté comme de l’autre, au Nord comme au Sud, la situation n’est pas brillante ! La religion « se réalise » un peu partout, et elle « se réalise », comme presque (2) toujours, en dressant les peuples les uns contre les autres. Ce qui entrave pour longtemps encore le développement de la lutte et de la conscience révolutionnaire, l’affirmation des individus prolétarisés comme négation de toutes les classes.
Article paru dans Le Prolétaire, n° 402, juillet-août-septembre 1989.
Abdelhamid Benzine, dirigeant du P.A.G.S. (autrefois : Parti « communiste » algérien), a donné une interview à la « Tribune d’Octobre » (No 7, mai 89), dans laquelle il déclare que « la situation en Algérie appelle un rassemblement de toutes les forces vives autour d’objectifs communs, fussent-ils transitoires. L’ennemi, c’est le fanatisme aveugle et l’extrémisme, c’est la manie de vouloir imposer une solution unique. »
C’est une erreur de voir l’ensemble du mouvement social en Iran sous un angle strictement religieux. Si les religieux ont pu prendre la tête du mouvement populaire c’est grâce à leur implantation traditionnelle dans la société civile et surtout parce qu’ils avaient à leur disposition :
L’Islam a fortement imprégné le peuple algérien à travers son histoire. On sait le rôle de l’aristocratie religieuse des CHORFA sous Abdelkader, celui de la confrérie des TAÏBIYA, dans le soulèvement de l’Ouarsenis en 1845, celui des RAHMANIYA dans la grande insurrection de Kabylie en 1871… Mais jamais en Algérie, l’Islam n’a été structuré comme une église, avec une hiérarchie disposant d’un immense patrimoine foncier et étroitement lié à l’appareil d’état.
Après s’être déclenché à Alger, un mouvement de grève des étudiants arabisants s’est généralisé aux principales universités du pays. Les étudiants revendiquaient des débouchés pour les diplômés arabophones, l’arabisation totale de l’enseignement et de l’administration. Au début, le gouvernement a eu une attitude conciliante ; le ministre de l’éducation déclarait : « Nous comprenons vos problèmes, vous ne trouvez pas de débouchés après vos études, vous manquez d’enseignants… Mais il faut du temps pour résoudre des questions aussi graves, etc. ».
Article d’Assia Khalifa paru dans Et Thaoura, journal révolutionnaire marxiste d’Algérie, n° 4, avril 1983, p. 2.
Quelle peut être l’arme pour le pouvoir, afin de s’assurer une relative stabilité et faire oublier à des millions d’Algériens, la misère dans laquelle ils vivent ? …
La coupe du monde 82, nous a montré que ce moyen, très efficace par ailleurs et qui a fait ses preuves, reste le FOOTBALL.
A la suite de nos différentes prises de position dans de précédents numéros de TIL sur la question de l’oppression des femmes, il semble qu’un certain nombre de points ont été mal compris par ceux qui nous lisent. C’est à différents arguments les plus fréquemment entendus, notamment dans la brochure des « Femmes Algériennes en Lutte » et dans la réponse qu’elles nous font, que nous voudrions répondre ici : la question du travail à l’extérieur comme moyen de libération des femmes, et celle des droits élémentaires à conquérir. Par ailleurs, nous aborderons dans un prochain numéro le problème de l’organisation des femmes et de son autonomie.
Le 10 mars 1975, Dalila Zeghar, jeune bourgeoise algérienne, réussissait à se marier secrètement en France avec Denis Maschino, un Français qu’elle aimait. Sous les menaces du frère de Dalila, quelques mois plus tard, les voilà contraints de fuir vers le Canada pour chercher la sécurité : Messaoud Zeghar, en effet, un des plus gros bourgeois d’Algérie, mécontent que, selon lui, sa sœur ait outrepassé sa loi et n’ait pas épousé celui qu’il lui avait choisi, ne cesse d’annoncer qu’il enverra ses hommes de main pour la ramener de gré ou de force.
Mon dernier texte intitulé « Question musulmane, combat laïque et luttes sociales en France » vient d’être mis en ligne sur le site de Middle East Eye.Lien
Mon dernier article intitulé « Anthologie d’une revue disparue – Dissidences intellectuelles arabes » vient de paraître dans le mensuel de critique et d’expérimentation sociales CQFD, n° 171 (décembre 2018).
En voici la présentation par le journal :
« Il y a une quarantaine d’années, de jeunes intellectuels du monde arabe éditaient une revue surréaliste : Le Désir libertaire. Un recueil de textes audacieux, brocardant patrie, armée, famille et religion, vient d’être traduit en français. »
Article d’Errico Malatesta paru dans Le Réveil anarchiste, n° 892, 17 février 1934.
Nous donnons ici le texte de la circulaire, rédigée sur la fin de 1919 par notre camarade Malatesta et annonçant la parution du quotidien anarchiste Umanità Nova. Il nous semble fort bien résumer nos moyens et nos buts.
Article de Martine Vidal paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 28, juillet-août 1959, p. 80-82
C’est la bourgeoisie qui, à la fin du XIXe siècle, a imposé la laïcité de l’enseignement public, parmi une série d’autres réformes anticléricales, à un moment où l’Eglise représentait pour elle un adversaire politique. Depuis, l’Eglise a évolué ; toujours au service de la classe dominante, elle est maintenant au service de la classe bourgeoise. L’anticléricalisme de la bourgeoisie s’est éteint et la laïcité de l’école publique est de nouveau mise en question.
Extrait de l’article d’André Adam, « Chronique sociale et culturelle », paru dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord, Vol. 3, 1964, p. 184-188
4. – LE PROBLEME DE LA FEMME
Encore un débat qui n’est pas près de s’achever ! N’allons pas nous imaginer que, dans cette affaire de l’émancipation de la femme algérienne, tous les vieux soient contre et tous les jeunes pour. Les choses ne sont pas aussi simples. L’Union algérienne des centres de vacances a organisé à Alger une série de débats entre lycéens des classes de seconde, première et terminales sur le problème de la « mixité », dont le compte rendu a paru dans Alger républicain des 18 à 21 février. Nombre de ces jeunes gens sont fort lucides. Il faut, dit l’un, pour que la mixité soit possible, « une reconversion des esprits et de la mentalité ».
Nous sommes nous-mêmes marqués par le passé, dit un autre, nous sommes tous des hypocrites et nous nous gargarisons de grands mots, mais, dès que nous sommes avec une femme, nous la considérons comme un simple instrument de plaisir. Certains veulent appliquer rigidement les « principes de l’Islam » : le voile est une nécessité, le supprimer, c’est « ouvrir la porte à la débauche ». « C’est la religion qui nous retient, répond un autre, comme un boulet retient un forçat… Il faut réhabiliter la femme aux yeux de l’homme… Il faut un changement total de notre conduite envers les filles »… Nous devons comprendre que plus que jamais la femme est nécessaire pour donner un supplément d’âme, de cœur à notre société ».
Dans le « courrier des lecteurs » des divers journaux continue de se déverser l’indignation des puritains contre les filles fardées, aux ongles teints et aux jupes courtes, qui sortent avec les garçons et dansent le twist et le rock-and-roll (A les lire, le « twist » serait la grande occupation de la jeunesse algérienne). Ils trouvent des contradicteurs, cela va de soi. Mais ce qui retient davantage l’attention de l’observateur, ce sont les nombreuses lettres de jeunes filles et de jeunes femmes qui sortent pour travailler au lycée, au magasin ou au bureau, et qui ne peuvent faire cent mètres seules dans la rue sans être harcelées par des hommes (qui ne sont pas tous des jeunes gens, ajoute l’une). Les « dragueurs » paraissent être légion sur les trottoirs d’Alger [9].
Autre aspect de la crise à laquelle donne lieu l’évolution de la femme, le problème du mariage. Beaucoup de jeunes filles sont données en mariage – « vendues » serait plus exact, car le père touche la dot, – contre leur gré. « Laissez-nous choisir », s’écrient des lycéennes dans l’hebdomadaire Jeunesse (13-11), qui rapporte plusieurs cas de suicide ou de tentatives de suicide. Selon Alger républicain (14-2), 175 Algéroises auraient tenté de se suicider depuis un an pour échapper au mariage imposé par leur famille.
Une proposition de loi présentée par Mme Fatima Khemisti, veuve du Ministre des affaires étrangères assassiné, et votée par l’Assemblée nationale, a fixé un âge minimum du mariage, 16 ans. Mme Khemisti, dans une interview à Jeunesse (13-11), déclare qu’elle aurait souhaité que cet âge fût le même que celui de la majorité civile, « étant donné que la capacité de contracter mariage requiert la même maturité d’esprit que le droit de vote ». Elle a reculé devant les préjugés qu’elle aurait dû affronter. Un des articles les plus importants de la nouvelle loi est l’article 3 qui exige formellement le consentement des deux époux ou de leurs représentants légaux et officialise l’acte de mariage puisqu’il doit être transcrit sur les registres de l’état-civil. Cette disposition devrait mettre fin aux mariages bel fatha, qui permettent tous les abus. Mme Khemisti ne se fait pas d’illusion : « vu les structures sociales existantes », ce douloureux problème n’est pas encore résolu. Les femmes ont des droits – théoriques, – elles doivent maintenant « œuvrer pour la création d’un climat qui permette l’exercice des droits qu’elles possèdent ».
Le divorce donne lieu également à des situations de grande inégalité entre l’homme et la femme. Révolution africaine a publié sur le sujet une enquête d’un vif intérêt (26-12-64 et 2-1-65), menée auprès de magistrats algériens. En attendant la promulgation de nouvelles lois, la matière est régie par le droit coranique (rite malékite) et par les textes français : ordonnance du 4 février et décret du 17 septembre 1959. Ceux-ci apportent au droit musulman un correctif considérable : « Le mariage n’est dissous que par décision de justice », ce qui supprime la simple répudiation. Mais le mariage peut être dissous « quand le juge, saisi de la volonté unilatérale du mari de dissoudre le mariage, prononce cette dissolution », alors que la volonté unilatérale de la femme n’est pas un motif valable de divorce. Le pouvoir des juges est donc immense. Certains déboutent systématiquement les demandes injustifiées ; d’autres, au contraire, respectueux du droit musulman, considèrent qu’en matière de divorce la volonté du mari demeure souveraine. Les magistrats ne voient pas de contradictions ni d’incompatibilités entre système musulman et système français et estiment possible une législation spécifiquement algérienne « qui puiserait son inspiration aux sources mêmes de l’Islam sans pour autant sacrifier les concepts modernes introduits en Algérie par les textes de 1959 ».
Mais il y a, selon la même enquête, un grand décalage entre la loi et son application. Bien que les répudiations soient interdites, elles continuent et paraissent bien être aussi nombreuses, sinon plus, que les divorces judiciaires. Il y a aussi les séparations de fait, les abandons de famille. La femme ignore ses droits, elle répugne encore à porter plainte. Quand la justice est saisie, elle est lente. La femme se décourage, surtout si elle est pauvre. Même quand il y a divorce, les pensions ne sont pas souvent payées : « C’est dans tous les pays pareil, dit une assistante sociale. Si l’époux ne veut pas payer, il ne paie pas ». On le met en prison, « çà ne donne pas à manger aux enfants », etc. Sociologiquement, la femme reste en situation de faiblesse.
Les dissolutions de mariage, légales ou non, ont augmenté depuis l’indépendance. Le grand branle-bas de la guerre y est pour quelque chose et aussi l’exode des ruraux vers les villes. Presque tous les juges interrogés par l’enquêteur estiment que le nombre des divorces s’accroît « à mesure que l’on descend l’échelle sociale ». Il est aussi plus élevé dans les villes que dans les campagnes. Ici, la pression de l’opinion publique, de la famille, du village, de la tribu fait souvent reculer l’homme devant une répudiation injustifiée. Là, le couple est le plus souvent séparé de la famille et perdu au milieu d’inconnus, d’indifférents qui n’exercent sur lui aucune influence.
Le nombre des divorces demandés par les femmes augmente, dans les villes du moins, ce qui prouve que la femme commence à connaître ses droits. Mais, elle est encore en état d’infériorité, sauf si elle travaille et n’a pas d’enfant. Sinon, elle doit être assurée, pour demander le divorce que la famille est prête à la recueillir et à l’entretenir. Le mari peut obtenir la séparation s’il démontre que sa femme est coupable d’inconduite notoire. Certains juges acceptent trop aisément des «preuves» telles que : « on l’a vue dans la rue avec un homme ». Ici non plus, la partie n’est pas égale.
« C’est en fait l’enfant qui est condamné », conclut l’enquêteur. Et le juge des enfants estime que 9 sur 10 des jeunes délinquants ont eu à souffrir du désaccord ou de la séparation des parents.
Le nombre des divorces augmente particulièrement chez les jeunes couples, entre 18 et 25 ans. C’est que, explique un juge, dans le système traditionnel, l’homme seul exprimait sa volonté de dissoudre le mariage. Aujourd’hui, avec le « modernisme », une deuxième volonté, celle de la femme, peut se manifester. Les jeunes couples qui divorcent sont moins des couples à l’européenne que des couples « à cheval » sur le mode de vie européen et le mode traditionnel. Le « modernisme » affiché du mari ne résiste pas longtemps aux revendications de la jeune épouse. Et celle-ci, qui a été élevée en vase clos et brusquement « émancipée », n’est pas toujours à la hauteur de ses toutes fraîches responsabilités.
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En dépit des cris d’alarme – et des coups de frein – des conservateurs, les responsables continuent de prôner la libération de la femme, sans se faire d’illusions pour autant sur l’aridité de la tâche. Le programme du F.L.N. (16 avril 1964), après avoir rappelé sur ce point les principes affirmés dans le programme de Tripoli, ajoute : « Le parti ne peut se limiter à de simples affirmations, mais doit rendre irréversible une évolution inscrite dans les faits en donnant aux femmes des responsabilités en son sein. Mais aujourd’hui encore le poids du passé risque de freiner l’évolution dans ce sens. Il faut réaffirmer ces principes essentiels… cette action devant nécessairement être longue, étant donné le niveau actuel de la société algérienne ». La charte d’Alger veut « inscrire dans les faits l’égalité de l’homme et de la femme ». Pour cela, « la femme algérienne doit pouvoir participer effectivement à l’action politique et à la construction du socialisme en militant dans les rangs des organisations nationales et en y assurant des responsabilités ». Le président Ben Bella reprenait ce thème dans son discours au congrès du F.L.N. : « Il ne s’agit pas pour nous de mettre seulement la femme sur un pied d’égalité avec l’homme sur le plan du droit, il faut aussi et surtout la faire participer pleinement à tous les aspects de la vie… L’U.N.F.A (Union nationale des femmes algériennes) doit… devenir une force vivante, animée par des militantes jeunes, des travailleuses de la campagne et de la ville à la lutte systématique contre les préjugés sociaux qui tendent à faire de la femme un être mineur ».
Nous ne savons pas si cela changera, mais il ne semble pas que jusqu’ici les hommes, même les « révolutionnaires conscients », aient fait beaucoup d’efforts pour appeler et admettre à leurs côtés des femmes dans les organisations politiques et syndicales. M. Amar Ouzegane (R.A., n° 98) déplore « avec amertume » l’absence de femmes dans les congrès ouvriers et dans les directions élues, dans la commission exécutive des étudiants et même dans les cellules du Parti, certaines, à Alger même, ayant refusé de les admettre. A Oran, on a créé des cellules de femmes. Dans toute l’Algérie, on ne trouve qu’une seule femme élue à un comité de gestion. L’U.N.F.A elle-même ne semble pas réunir des foules. La presse annonçait comme un succès que 300 femmes participent le 25 juin au meeting d’EI-Biar, à Alger.
« Les militantes jeunes « , dont parlait M. Ben Bella, devraient avoir plus d’enthousiasme et se libérer plus aisément du poids du passé. Si l’on en juge par la lettre publiée dans le n° 3 du Jeune algérien, organe central de la jeunesse du F.L.N., on serait bien loin du compte : « Pourquoi la jeune fille du F.L.N. n’existe-t-elle pas ? » demande cette militante. « Que veut dire l’absence… de celles qui connaissent la J.F.L.N. et qui n’y sont plus ? » Et l’absence de toutes celles qui n’y sont jamais venues et n’en manifestent pas la moindre envie ?
L’auteur de la lettre ne donne pas de réponse à ses questions. Faut-il en chercher une dans ce que EI-Djeïch, l’organe de l’A.N.P., dénonce dans son n° 13 (mai 64) comme « le poison hebdomadaire », c’est-à-dire la presse du cœur ? « En pays capitaliste, cette presse très spéciale, écrit le rédacteur, répond à un objectif précis des classes exploiteuses : détourner les femmes de prolétaires du combat de la classe ouvrière en répandant chez elles une conception du monde n’ayant aucun rapport avec la réalité ». L’enquête menée par le journal montre qu’une seule agence de messageries d’Alger diffuse 60 000 exemplaires de cette presse par semaine. « Il est permis de supposer que la diffusion pour le pays atteint au minimum le double ». Et de demander l’interdiction de cette presse. Mais les « femmes de prolétaires » ne sachant pas lire, on doute que ce soit la raison pour laquelle les Algériennes ont si peu de goût pour « militer ».
[9] Voir l’article de Rachid BENATTIA, dans Révolution africaine du 13 juin 1964.
Jeudi 22 mars. La Mutualité. Kate Millett à son retour d’Iran. Elle parle du mouvement des femmes là-bas, manifestations autonomes des femmes… autonomes par rapport aux partis et groupes politiques… pour leurs droits… pour leurs droits seuls… pour que « l’autre » moitié du monde ait le droit d’exister, elle aussi… des milliers de femmes dans les rues… manifestations entièrement spontanées (Kate Millett a tant insisté là-dessus !), manifestations tellement attaquées, donc tellement dangereuses pour le pouvoir ! (pour le pouvoir en place et pour celui des « révolutionnaires » mâles !).
Attaquées au couteau par des individus pour la plupart du lumpenprolétariat, des fanatiques du Coran, manipulés par la bourgeoisie… attaquées verbalement par les « gens de gauche » qui leur reprochent de « diviser » le mouvement (vous n’avez pas l’étrange impression d’avoir déjà entendu ce genre de reproche quelque part ?). Les « camarades révolutionnaires » iraniens demandent – on pouvait s’y attendre – une fois de plus aux femmes de se calmer, de patienter, de faire d’abord la révolution…, ensuite on s’occupera d’elles. C’est banal, c’est triste, c’est du déjà vu. Mais ça n’arrête pas les féministes iraniennes.
Après une semaine de manifestations, leur mouvement entre dans une deuxième phase : celle de l’organisation. Elles forment alors, selon Kate Millett, des « comités tournants » (?) « sans bureaucratie, sans hiérarchie, sans personnalité publique », de type « anarchiste ». La répression est extrêmement dure : non seulement elles doivent faire face aux agressions pendant les manifestations, mais les « milices » (citoyens armés par les comités de leurs quartiers et chargés de faire régner l’ordre) quittent les manifestations – qu’ils doivent normalement protéger, encadrer – dès que les femmes sont attaquées. Par ailleurs, ces milices quadrillent toutes les rues de Téhéran et à toute heure du jour et de la nuit, arrêtent tous les individus et véhicules de leur choix, les font mettre contre le premier mur venu, et peuvent aussi bien les relâcher un peu plus tard que les abattre à la mitraillette s’ils leur semblent suspects (en plus, ils possèdent des mitraillettes depuis fort peu de temps et ne savent pas tous très bien s’en servir). Bref, c’est la démocratie, c’est la révolution, c’est la joie, Le tyran est abattu, hourrah !
Pour ceux qui sont portés à minimiser tout ce qui vient des femmes, il est bien évident que ces femmes ne luttent pas seulement pour avoir le droit de sortir dans la rue sans « chador » mais qu’elles réclament tout bonnement l’égalité avec les hommes et la liberté. (Même si le port du chador est très significatif, très symbolique de l’oppression des femmes : comme le disait Kate Millet, la femme étant la propriété de son mari ou de son père, elle ne doit pas montrer son visage ou son corps qui ne doivent être vus que de leur propriétaire ! On en revient toujours aux mêmes conclusions : la pudeur féminine inventée pour perpétuer la propriété des hommes sur les femmes, la répression du viol, par l’État, instituée pour punir un vol !).
Revenons aux manifestations des femmes. Elles n’ont pas droit à une grande publicité, en Iran, Pas une seule photographie n’a été prise par la presse iranienne! Silence total pendant longtemps à la télévision, puis un beau jour, débat sur la question. Évidemment, les invités étaient tous des détracteurs des féministes, Kate Millet a d’ailleurs dit que la grande manifestation de femmes réclamant soit-disant de porter le chador n’était pas une manifestation appelée sur des mots d’ordre anti-féministes. Elle était bien sûr complètement manipulée par les chefs religieux et était destinée à soutenir le grand responsable de la télévision, à soutenir la censure à la télévision. Cela dit, il n’est pas étonnant que ces femmes – comme par hasard – aient porté le chador ! On est réactionnaire ou on ne l’est pas ! Il est intéressant de se demander pourquoi la presse occidentale a fait passer cela pour une manifestation anti-féministe. Pour finir sur une note d’espoir, il faut dire qu’il y avait des hommes aux manifestations féministes, des hommes de toutes classes d’ailleurs. Kate Millet a dit qu’ils se donnaient la main, formaient des chaînes qui entouraient la manifestation. Ce geste ne devant pas être interprété comme du paternalisme, de la protection bienveillante (le dernier stade de la phallocratie), mais plutôt comme une preuve de réelle solidarité. C’est-à-dire que pour ces hommes, la liberté des femmes vaut bien le risque de prendre des coups de couteau. Ils ont voulu partager ce risque, Kate Millet était toute émue en en parlant et elle a dit : « Ces hommes n’étaient pas des sympathisants tièdes. C’étaient de vrais camarades ! ».
Il est nécessaire de dire que cette révolution qui a remplacé un tyran politique par un tyran religieux – cette révolution basée sur le Coran -, cette révolution qui exalte la différence de culture, la différence… ou la supériorité ? de l’Islam, la fierté patriotique du peuple, cette révolution qui soumet les prolétaires à des nouveaux chefs, à une nouvelle armée, a des milices de type fasciste (tout le monde peut en faire partie, mais tout le monde peut en être victime !) a un nouveau gouvernement; cette révolution qui fusille ou lapide les homosexuels, assimilés à des violeurs (les « victimes » sont flagellées), cette révolution qui refuse aux femmes le droit de se libérer de la tyrannie des hommes… cette révolution n’est une révolution qu’au sens le plus mathématique du terme : un tour sur soi-même et on revient au même point, Il ne faut pas mythifier le prolétariat iranien, complètement soumis dans sa majorité à l’idéologie dominante, à cette idéologie d’esclaves. La révolution, la vraie, la révolution libertaire, reste entièrement à faire !
FL – Tu te revendiques comme anarchiste. Tu es Iranien et tu penses qu’actuellement, de par le fait que tu es anarchiste, cela ne sert à rien de retourner, pour toi, en Iran ?
R – Non, je ne dis pas que cela ne sert à rien, c’est-à-dire que pour retourner en Iran, il faut être au moins un groupe ; individuellement, mon action n’aurait pas une grande portée en Iran parce que je me retrouverais seul. La situation n’est pas claire, on ne sait rien, on ne sait pas si le régime va tenir ses promesses et s’il y aura un climat de liberté en Iran pour qu’on puisse mener une action, pour qu’on puisse faire une propagande réelle, introduire des idées anarchistes au sein des Iraniens
Comme pour venger l’affront qu’il lui infligea durant quinze années, en combattant ses troupes avec peu de moyens et dans des conditions nettement défavorables, la France n’a retenu d’Abdelkader que le souvenir de sa reddition ; de même qu’elle a prétendu en avoir fait un « ami fidèle ». Si l’oubli de ce personnage peut s’expliquer en partie par le temps, la France officielle nous rappelle aujourd’hui qu’elle a toujours eu la mémoire courte, l’amitié mesquine et la fidélité trompeuse à l’égard de ceux qui l’ont servie loyalement. Et, par exemple, ne se souvient de l’existence des harkis, autres amis fidèles, que le temps d’une campagne électorale.
Extrait de Maxime Rodinson, « Les Arabes et Israël », Revue française de science politique, vol. 16, n° 4, août 1966, p. 792-795
Si certains sentiments répandus viennent atténuer ou contrebalancer l’intense sentiment sous-jacent d’humiliation, d’autres viennent au contraire le renforcer, l’exacerber.
Article publié dans La Charte, organe du F.L.N. clandestin, Rassemblement Unitaire des Révolutionnaires (RUR), n° 35, février-mars 1973, p. 15-18.
Lors de la journée internationale de la femme (8 mars), BOUMEDIENNE s’adressant aux militantes de l’Union Nationale des Femmes Algériennes (UNFA) devait notamment déclarer : « Au nom du pouvoir révolutionnaire, je proclame que nous sommes pour un progrès qui ouvre devant la femme toutes les portes menant à une participation effective, afin qu’il lui soit permis d’accéder pleinement à la place qui lui revient dans tous les domaines et à tous les niveaux ».
Article paru dans Courant alternatif, mensuel édité par l’Organisation communiste libertaire, n° 37, juin 1984, p. 12-13.
A l’heure où il devient de bon ton de parler de la « montée de l’intégrisme musulman » – même C.A. s’y met – il convient d’être prudent dans l’analyse d’un phénomène qui nous est très étranger. Deux dangers : le premier, la généralisation : puisqu’il y a montée de l’intégrisme musulman, la montée serait le fait de tous les pays islamisants ; le second, le manque de rigueur dans la définition du mot « intégrisme ». L’intégrisme n’est pas la pratique ou la présence d’une religion ; il s’agit bien de fanatisme et de sectarisme. En ce sens, l’Algérie me parait une situation particulière dans le monde musulman ; situation intéressante à étudier, tout en restant prudent quant à l’analyse très fragile puisque sujette à remise en question permanente (l’Algérie n’est pas à l’abri d’une flambée d’intégrisme).
Article paru dans Mordicus, n° 6, octobre 1991, p. 13.
Parallèlement à la vieille exaltation religieuse du sacrifice qui, aujourd’hui désacralisé, n’en reste pas moins une éternelle apologie du renoncement, il est conforme à la morale de nos maîtres de vouloir remettre au goût du jour la non moins ancienne exaltation de l’effort.
Extrait de la brochure du Parti de la révolution socialiste, Remarques critiques à propos de la « charte nationale », collection El Jarida, 1976, p. 25-29
(…) Mais les aspects les plus réactionnaires de la « charte » apparaissent lorsqu’on aborde les questions idéologiques et culturelles. Dans ces domaines s’affirme d’une façon éclatante le caractère totalitaire de l’idéologie officielle : par le refus de la diversité, le terrorisme intellectuel, l’intolérance érigée en système. Le but visé est d’étouffer la contestation, de tuer l’initiative créatrice, de créer la passivité en imposant un conformisme intellectuel au nom duquel tout ce qui n’est pas dans la norme établie par le pouvoir doit être condamnée, rejetée.
Article paru dans Travailleurs immigrés en lutte, mensuel de l’Organisation communiste révolutionnaire internationaliste d’Algérie, n° 45, novembre 1980, p. 5-7.
Nous avons établi dans notre précédent numéro la collusion existant entre la Fraternité Musulmane et la monarchie ; il nous faut aussi évoquer ses liens avec les représentants du colonialisme britannique.
Article paru dans Travailleurs immigrés en lutte, mensuel de l’Organisation communiste révolutionnaire internationaliste d’Algérie, n° 41, 1er mai – 1er juin 1980, p. 9
Depuis quelque temps les « Frères Musulmans » font beaucoup parler d’eux en Algérie. Nombreuses sont les personnes qui font état de leur crainte devant la croissance de cette secte et surtout devant la brutalité dont ses membres font preuve.
De plus en plus les femmes dans le monde sont amenées à lutter contre l’arbitraire et l’injustice qui leur sont faits.
Les femmes algériennes ne sont pas épargnées de ce sort répressif. Elles ont eu plusieurs fois l’occasion de montrer qu’elles étaient les premières à ressentir et à souffrir des contradictions existant dans la société algérienne, et ce par la quotidienneté de leur oppression.
Mon premier livre intitulé La Fabrique du Musulman. Essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale sera disponible en librairie le 19 janvier 2017.
Les personnes intéressées peuvent dès à présent passer commande sur le site des éditions Libertalia [lien].
Extraits d’un article paru dans Socialisme ou Barbarie, n° 28, Volume V (11e année), Juillet-Août 1959, p. 35-38
Fanatisme et superstition
Même pour le fanatisme, la superstition, j’ai vu que c’était autorisé, agréé par le gouvernement français en Algérie. J’ai vu, square Nelson, des femmes qui allaient là, soi-disant que c’était des sorciers – des conneries, quoi. Mais c’était agréé par le gouvernement. Il y avait des négresses là, qui tuaient des poulets, prenaient les entrailles et tout ce qui s’ensuit. Soi-disant que l’eau de mer de cet endroit était bénie par le sorcier et les femmes allaient se laver là-dedans. Il y avait donc des femmes qui se foutaient à poil pour se laver là et simplement il y avait une autre femme qui les cachait avec un petit bout de voile de rien du tout. Un jour j’étais avec les copains et j’avais vu ça. D’ailleurs les copains et moi on avait commencé à rouspéter parce qu’il y avait des pêcheurs, là. Ils donnaient des bons coups d’œil. Enfin, ils se régalaient. Alors nous, on a commencé à incendier cette femme et les femmes qui faisaient brûler de l’encens et tout le bataclan. Eh bien! mon vieux, il fallait qu’on courre, parce que les flics ils sont venus ; ils nous ont fait courir. C’était autorisé par le gouvernement.
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